Je remercie une certaine Martine Alix qui, en commentant mon article Le secret de Bérenger Saunière en instance d’être percé, m’a inspiré ce texte que chacun reconnaîtra comme étant d’une portée sans égale, donc battant tous les records de mise bas de quelque bestiau que ce soit.
Mais tout d‘abord, je cite en partie son commentaire, en censurant cependant un morceau du dernier paragraphe qui me semble n’être qu’une vulgaire pub concernant un roman qu’elle aurait soi-disant écrit avec un célèbre inconnu, pour ne pas dire illustre (un certain Jean-Michel Thibaux), concernant Rennes-leChâteau, un curé du nom de Bérenger Saunière et une dénommée Marie Denarnaud, sa servante, ces deux zigotos ayant croqué quelques diams plus la vie à pleine dent après avoir trouvé un trésor, etc.
Le commentaire en question :
« Au Bugarach, on fait feu de tout bois et même avec des trucs qu’Asmodée (gardien des trésors du roi Salomon) n’aurait même pas pensé souffler aux mercantiles de tout poil… A lire “Le Point” de cette semaine, sur un site internet, on vendrait à prix d’or des cailloux de la montagne, censés dégager un magnétisme positif. Je cite : “De 160 euros le caillou de 110 grammes à 3000 euros la pierre de 2 kilos garantie ramassée à la main avec certificat d’authenticité.”
Selon d’autres sources, il paraîtrait qu’on les vendrait aussi broyées sous forme d’élixir minéral à ingérer. A déconseiller à ceux qui font des calculs rénaux !
Au train où vont les choses, la montagne devrait finir par s’écrouler avant le 21 décembre 2012, et l’apocalypse n’aura qu’à passer son chemin…
Quant au tunnel temporel, je l’ai emprunté à ma manière, en faisant une excursion dans le temps (invisible comme le suggère une autre Alix qui n’est pas moi) à la rencontre de Bérenger Saunière, de Marie Denarnaud et d’Asmodée… »
« Dommage que l’héritière ne soit pas moi, comme certains avaient cru le comprendre en lisant le titre…» rajoute l’auteure de ce commentaire pour mettre une série de trois points finaux auxquels nous restons suspendus, hors d’haleine, car, et selon nos sources, ce roman vaut autant son pesant d’or –expression à prendre ici au premier degré– que le détour, et devrait intéresser nombre de lecteurs.
Mon texte ? Patience, j’y viens :
Bien joli tout ça, quelques cailloux pour mettre sur la cheminée, entre le portrait de la Marie et du Bérenger, mais franchement, ça manque de gueule. Propriétaire d’un modeste terrain de 1000 hectares situé dans la Beauce, région qui manque singulièrment de magnétisme positif, et désireux de redonner une impulsion spirituelle à cette région qu’on peut qualifier de bouseuse lorsqu’il pleut comme vache qui pisse, je serais vivement intéressé par l’acquisition totale du Bugarach, à condition bien évidemment, que ce tas de caillou soit ramassé à la main, au pire à la louche, et qu’il soit livré intégralement en bloc, et non en pièces détachées, comme on m’a déjà fait le coup pour une pyramide égyptienne achetée à un antiquaire du Yucatan, que je me demande si je ne m’étais pas fait arnaquer. Une certaine Coppier, soi-disant égyptologue, avait servi d’intermédiaire.
Vu l’importante quantité de cailloux que représente le Bugarach, il est bien sûr hors de question que je paie 3000 euros les 2 kilos, mais je pense pouvoir m’entendre avec la municipalité dont les habitants profiteraient enfin d’une modernisation de leurs réseaux routiers, eaux usées, téléphoniques, et enfin tunneliers, plus un autre avantage, et non des moindres, celui qui amènerait aux maheureux qui vivent au pied de ce furoncle de roches la possibilité de profiter d’une vue dégagée et de pouvoir enfin se faire bronzer, le monticule déblayé ne leur faisant plus d’ombre. Je ne parle même pas des tomates qu’un mûrissement continu permettrait aux habitants d’en balancer l’excédent de production sur les touristes millénaristes avides de sensations fortes et de raisiné. Je ne parle pas du vin.
La balle est dans le camp des élus qui sauront où me trouver.
Parallèlement, je me porte aussi acquéreur des millions de crottes de bique qui enjolivent les verts pâturages ou servent de balises aux promeneurs sur les sentes pentues, ardues et rocailleuses. Perdre la raison est une chose, perdre sa route en est une autre, plus grave, mais une fois le Bugarach déplacé, plus de grimpeur en vilain short serrant désespérément sa compagne gourde contre lui, plus de badaud en tongues made in China, plus de zombie en quête d’une rencontre du troisième type armé de son appareil photo numérique dernier cri (pour faire fuir les bêtes sauvages), plus de pauvre hère en errance d’où émane l’âcre odeur de cette sainte sueur dont la particularité est de produire de larges auréoles sous les aisselles. Enfin débarrassés de ces parasites, les indigènes pourraient alors pleinement profiter du Jeu des Mille euros sans avoir à tourner sans relâche la mollette de recherche des stations, à cause d’un OVNI imaginaire qui en rajoute au brouillage.
Mais que ferai-je de ces crottes de bique ? vous entends-je me supplier de vous dévoiler.
Ce sont mes affaires, vous répondrai-je laconiquement. De grosses affaires bien justeuses, malgré le fait que ces déjections soient connues pour être pauvres en humidité.
Sérieusement, vous ne croyez tout de même pas que je vais me laisser damer le pion par des vendeurs à la petite semaine d’élixirs minéraux censés faire on ne sait quoi, sinon faire pisser douloureusement avec le risque de briser la blanche porcelaine de la cuvette des ouaters. Au prix où se vend une Jacob-Delafont, non mais.
Concernant cette transaction, la petite baballe est aussi dans le camp des élus, que j’encourage vivement à me rencontrer pour entamer les pourparlers.
Ils me reconnaîtront aisément à mes lunettes de soleil et à l’attaché-case noir que j’aurais pris soin de remplir auparavant et derrière celui-ci par mesure de précaution, les murs ayant des oreilles et les plafonds des yeux.