Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

4 blogs frères, mais différents, comme les 4 éléments, les 4 doigts de la main, les 4 angles d’un triangle, les 4 huns, les 4 tombes et les 4 égories pour que chacun y trouve son compte.

25/02 – Les pauvres, ça coûte, mais ça rapporte gros
25/02 – Elections présidentielles au Sénégal et ailleurs
25/02 – J’ai failli arrêter de fumer
18/02 – Rien que l’errance des jours

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En vous souhaitant une bonne lecture…

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J’ai failli arrêter de fumer

J’ai failli arrêter de fumer. Seulement failli, ouf !
Attends, que je m’ai dit, tu vas quand même pas risquer de mourir d’un cancer à la con, que tu connais même pas, antipathique et tout, avec tout ce que tu as fait pour en avoir un bon des poumons. Stop, que je m’ai dit, arrête tes conneries et file dare-dare au bureau de tabac du coin. C’est vrai, quoi, qu’est-ce qui te dit qu’ils vont pas être en rupture de stock ?
Alors j’ai descendu les escaliers quatre à quatre, ai ouvert la porte du tabac d’un coup de lattes, raflé en payant rubis sur l’ongle une dizaine de cartouches avant de remonter les escaliers, une marche après l’autre, pouf pouf pouf, avec pose à chaque pallier pour la décompression.
Un cancer du foie, passe encore, mais un autre que je connaîtrais même pas le nom, faut pas pousser le bouchon trop loin.
Après j’ai fait quoi ? J’ai mis la téloche, me suis versé un godet à cause que six étages, ça fait transpirer et que c’est pas bon si tu fais pas le plein, puis j’ai ouvert rageusement une cartouche d’où j’ai sorti un paquet que j’ai ouvert rageusement. J’ai cherché mon briquet : que dalle. La cuisine, vite. Les allumettes. Merde, la boîte est vide. L’allume-gaz, sauvé ! Comme quoi y’a un bon Dieu.

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Ce que Pierre C.J. Vaissiere aurait mieux fait de ne pas faire

Enfin un titre d’article qui a de la gueule et dont je pourrai me vanter. Contrairement à celui d’un goût douteux de nouveaux écrits rassemblés sous l’intitulé

Le Brûlot Péteur,

dont je ne pourrai tirer qu’une modeste fierté et aucun revenu, à moins qu’on ne me gratifie de quelque don d’une largesse décente (or accepté) pour y mettre un terme.

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Les Présidentielles : une fiction en 2 épisodes bientôt sur vos écrans

Les Présidentielles : une fiction en 2 épisodes, bientôt sur vos écrans.

De nombreuses têtes de gondole d’affiche, des milliers de figurants, un suspense terrible de tous les instants… Un film inoubliable dont on ne sort pas indemne, et où le génie français donne toute sa démesure, plus encore que dans Bienvenue chez les Ch’tis,  film que chacun s’accorde à considérer comme étant le chef-d’oeuvre du millénaire, du siècle, des années 2000, de 2008, de février 2008, du 20 février, de la soirée du 20 février 2008.

À ne rater sous aucun prétexte (de toute façon, c’est un INCONTOURNABLE).

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Les légendes ne sont pas très lisibles ? Qu’à cela ne tienne.

Image 1.  Hollande ? Un menteur, rien qu’un menteur. Croix de bois, croix de fer, si je ments, j’monte en enfer. Lui au pouvoir, c’est la catastrophe assurée.

Image 2. Ben voyons ! Et lui, Sarko, c’est quoi ? Rien qu’un mégalo frimeur. Avec lui, c’est déjà la catastrophe.

Image 3. Et c’est ça qu’attendent les Français ? (ou : et c’est ça qui attend les Français ?). Un match nul entre deux nuls ? Zéro et zéro, ça fait zéro (désolé : pas de à Toto). Ce que les Français veulent, c’est du sang neuf, 100% français. Ni Hollande (qui nous fait un fromage pour pas grand chose) et les Pays-Bas, ni Sarko, la Hongrie et la Juiverie. 

Image 4. Hollande et les Pays-Bas ? Si j’ai bien entendu, y’a un truc qui m’échappe. 

Image 5.  Je me marre (ter). Attendez le 2e tour, que je me marre encore plus.

Image 6. Les Français, ce qu’ils veulent ? C’est le pouvoir au peuple, et vice-versa, le peuple au pouvoir. Et celui-là, de doigt, vous le voyez ? Bientôt vous le sentirez.

Image 7.  Min Gud (traduit du norvégien en anglais, ça nous donnee My God. En français, c’est Mon Dieu. Le point d’exclamation ne se traduiit pas). Et quel est l’abruti qui a piqué mes lunettes ? Si seulement je les avais, je verrais qui c’est. (Bien évidemment, quelqu’un comme Eva Joly ne dirait pas une telle sottise).

Image 8. Tape la classe ! L’Eva n’y a vu que du feu. J’ai quand même été un bon, sur ce coup-là.

Image 9. Parvenus au pouvoir, c’en sera fini des nantis qui dépossèdent les pauvres de leurs biens et les exploitent honteusement. Et ce doigt-ci, vous le voyez ? Garanti que nous le leur mettrons profond. 

Image 10. Que fais-je ? Je me tire une balle tout de suite ? Je me désiste ? Je vais m’enivrer ? Je fais appel à quelque tueur à gage ? Et ces français pourtant intelligents (pour preuve, la majorité d’entre eux a encensé Bienvenue chez les Ch’tis), quels propos dois-je leur tenir pour que, au moment fatidique, ils glissent dans l’urne un bulletin portant mon si distingué nom ? 

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Voir aussi : Les élections présidentielles, quels choix ?

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Cultures, civilisations, êtres supérieurs et êtres inférieurs

Dans mes dialogues avec moi-même, je préfère taper large : ça ouvre les débats.
Pas plus tard, ni plus tôt que ce matin, pendant que je me rasais d’une main tout en me curant les oreilles d’une autre, deux gestes autant délicats que civilisés, voilà-t-i pas que, trouvant que l’autre moi, dans le miroir, avait quand même une drôle de tronche et une drôle de façon de me regarder, voilà-t-i pas que je me surprends à lui raconter que, exemple à l’appui, certaines civilisations, ethnies, religions, cultures, sociétés sont quand même supérieures à d’autres. J’ai bien précisé civilisations, ethnies, religions, cultures, sociétés : on est ouvert ou pas et c’est pas pour me vanter, ce qui serait de trop quand la température est déjà largement en-dessous de zéro et que déjà souffle une bise plus mordante que celle d’une goulue, c’est pas pour me vanter, disai-je, mais je suis ouvert, très ouvert. Et prudent, très prudent, d’où le choix de mes mots.
Pas ouvert à tout, non, mais à beaucoup de choses. En tout état de cause, plus ouvert que le type bizarre dans le miroir, qui me fixe dans ce qu’il doit imaginer être un miroir alors qu’il s’agit de la réalité. Preuve s’il en fallait que, ne s’agissant que de la seule culture, la sienne est largement inférieure à la mienne.

Le temps de lui livrer ma pensée, voilà qu’il se dresse comme un coq, se met sur la pointe des pieds pour se grandir, comme le font les inférieurs. On reconnaît les inférieurs à cette façon qu’ils ont de vouloir se grandir face à ce qu’ils sont bien obligés de reconnaître comme étant supérieur à eux.
On croit souvent que le regard des inférieurs sur les supérieurs va de bas en haut, mais c’est une erreur. Car, se sentant inférieurs, ils se grandissent, du moins se l’imaginent, en grimpant sur quelque objet que ce soit (une valise en carton, objet courant chez certaines populations, peut éventuellement faire l’affaire), du moment qu’il soit suffisamment stable pour leur garantir un semblant d’équilibre, et suffisamment haut pour leur permettre de croire qu’ils dominent leur interlocuteur qu’ils regardent alors non pas de bas en haut, mais de haut en bas. 
Ce que fait le rigolo dans le miroir, cherchant du regard un supposé support sur lequel je me serais mis debout, moi. Ses yeux sont à hauteur du haut de mon crâne, et je sens son souffle sur mon front. Un souffle vide, caractéristique de ceux dont la religion n’est que vide et leur dieu un dieu de pacotille. Je n’invente rien, mon ressenti étant juste, car émanant d’un être issu d’une civilisation supérieure.

« En quoi tu estimes que ta civilisation est supérieure à la mienne ? », l’entends-je me questionner, pas gêné, comme si un inférieur pouvait questionner un supérieur.
Bon bougre, je lui réponds néanmoins qu’elle est supérieure à la sienne du simple fait qu’il me pose la question. Et toc. Moi, je ne me pose, ni surtout ne lui pose la question de savoir en quoi sa civilisation est inférieure à la mienne, car c’est un fait. Et re-toc. Moi j’occupe un territoire, un vrai territoire, tandis que le sien n’est qu’illusion, une illusion dont je suis conscient, mais dont lui n’a aucune conscience. Il suffit que de mon souffle je dépose de la buée sur le miroir pour qu’il disparaisse, ce qui prouve encore, s’il le fallait, ma supériorité sur lui.
Ceux qui manquent cruellement de culture ne manquant pas de culot, on peut en déduire que ceux qui ont du culot ont, généralement, une culture à ras des pâquerettes. Des ploucs, quoi. D’autres les qualifient d’arriérés, mais je n’irai pas jusque là, sachant qu’il fut un temps où mes ancêtres brillèrent moins qu’ils ne brillent aujourd’hui, quand bien même ils brillaient déjà plus que ceux de cet étranger dans le miroir, et que cet étranger lui-même.. 
Qui me dit : « Qu’est-ce qui te fais croire que je disparais si tu souffles ton haleine sur le miroir ? Tu n’en sais rien, car tu n’es pas de ce côté du miroir où je me trouve pour prendre toute la mesure de ce qu’il s’y passe. Et ne me dis pas que je disparais lorsque tu cesses de t’y regarder pour vaquer à tes occupations. Tu ne peux me voir que si tu es présent, et tu n’as aucune preuve que je n’y suis pas si tu n’y es pas non plus. Et toc ! »
L’imbécile ! qui, avec son “et toc” ne s’est pas même rendu compte qu’il me singeait et qu’en procédant de la sorte, il apportait la démonstration de ma supériorité sur lui.
Ce que, bon prince, je lui explique, pris par cette générosité qui pousse les vrais civilisés à fournir aux primitifs les éléments de réflexion qui leur permettront peut-être un jour, d’atteindre un degré honnête de civilisation.

Satisfait de ma B.A.j’ai daigné ne pas embuer le miroir avant de tourner les talons pour m’en aller voir ailleurs si j’y suis.
Le match de foot France-Syrie commence dans deux minutes, juste le temps qu’il me faut pour sortir un pack de bière du frigo. Quelle équipe va gagner ? C’est couru d’avance : la France. 
Quant à l’autre pomme, et parce qu’il est tout simplement impensable qu’il ait la télé, il a dû s’en retourner au néant de son inculture primitive.

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Cailloux du Bugarach, or en barre et crottes de biques

Je remercie une certaine Martine Alix qui, en commentant mon article Le secret de Bérenger Saunière en instance d’être percé, m’a inspiré ce texte que chacun reconnaîtra comme étant d’une portée sans égale, donc battant tous les records de mise bas de quelque bestiau que ce soit.

Mais tout d‘abord,  je cite en partie son commentaire, en censurant cependant un morceau du dernier paragraphe qui me semble n’être qu’une vulgaire pub concernant un roman qu’elle aurait soi-disant écrit avec un célèbre inconnu, pour ne pas dire illustre (un certain Jean-Michel Thibaux), concernant Rennes-leChâteau, un curé du nom de Bérenger Saunière et une dénommée Marie Denarnaud, sa servante, ces deux zigotos ayant croqué quelques diams plus la vie à pleine dent après avoir trouvé un trésor, etc. 

Le commentaire en question :

« Au Bugarach, on fait feu de tout bois et même avec des trucs qu’Asmodée (gardien des trésors du roi Salomon) n’aurait même pas pensé souffler aux mercantiles de tout poil… A lire “Le Point” de cette semaine, sur un site internet, on vendrait à prix d’or des cailloux de la montagne, censés dégager un magnétisme positif. Je cite : “De 160 euros le caillou de 110 grammes à 3000 euros la pierre de 2 kilos garantie ramassée à la main avec certificat d’authenticité.
Selon d’autres sources, il paraîtrait qu’on les vendrait aussi broyées sous forme d’élixir minéral à ingérer. A déconseiller à ceux qui font des calculs rénaux !
Au train où vont les choses, la montagne devrait finir par s’écrouler avant le 21 décembre 2012, et l’apocalypse n’aura qu’à passer son chemin…
 Quant au tunnel temporel, je l’ai emprunté à ma manière, en faisant une excursion dans le temps (invisible comme le suggère une autre Alix qui n’est pas moi) à la rencontre de Bérenger Saunière, de Marie Denarnaud et d’Asmodée… »

 « Dommage que l’héritière ne soit pas moi, comme certains avaient cru le comprendre en lisant le titre…» rajoute l’auteure de ce commentaire pour mettre une série de trois points finaux auxquels nous restons suspendus, hors d’haleine, car, et selon nos sources, ce roman vaut autant son  pesant d’or –expression à prendre ici au premier degré– que le détour, et devrait intéresser nombre de lecteurs.

Mon texte ? Patience, j’y viens :
Bien joli tout ça, quelques cailloux pour mettre sur la cheminée, entre le portrait de la Marie et du Bérenger, mais franchement, ça manque de gueule.  Propriétaire d’un modeste terrain de 1000 hectares situé dans la Beauce, région qui manque singulièrment de magnétisme positif,  et désireux de redonner une impulsion spirituelle à cette région  qu’on peut qualifier de bouseuse lorsqu’il pleut comme vache qui pisse, je serais vivement intéressé par l’acquisition totale du Bugarach, à condition bien évidemment, que ce tas de caillou soit ramassé à la main, au pire à la louche, et qu’il soit livré intégralement en bloc, et non en pièces détachées, comme on m’a déjà fait le coup pour une pyramide égyptienne achetée à un antiquaire du Yucatan, que je me demande si je ne m’étais pas fait arnaquer. Une certaine Coppier, soi-disant égyptologue, avait servi d’intermédiaire.
Vu l’importante quantité de cailloux que représente le Bugarach, il est bien sûr hors de question que je paie 3000 euros les 2 kilos, mais je pense pouvoir m’entendre avec la municipalité dont les habitants profiteraient enfin d’une modernisation de leurs réseaux routiers, eaux usées, téléphoniques, et enfin tunneliers, plus un autre avantage, et non des moindres, celui qui amènerait aux maheureux qui vivent au pied de ce furoncle de roches la possibilité de profiter d’une vue dégagée et de pouvoir enfin se faire bronzer, le monticule déblayé ne leur faisant plus d’ombre. Je ne parle même pas des tomates qu’un mûrissement continu permettrait aux habitants d’en balancer l’excédent de production sur les touristes millénaristes avides de sensations fortes et de raisiné. Je ne parle pas du vin.

La balle est dans le camp des élus qui sauront où me trouver.

Parallèlement, je me porte aussi acquéreur des millions de crottes de bique qui enjolivent les verts pâturages ou servent de balises aux promeneurs sur les sentes pentues, ardues et rocailleuses. Perdre la raison est une chose, perdre sa route en est une autre, plus grave, mais une fois le Bugarach déplacé, plus de grimpeur en vilain short serrant désespérément sa compagne gourde contre lui, plus de badaud en tongues made in China, plus de zombie en quête d’une rencontre du troisième type armé de son appareil photo numérique dernier cri (pour faire fuir les bêtes sauvages), plus de pauvre hère en errance d’où émane l’âcre odeur de cette sainte sueur dont la particularité est de produire de larges auréoles sous les aisselles. Enfin débarrassés de ces parasites, les indigènes pourraient alors pleinement profiter du Jeu des Mille euros sans avoir à tourner sans relâche la mollette de recherche des stations, à cause d’un OVNI imaginaire qui en rajoute au brouillage.
Mais que ferai-je de ces crottes de bique ? vous entends-je me supplier de vous dévoiler. 
Ce sont mes affaires, vous répondrai-je laconiquement. De grosses affaires bien justeuses, malgré le fait que ces déjections soient connues pour être pauvres en humidité.
Sérieusement, vous ne croyez tout de même pas que je vais me laisser damer le pion par des vendeurs à la petite semaine d’élixirs minéraux censés faire on ne sait quoi, sinon faire pisser douloureusement avec le risque de briser la blanche porcelaine de la cuvette des ouaters. Au prix où se vend une Jacob-Delafont, non mais.
Concernant cette transaction, la petite baballe est aussi dans le camp des élus, que j’encourage vivement à me rencontrer pour entamer les pourparlers.
Ils me reconnaîtront aisément à mes lunettes de soleil et à l’attaché-case noir que j’aurais pris soin de remplir auparavant et derrière celui-ci par mesure de précaution, les murs ayant des oreilles et les plafonds des yeux.

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Fichier biométrique, censure Internet, belle langue et vulgarité

— Et voilà, on vient encore de se faire enquiller ! Et qu’on mette pas ça sur le dos des Grecs ou de je sais pas qui. 
— C’est vulgaire, enquiller. Très vulgaire.
— Bananer, si tu préfères. Mais je suis pas sûr que ce soit plus classe.
Plus classe, c’est aussi très vulgaire et surtout d’un commun…
— Je suis issu du peuple, et de basse extraction, très basse. Le pavé, tu vois ? Pas celui de bœuf cuit à point. Ce qui m’autorise à causer comme je l’entends et comme j’ai toujours entendu causer quand j’étais chiard, un môme si tu préfères. Alors tu as sans doute raison, oui je suis vulgaire, mais je sais encore me tenir, sinon c’est enculer que j’aurais dit, on vient encore de se faire enculer. Ceci dit, tu peux toujours te taper pour m’entendre dire des insanités, parce que j’ai encore de l’éducation.
— Vulgaire, grossier et inculte. La grammaire et toi, ça fait deux. Qu’on mette pas ça sur le dos des Grecs est incorrect.
— T’as quelque chose contre les Grecs ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait les Grecs ? C’est quoi qui te plaît pas chez les Grecs ?
— Je ne parle pas de ça ; je parle de ta façon de parler le français, des fautes que tu fais. La forme correcte est Que l’on ne mette pas ça sur le dos des Grecs.
— OK, je veux bien. Toujours est-il qu’on vient encore de se faire mettre. Entre le fichier biométrique et la censure sur Internet. Je parle pas du reste, l’augmentation de la TVA et autres…

— Je te l’accorde, mais je te signale que se faire mettre n’est pas très élégant. Et, comment dire… quelque peu homophobe, si tu vois ce que je veux dire. 
— Un peu que je vois c’que tu veux dire. Mais toi, tu le vois ce que moi je veux dire ? Tu l’entends ? Tu le piges ou t’y entraves que dalle ? Parce que je parle peut-être pas comme il faudrait –et d’après quelles lois absolues et divines ?–, je fais des fautes à tout bout de champ, je suis ignare, mais quand on nous le met profond, mine de rien et en loucedé, je le sens méchant, et crois-moi, ça renifle. Tu le sens ce qui se prépare ? T’es au jus ou tu préfères continuer à enculer les mouches comme tu le fais ? Et merde, excuse-moi, j’ai la gnare, et quand j’ai la gnare je deviens grossier.
Je reprends : 1942, ça te dit quelque chose ? Un certain fichier. Tu vois ce que je veux dire ? D’accord t’es pas juif, mais de toute façon, c’est pas eux qui sont visés, non. Ceux qui sont visés, c’est moi, c’est nous, surtout ceux de basse extraction, les moins que rien, le bas peuple, quoi, la piétaille si tu veux, ou la valetaille.  Plus les étrangers, qu’est-ce que je dis, ceux d’origine étrangère. Pas tous, non, ceux qui ont une gueule d’étranger –donc sale–, ceux qui sont bizarres, ceux qui ne sont pas comme on est censé être pour plaire à qui il faut plaire pour vivre à peu près libres, ceux qui n’entrent pas dans le cadre fixé par les lois et réglementations de plus en plus liberticides. Étrangers, étranges, bizarres, pas conformes et sans le sigle NF.
Détrompe-moi si j’me gourre, mais reluque-toi dans un miroir et dis moi si tu y vois des ascendances bien de chez nous, bien européennes. Europe du nord, c’te blague. Et ton prénom, Mohamed… c’est de quelle origine déjà ? Je parle pas de tes origines ethniques, j’ai de la morale.

Quant à la censure sur Internet et les imbéciles qui y vont de leur auto-censure, ça te dit quelque chose ? Et tout ça pour une histoire de pognon, de gros sous. Oh, ça commence tranquillou, mais le temps de réagir, ça a déjà tout gangréné. Et on y est. Entre la langue de bois d’un paquet de politiques à la botte des marchands –on imagine pourquoi !–, celle mielleuse et faux-derche de journalistes bénis oui-oui qui font dans leur froc, c’est bien parti. Je ne parle pas de la masse, ce machin informe qui se la ferme au lieu de gueuler, trop content de récolter des miettes de merde, et tous ceux qui font la politique de l’autruche. Franchement, ne crois-tu pas que la censure est en marche ?
— Tiens donc, une forme grammaticale correcte. Très très bien ce ne crois-tu pas ? Comme quoi tout peut arriver. Bravo…
— Mouais, ben on est mal barrés. Quand je parlais de la politique de l’autruche et de la langue de bois…  Tout bien réfléchi, je crois que tu es un putain d’enculé !
— Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort ?
— Je dis pas non et t’as sûrement raison, mais comme on disait quand j’étais un sale môme –un chiard, si tu préfères, ou un sale morveux– ta raison est bien bonne, mais mon cul l’empoisonne. Salut !

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Une commande pour Noël

Roger –un vieux pote depuis aussi longtemps que j’existe–, il y a plein de choses qu’il a su faire dans la vie, et qu’il sait toujours faire, si on exclue celles qui demandent d’être en forme et d’avoir bon pied, bon oeil. Plein de choses, sauf celles qui demandent un peu de sérieux pour avoir préparé sa vieillesse et tout pareil pour sa retraite.
Roger, il fatigue. Je veux dire qu’il est fatigué, comme un vieux que la vie a un peu usé avec l’aide de la bouteille toujours prête à donner un coup de main pour lever le coude. Du coup, il est persuadé qu’il ne fera pas de vieux os, et à l’entendre souffler comme il fait, non seulement je comprends, mais je suis pas contre. 
Alors pour aller plus vite en besogne et pour ne pas que ça traîne, il s’est commandé une belle crise cardiaque pour Noël prochain. Mais encore faut-il qu’il tienne le coup jusque là.

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