21 décembre 2012, Bugarach et fin du monde

Comme prévu par les Mayas, la météo, l’Office français des catastrophes annoncées, les sectes apocalyptiques et millénaristes, plus quelques illuminés… la fin du monde, consécutive à un renversement des pôles, a bel et bien eu lieu, le 21 décembre 2012, ce que notre rédaction réprouve et déplore. Nos très sincères condoléances à tous.

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Mais que font ceux qui sont dans la politique ?

« Je peux aimer des hommes et des femmes qui sont dans la politique, qui font dans la politique, à condition, bien sûr, qu’ils fassent de la politique. »

KARL JULIUS HENRY (GROUCHO) MARX

J’aime bien les poètes. Pas seulement parce qu’ils écrivent des poèmes, mais parce que ce sont des poètes. Mais attention, je les aime bien, à condition qu’ils n’aient pas les cheveux trop longs. Les cheveux dans la soupe, le genre de truc auquel tu t’attends lorsque un poète manque d’imagination à cause que sa soupe c’est une patate, une rave et le vert d’un poireau récupéré en fin de marché. Et le gaz est coupé, manquait plus que ça. Mais en général, j’aime bien les poètes, presque autant que le Kiravi ou la Villageoise, si vous préférez.

Les peintres, j’aime bien aussi, surtout ceux en bâtiment, quand ils accrochent leur seau de peinture à une échelle branlante. J’attends, et dès qu’un quidam passe à côté de l’échelle, vlan, je donne un coup de pied dessus. Pas sur le quidam, sur l’échelle. Le mieux, c’est qu’il passe sous l’échelle, mais faire le forcing pour qu’il s’y enfourne est souvent moins simple qu’il n’y paraît. Toutefois, c’est pour les artistes peintres que j’ai un faible. Pour les tableaux qu’ils peignent, mais aussi parce que s’il est des artistes, c’est bien eux.

Les écrivains, j’aime assez, surtout ceux qui préfèrent écrire “s’ils sont des artistes” plutôt que “s’il est des artistes”, tournure quand même bizarre, et à mon avis pas très correcte. Les écrivains ne se prennent pas pour rien, un peu comme les artistes qui disent qu’ils font de l’art ou qu’ils sont dans l’art, ce qui reste à prouver. La preuve que c’est de l’art, c’est que ça se vend, m’a dit un jour un artiste qui peignait avec je me demande quoi et qui peignait je me demande encore quoi. C’était sûrement un grand artiste, connu et tout.
Les écrivains, ça va tant qu’ils ressemblent à n’importe qui d’autre, comme à un poète, par exemple, mais ça va moins bien quand ils prennent l’air abattu sous prétexte que le jour où ils sont allés voir le poète, il n’y avait plus une seule goutte de Kiravi. Les artistes maudits, ça n’est pas mon truc, mais je les aime quand même un petit peu. Mon pote écrivain, qui est aussi philosophe quand il se tait, m’a expliqué en long en large et en hauteur que “aimer un peu” ça ne veut rien dire. Aimer, c’est aimer. Comme haïr c’est haïr ? je lui ai demandé. Pire, il m’a répondu. Lui, j’ai beau essayer de l’aimer, je n’y arrive pas. 

Les boulangers, je les aime bien aussi, je parle de ceux qui ouvrent leur échoppe à l’aurore, ou à l’aube, à la limite du matin. C’est surtout l’odeur qui me fait les aimer, comme une odeur de grosse femme toute proprette qui se réveille en souriant. Sauf que son boulanger de mari c’est un saligaud qui a depuis longtemps jeté son bonnet par dessus les moulins. Avec la petite vendeuse plus gironde qu’une miche. Du coup, et pour être franc, à défaut d’être maçon, c’est plutôt la bonne odeur du pain frais qui me fait aimer le boulanger. Plus la petite vendeuse aux yeux en forme de croissant. Une petite beurette toute fringante.

Les maçons, je n’ai rien contre, sauf quand ils maçonnent avec leurs grosses toupies et leurs grosses bétonnières que ça fait un bruit d’enfer pire qu’un chantier de tous les diables.
Les gars du bâtiment, j’aime assez. Surtout ceux qui regardent les autres travailler, accoudés sur leur pelle. Parce que je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais ça n’est pas donné à tout le monde de faire comme si on ne faisait rien, ce qui n’est pas vrai puisqu’ils touchent leur paie à la fin du mois. Mes préférés ce sont les plâtriers, à cause des chansons plus vieilles qu’eux, mais pas plus idiotes, qu’ils ont appris de la bouche de leur père qui était déjà plâtrier, et d’autres de leur mère qui essuyait les plâtres quand l’ouvrier blanchi rentrait harrassé et bourré de plâtre sous les semelles, que le paillasson c’est pas fait pour les chiens, plus bourré tout court, à cause que la poussière de plâtre, faut en avoir fait des murs et des plafonds pour savoir que ça sèche bigrement la gorge.

Les enseignants, je veux dire les profs et les trucs comme ça, j’aime encore assez. D’abord parce qu’ils sont marrants comme tout, avec leurs grands discours et leurs grèves, et aussi parce que, sortis de leurs histoires de profs, les seules autres qu’ils racontent, c’est des histoires d’enseignants. Je les aime bien aussi quand ils parlent de leurs horaires de travail, de leurs vacances, de leurs congés et de leurs week-ends dont ils profitent pour acheter à la Camif tous les trucs dont ils n’ont pas besoin et à la MGEN tous les trucs qui les rassurent.

Les sportifs, je les aime bien aussi. surtout les professionnels. Ce que je préfère, c’est quand les professionnels ils parlent, comme des fois à la téèssèfe. Ils me font presque autant rire que les enseignants, mais pas de la même couleur.
Les avocats, c’est un peu comme les dentistes, les chirurgiens, les médecins ou les coiffeurs. De drôles de zigotos qui racontent des tas de blagues, que tu crois que c’est pas des blagues, et manque de chance, c’en est bel et bien. Ou plutôt moche et mal. Et tu as beau savoir que c’est du n’importe quoi, tu y retournes. Mais je les aime vraiment beaucoup, presque autant que les curés, les nonnes et pareil. Puis faut pas oublier : les avocats ça défend, les dentistes et médecins ça soigne, et les coiffeurs ça coiffe. En principe, parce que des fois, ça décoiffe plutôt. Les nonnes, il paraît qu’elles prient pour nous et d’autres choses aussi utiles. Des fois elles font des confitures ou des biscuits, ce qui les rend assez aimables.

Bon, je ne vais pas parler de tous ceux que j’aime. D’une part je n’y arriverai pas, d’autre part je risquerais d’en oublier, et ceux-là ne m’aimeraient pas, s’imaginant que je ne les aime pas.
Cependant je ne terminerai pas sans parler des hommes politiques. Je veux dire les hommes et les femmes qui font de la politique, ou qui font dans la politique. À ce qu’il paraît. Catégorie qui me fait me gratter la tête, geste connu pour activer les neurones. Bien ou mal, les peintres peignent, les musiciens font de la musique, les maçons maçonnent, les boulangers boulangent, les sportifs font du sport, les enseignants enseignent, les administratifs administrent, les comptables comptent, les coiffeurs coiffent, etc., raisons pour lesquelles je les aime bien. Mais les politiques, que font-ils ?
Ils font de la politique, êtes-vous prêts à répondre naïvement en masse. Eh bien non. Non et non.
Non. Ils caquètent. Ils critiquent le camp opposé –donc tous les autres camps–, s’adressent vannes et injures, s’attaquent, s’assiègent, se battent pour un siège, se tirent dessus à boulets rouges. Ils dénoncent, se dénoncent mutuellement, s’accusent, font les poubelles, salissent, se salissent au passage et s’étonnent ensuite qu’on les trouve sales. Et plus ils devraient faire de la politique en œuvrant pour la cité, et non pour leur propre compte d’assoiffés de vain pouvoir, moins ils en font. 
Tous ? Bien sûr que non ! Sinon, imaginez dans quelle panade quel merdier nous serions. 

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Irak : retrait des Américains, festivités et tirs de feux d’artifice

Fous de joie et heureux d’avoir vu partir les troupes d’occupation américaines, les Irakiens ont tiré une ribambelle de magnifiques feux d’artifice qui ont épaté petits et grands.  En effet, et sans même qu’ils se soient concertés, sunnites et chiites, je veux dire chiites et sunnites (cet effet de style se nomme précautionnisme) ont travaillé jour et nuit, en toute discrétion afin de préserver l’effet de surprise, pour qu’aucun incident ne vienne troubler le déroulement de ces manifestations hautes en couleur. Ô  la belle bleue, ô la belle verte, ô la belle rouge criaient les enfants excités.
Le passage d’une année vermoulue à une nouvelle qui sent la peinture fraîche en aura-t-il rajouté à ces festivités ? Envoyés sur le terrain pour un sondage auprès d’un panel représentatif, nos enquêteurs n’ont hélas plus donné signe de vie. Certains bruits prétendent, sans toutefois l’affirmer, qu’ils seraient en train de cuver leur thé et de digérer leurs agapes dans quelque bouge, en compagnie de joyeux drilles de leur trempe.
Fêtards comme le sont ces fiers hommes et femmes d’Irak, que leurs retrouvailles avec la liberté pousse à quelques excès alcooliques et autres démonstrations de joie, de nouveaux feux d’artifice pourraient être tirés, raison pour laquelle nous demandons aux parents d’équiper leurs enfants d’un parapluie, ce qui devrait leur assurer la meilleure protection possible pour échapper aux dégâts collatéraux à d’intempestives retombées.

Du  Paradis où il était entouré d’une floppée de vierges, par ma foi accortes et bien mignonnes, Allah s’est longuement félicité de l’harmonie qui règne désormais en Irak et en a profité pour féliciter les chefs des deux factions, chiite et sunnite, je veux dire sunnite et chiite, qui ont largement œuvré pour la paix.

Bref, une année 2012 qui commence sous les meilleurs auspices pour le peuple irakien à qui j’adresse mes plus sincères condoléances mes humbles vœux. Tout bien réfléchi, mes condoléances, aussi, pour les pas loin de 200 000 morts sortis sans parapluie ces dernières années de liesse et de feux d’artifices.

NDLR : Oui, je sais, le calendrier musulman n’a rien à voir avec celui des chrétiens. Et alors?

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Le Ch’tiot, Iznogoud, Mèmed le Mince : un divorce franco-turc

Trop fort le ch’tiot. Fort comme un Turc. Ceci dit, ce qu’il nous fait, c’est quand même un peu fort de café, de café turc. Pour preuve le marc qui se décante et qui, contrairement au limon, ne saurait être fertile. Moins stérile qu’il n’y paraît, le marc de café ? Peut-être, à condition de savoir décrypter ce que génèrent les décisions que nous prenons, cette lecture se faisant bien autrement qu’avec la seule pensée rationnelle d’un gugus bouffi d’orgueil et assoiffé de pouvoir. Dommage pour lui et pour le pays qu’il renâcle à faire appel à la voyance, cet état de conscience qui, même s’il ne délivre pas de clé, permet au moins de s’interroger sur le bien fondé de nos actes. Et dont les résultats, tous comptes faits, ne sont pas pires que ceux qui font appel aux savoirs délivrés par les grandes écoles.
Le ch’tiot et ses comparses, car il s’agit bien de comparses, ne fondent leurs actes que sur les dividendes qu’ils peuvent percevoir : pouvoir et argent. Ce qu’on trouve peut-être aussi chez les cloportes pour peu qu’on perce leur intimité. Mais rassurons-nous et rassurons-le : il n’est pas le seul des postulants à un quelconque pouvoir à se comporter ainsi, et chacun, à bâbord comme à tribord, use de ses subterfuges en louvoyant d’un électorat à l’autre pour gagner les plus hauts échelons.

Fonçant sur la brèche électoraliste, le Ch’tiot, aux antipodes de Mèmed le Mince –un réfractaire au pouvoir et à la bêtise, sous toutes leurs formes– dénonce bêtement ce qui déjà le fut, magouille comme un Iznogoud, décrète comme un demi-dieu ominipotent issu en ligne directe de la cuisse de son père –Jupiter– et, s’adressant de sa grandeur à la communauté internationale, joue les justiciers sans même se rendre compte que le costume de Zorro lui va comme un gland à un castra.
Comportement des plus étranges, généralement réservé à ce type de schizophrènes dont la spécialité est l’aptitude qu’ils ont à scier la branche sur laquelle leur équilibre instable leur permet tout juste de pisser sur ceux qui les ont aidés à grimper dans l’arbre. Plus les homme sont petits, plus ils veulent paraître grands.

Le Ch’tiot prend vraiment les Turcs, mais aussi les Arméniens pour ce qu’ils ne sont pas, et SES ressortissants pour ce qu’ils sont vraiment : des veaux. Et les veaux ont cette particularité d’être élevés pour être menés à l’abattoir. 

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Kim Jong-il est mort, vive Václav Havel

Je suis défait, désemparé, largué, abandonné, paumé et plus triste qu’un clown triste  de Corée du nord, c’est pour dire.  Mais pourquoi ? vous demandez-vous, prêts à sortir vos mouchoirs de Chollet, taille XL, à peine plus petits qu’un stade de football. La mort de Václav Havel ? Allons, allons ! Il faudrait avoir de l’humour pour être éprouvé par sa disparition. Et si j’ai des qualités à revendre et des défauts encore plus, l’humour ne fait pas partie de ces derniers. Pleurer parce qu’un humaniste s’est fait la malle ? Par ces temps voués au matérialisme, à la consommation, à la chienlit, à la philosophie de comptoir d’un BHL, aux pipols, à la bêtise érigée en tant que valeur suprême par nos gouvernants (non : je ne citerai ni le nom de Claude Guéant, ni celui du Ch’tit, ni celui des autres qui se reconnaîtront), et à la mise en bière de la culture, vous n’y pensez tout de même pas sérieusement ? Václav Havel, je n’en ai rien à faire et je ne risque même pas de lui souhaiter de reposer en paix. Vouloir reposer en paix, c’est bon pour les va-t-en guerre, pas pour les Václav Havel et ceux de son espèce.

Non, si je se suis défait, désemparé, etc., c’est parce celui qui fut un père pour moi, presque autant que le furent Lénine, Staline, Hitler, Pol Pot et autres grands hommes chers à mon cœur ranci, celui qui pour toujours restera ce modèle inatteignable tant grande était sa grandeur, est mort. Kim Jong-il est mort, nom de dieu, paix à son âme. Dieu l’a rappelé auprès de lui, re-nom de Dieu. Alors qu’il était en train de voyager en train, c’est Dieu pas possible.
Mort. Pourtant, je le sens près de moi, près de ce peuple tant aimé qu’il aima tant, ce peuple qui lui rendit son amour paternel et lui rend encore aujourd’hui par l’hommage qu’il lui rend, prêt qu’il est à en découdre avec la Corée du sud et le Japon, qu’on se demande pourquoi ces pays n’ont pas encore reçu une bombe atomique made in Corée du nord sur leur tronche de lune orgueilleuse.

Voilà, c’est dit. Ce qui n’est pas encore dit, c’est que je suis maintenant orphelin. Un orphelin de père, dont la mère –ma patrie, de cœur, du bien être et de la joie de vivre, je cite la Corée du nord–, heureusement, est encore bien vivante, nourrie par l’amour filial transmis de père en fils, de Kim-Il-sung  à Kim-Jong-Un, en passant par mon père, je veux dire Kim-Jong-il.
Que va faire Kim-Jong-Un ? Ce qui lui a été révélé d’avoir à faire, à savoir suivre la ligne de conduite tracée par son digne père : éclairer le monde par la lumière fulgurante d’une bombe atomique, afin que cessent les ténèbres.
C’est pour cela que, malgré ce chagrin qui me poigne, et versant une dernière larme, je me joins à la douleur présente et à venir de cette incarnation de la Lumière qu’est devenu Kim-Jong-Un, le “Grand héritier” à qui j’adresse, dans le désordre qui lui va si bien : mes condoléances affectées,  le refus de ma grâce, une tripotée de coups de pied dans le cul, une banane et un rideau de théatre que je décrocherai de la scène pour lui en faire un linceul.

Kim-Jong-il est mort, vive Václav Havel.

 

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Pédophilie, paranoïa, bon droit et cœur brisé

« Sinon, à Brest, c’est pas pire qu’ailleurs »
CHARLIE CHAPLIN, dans Le Kid

Sales gosses. Et vaut mieux pas que je parle de leurs mères.
Sales gamins qui chialent pour un oui pour un non avec la morve au nez. Tu pleures, que je leur dis, mais tu verras quand ta mère elle t’aura abandonné ou qu’elle sera morte. Pis si ça se trouve, c’est déjà fait. C’est des sornettes, ce que je raconte, même si des fois j’aimerais que ça en soit pas.
Sales gosses que tu peux même plus leur filer une taloche sans te retrouver au tribunal. J’t'en foutrais ! Et après ça gueule qu’ils savent pas se tenir. Tu m’étonnes.
Bon, des fois, il y en a qui sont mignons, quand même, ça arrive. C’est pas que les parents ils leur ont appris, mais c’est comme ça. Mais attention, hein, faut pas y toucher, faut pas y montrer le chemin et faut surtout pas les consoler s’il y en a un qu’est tombé, qui s’est fait un bobo ou qu’a un chagrin. Ah non, faut pas. Faut même pas les regarder quand ils jouent, les mômes, même si ça te fait simplement du bien, parce que c’est mignon comme tout, et que tu te dis que toi aussi tu as été comme ça, mais tu l’avais oublié. Et même les sales gamins qui chialent parce qu’on leur dit d’arrêter de faire leur caprice, et que s’ils arrêtent pas, ils vont recevoir. Tu les regardes, et ça te fait comme du chaud au coeur. Jusqu’à ce qu’on te regarde de travers, que tu comprends pas pourquoi, et que tu te prives des jolies images touts tendres que tu as dans la tête. Alors ça te fait devenir grognon, comme un vieux con. Si t’es déjà un vieux con, c’est pas si grave, mais si tu l’étais pas encore, tu le deviens vite fait. Le temps du regard tordu d’une mère, que tu te demandes pourquoi son regard est comme ça. Alors que toi, c’est clair dans tes yeux, même si tu n’y vois plus très bien, au point que tu vois même pas que tu es mal rasé, que tu as mis tes vieilles nippes défraîchies, les mêmes tous les jours, toutes tachées et qu’ont oublié le chaud du fer à repasser, avec le bruit tout doux que ça fait quand il glisse dessus. C’est comme les biscuits que tu gardes pour quand tes petits enfants ils viennent te voir, s’ils viennent te voir. Tu as bien fermé la boîte en fer, mais depuis le temps qu’ils traînent… C’est plus avec tes yeux que tu vois, ils sont trop fatigués, mais les autres, c’est encore avec ça qu’ils te dévisagent. Non, ils te dévisagent pas, ils te regardent en coin. Ils te trouvent vieux et pas ragoûtant. Et tu sens, tu sens le vieux, parce que les vieux ça a une odeur. Tu as beau ne plus avoir l’oreille fine, tu les entends chuchoter, proférer des insanités, comme quoi t’es peut-être bien qu’un gros dégueulasse de pervers, et que, même si c’est pas sûr, autant…
« Autant quoi ? » que je leur dis, même pas mauvais, ça vaut pas le coup de se remuer les sangs. « Autant me cracher dessus ? Me lancer des pierres ? Me courser ? M’acculer jusqu’à ma porte d’entrée pour m’injurier, me vomir votre fiel ? Me battre à mort, parce que moi, les enfants, je les écoute de cœur à cœur alors que vous êtes sourds à ce qu’ils murmurent, cons et intolérants que vous êtes ».
J’admets que j’y suis peut-être allé un peu fort. Les pleutres, faut y aller mollo, tout mollo, sinon ils te mordent les mollets ou la nuque, c’est plus facile quand on te prend en douce par derrière.
 Ils ne m’ont pas mordu, trop lâches pour ça. Ils ne m’ont pas frappé non plus, sauf à coup de viles injures. Elles m’ont fait mal, la bêtise m’a toujours fait mal, mais elles ne m’ont pas sali l’âme, elles n’ont sali que la leur, moche. J’ai saigné, sans le moindre filet de sang. Un cœur, même blessé à mort, ça ne se voit pas qu’il est blessé.
Une fois délivrés de leur peur et de leur venin les couards sont rentrés chez eux s’abrutir devant leur télé et s’y gaver d’idées toutes faites, de méfiance, de suspicion, de paranoïa, de nouvelles peurs puis de haines qu’ils sauront bien lâcher une nouvelle fois pour s’en libérer, jusqu’à la prochaine. 

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Concombres, carottes, stupre, cheikh Machin et tête de noeud

LE CAIRE : Un religieux musulman résidant en Europe a statué que les femmes ne devraient pas se trouver à proximité des bananes ou des concombres, afin d’éviter toute « pensée sexuelle. »
Le cheikh anonyme, présenté dans un article publié sur el-Senousa News, a été cité comme disant que si les femmes souhaitent manger ces aliments, une autre personne, de préférence un homme de la famille tel leur père ou leur mari, doit couper ces aliments en petits morceaux et leur servir. Il a dit que puisque ces fruits et légumes « ressemblent au pénis », ils pourraient exciter les femmes ou « leur inspirer des pensées sexuelles ». Il a ajouté les carottes et les courgettes à la liste des aliments interdits pour les femmes. 
Voir la source 

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Jojo, mon pote qui en rate pas une, il dit que les femmes devraient pas approcher un gus qui dégoise comme ça, à cause qu’une tête de noeud pareille ça peut leur donner des idées, comme lui enfiler un préservatif sur son crâne d’œuf. Moi, qu’il dit, je lui chanterais Mets ta cagoule, au cheikh de mes deux. Un sacré rigolard, Jojo. Mais moi je suis pas d’accord avec lui, à cause quand même qu’il faut pas pousser le bouchon trop loin dans le goulot, et que les filles, c’est pas les anges qu’on croit. De toute façon, j’y crois pas, aux anges. Puis le bouchon, hein, passé un certain temps…

J’y ai écrit au curé arabe, que j’étais d’accord avec lui, mais pas complètement à cause qu’il n’y a pas que les concombres, les carottes et les bananes, ça serait trop facile. Alors je lui ai parlé des courgettes farcies, des pompes à vélo, de la baguette de pain et du pain de sucre de je sais plus quelle ville, qu’il y a Copacabana dans le coin (c’est une plage dégoûtante où les filles étalent, on saurait pas que c’est leur poitrine qu’on croirait que c’est leurs fesses, et vice-versa, rien que de l’obscénité et pire). Et les gars qu’ont plus d’avant-bras et qu’ont un moignon, les poires à lavement avec leurs canules, les matraques, les doigts qu’il y a plus que deux phalanges, vous y avez pensé ? je lui ai écrit sur la lettre. La bafouille, je l’ai lue à Jojo, parce que s’il y en a un qui en sait, des choses, c’est bien lui.
Rajoute ça, qu’il m’a dit. D’abord plus de bite d’amarrage, faut plus que les filles elles aillent au port, pis d’abord, le port, chez eux, c’est interdit.
Quel con, le Jojo ! Je sais même pas pourquoi il a dit ça en se bidonnant. Et va savoir, il a rajouté, si y’a pas un putain de sous-marin avec ses putains de torpilles que ça donnerait des idées à plus d’une. Avec la petite hélice au cul, je te dis pas le sex-toy que ça fait. Et attention, hein, le ramassage des champignons, plus qu’interdit. C’est moi qui l’étais, interdit. Pourquoi ? je lui ai demandé. Il m’a montré sur un bouquin. Ben merde, alors ! Phallus impudicus. Je sais pas ce que ça veut dire, mais je sais à quoi ça ressemble et à quoi ça pourrait servir. C’est pas tant risqué que ça, a dit Jojo, à cause que ça daube vite, aussi vite fait que ça déçoit, pis ça cocotte d’enfer. Ceci dit, y’en a qui aiment ça, que ça leur rappelle de bons souvenirs, même si c’est pas garanti.

T’es vraiment dégueulasse, que je lui ai dit. Alors je l’ai planté là, façon de parler, me faites pas dire ce que j’ai pas dit et ce que j’ai pas pensé. Contrairement au cureton, je veux dire au cheikh. Entre parenthèses, c’est quand même bizarre ce qu’il raconte, le cheikh, parce que c’est où qu’il est allé chercher tout ça ?

M’en retournant chez moi, j’ai vu la Julie. Julie, c’est ma femme. La Julie encore fourrée au pré, avec l’âne. Je sais pas ce qu’elle lui trouve, mais elle y est toujours fourrée, à le traire, elle prétend. Je me demande si c’est bien vrai, d’autant que le lait, j’en ai jamais vu la couleur. Alors j’ai téléphoné au cureton arabe, pour y demander ce qu’il en pensait. Stupre et pêché, qu’il m’a dit. Et ça m’a fait penser quand la Julie elle regarde les films de guerre à la télé, que ça bombarde de tous les cotés avec des obus rutilants, que ça coule des bateaux avec des torpilles qui sortent des tubes des sous-marins, que ça tiraille dans tous les coins avec des balles qu’ont la forme de suppositoires. Et l’autre, là, dans son canapé, et que je te croise les jambes, que je te les décroise et que je te remets ça, toute agitée que je lui demande si elle nous ferait pas de l’asthme ou un truc comme ça à cause qu’elle respire bizarre. C’est pareil quand on va au marché chez le charcutier, les meilleurs godiveaux du bled, dans le quartier de la mosquée. Je sais pas ce qui lui prend, mais voilà qu’elle devient tout chose, que finalement, ça m’étonnerait pas que ce soit à cause du minaret. 

Pis ça m’a fait penser à autre chose que j’ose pas y dire, mais tant pis j’y dis. C’est les carottes. J’y aimais pas, avant, mais depuis quèques temps, j’y aime parce qu’elles ont un drôle de bon goût qu’elles avaient pas avant. J’ai repassé un coup de fil au gars. Je suis pas curé, qu’il m’a dit, faut pas confondre, je suis cheikh et arrêtez de m’appeler mon père et toutes ces impiétés. Les carottes, les carottes… qu’il répétait en se carressant la barbe qu’on y entendait faire dans l’écouteur, avant de me demander si, par hasard, à tout hasard, il a précisé : «Ça serait pas qu’elle aurait lu les journaux qui me citent ? » Si da, je lui ai répondu. C’est bien ce que je craignais, il y a plus qu’à les râper, il a dit, en parlant des carottes. C’est ce que je fais depuis, mais elles sont moins goûteuses.
Comme il était encore au fil, j’en ai profité pour lui demander si pour les hommes c’était pareil, des trucs qui les excitent et tout.
C’est point pareil pour les hommes, il a dit, c’est pas pêché. Mais ça peut les fatiguer, et ça c’est pêché. Faut éviter les fruits siamois, les amandes et les moules, et ne pas abuser des bananes.
Mon père, que je lui ai dit en me rappelant que c’est pas mon père. Monsieur le cheikh, voilà que je me pose la question de savoir si c’est pêché que de regarder les trous et de s’en approcher, comme les puits, les cratères des volcans ou la grande faille qu’il y a chez nous à cause du tremblement de terre qu’il y a eu, que des gens sont tombés entre les grandes lèvres qui se sont fabriquées ce jour là. Ça c’est quand je me promène. Mais les mauvaises idées, c’est surtout à la maison qu’elles viennent faire penser à la fornication. Ma brosse à habits, par exemple, je lui ai dit, celle en forme de coeur, que quand je me brosse avec, ça me fait tout drôle, surtout si je touche les poils. C’est pas comme la brosse à chaussure, elle, ça me fait pas le même effet, mais faut dire que les poils sont durs. C’est marqué en doré que c’est du sanglier. C’est quoi le sanglier ?
Pour les puits et les cratères, c’est pêché d’orgueil, il m’a dit. Après il a coupé.

Moi je dis, toutes ces vicieuses, faudrait les mettre au pas en les forçant à faire leurs saloperies avec des aubergines pas épluchées. Elles y arrêteraient, je vous jure. Sinon, il y a bien aussi la brosse à chaussures, et si c’est du poil de cochon, comme ils disent que c’en est sur Internet, parce que le sanglier c’est du cochon, c’est Dieu lui-même qui les punira, voilà ce que je pense.

Après j’ai quand même réfléchi et je me suis redit que le cheikh, c’est quand même bizarre ce qu’il raconte, parce que moi, j’y ai jamais pensé à ces choses là. Juste une fois, avec des bougies, mais je suis pas bête à ce point, je sais qu’on peut se brûler avec. Maintenant il y en a qui prennent peut-être le risque, parce que quand je vois les cierges de toutes les tailles qu’il y a dans les églises, c’est peut-être pas la peine de se demander ce que les bigotes viennent y faire. J’affirme rien, mais c’est Jojo qui tient ça de son beau-frère qui est curé. Dans le coin de Noeuds-les-Mines, je crois. Tiens, un truc que je lui ai pas demandé au rabbin cheikh, c’est si dans leurs églises à eux il y a des cierges et des bigotes.

Toujours est-il que maintenant que c’est plus comme avant, je fais gaffe quand j’enfile mes gants, quand j’enfile mes godasses, quand j’enfile le fil dans le chas de l’aiguille, la clé dans la serrure, mes doigts dans le nez et mon doigt dans le cul parce ça me gratte. En faisant attention à l’ordre où j’y fais. Je fais gaffe pour chasser les idées de stupre qui me viendraient. Les jouets des petits enfants, que Julie leur avait acheté des Lego où c’est qu’il faut enfiler des pièces dans les trous qu’il faut, sinon ça rentre pas, je les ai donnés à des nécessiteux qui ont même pas le nécessaire.
Sinon, je sais pas pourquoi, mais les godiveaux, j’y trouve plus mon compte. Je me suis mis au Jésus, même si c’est c’est pas pareil, à cause surtout qu’on n’y fait pas cuire.

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Mon vote aux présidentielles

Ciel, plus qu’un mois pour m’inscrire sur les listes électorales. Depuis le temps… Et il faut que je tombe sur une élection où le stock des présidentiables est d’une pauvreté affligeante.
Entre le Ch’tiot, le Relooké, la Grosse tête vide, Jeanne d’Arc, le Mélangetout et je ne sais plus qui, comme quoi les personnalités en présence manquent cruellement de personnalité, je donnerais volontiers de la tête sur autre chose que leurs bouilles. Bref, un choix pas terrible, et ça n’est pas avec de tels zigotos qu’on va révolutionner le patelin, avoir enfin des projets de société excitants et nouveaux, retrouver la liberté d’être. Les discours auront en commun l’insécurité, l’emploi et, merise sur le râteau, la croissance. On va aller loin avec ça, c’est sûr.

Tu enlèves leurs discours sécuritaires et, bizarrement, le sentiment de sécurité se réinstalle. Pas rentable. L’emploi. Ô le vilain mot. Employé à quoi, pour qui, dans quel but ? Quant à la croissance, liée aux deux points précédents, il serait temps que nos chers présidentiables et nos chers gouvernants, les uns et les autres –parenthèse– nous coûtant fort cher, apprennent que nul système ne peut poursuivre indéfiniment sa croissance. Tout, ici bas et probablement là-bas haut apparaît un jour, croît, se ratatine pour finir par disparaître un dernier jour. Ce que sont en train de faire nos sociétés et nos modèles devenus obsolètes, et ce que finiront par faire les vieilles badernes et les jeunes imbéciles qui s’accorhcent encore à cette idée absurde de croissance continuelle.

Ceci dit, il me va falloir choisir un candidat. Sur quels critères ? J’ai cherché, n’en ai trouvé aucun qui me satisfasse. Origine ethnique ? Mensurations ? Abdominaux ? Belle gueule ? Sourire avenant ? Timbre de voix ? Regard fixant la ligne bleue des Vosges ? Air inspiré ? Bof.
J’ai pensé faire mon choix à pile ou face. Trop long, à moins de diviser les candidats en groupes et que je procède à des éliminatoires, comme on le pratique pour les coupes de foot et autres footaises. Mes escaliers ! me suis-je dit en constatant que le nombre de marches se prêtait parfaitement à cet exercice. Autant de bouts de papier que de candidats. Le nom vite griffonné dessus, et hop, je balance la liasse par dessus la main courante du premier étage. Le papier soie étant léger, ce sera très joli. La marche numéro 1 me donnera le nom de mon candidat. 

Mouais, pas couillon.
Mais alors que je me prélassais, bercé par la télé des voisins qui regardaient et écoutaient à plein tube cathodique une émission sur le Téléthon, ce machin affligeant d’un goût plus que douteux –ce qu’illustre son nom–, et dont le seul intérêt est de se donner bonne conscience, l’idée m’est venue toute bête et bien naturelle de monnayer mon vote. J’ai donc adressé un e-mail à l’ensemble des candidats, les priant de bien vouloir m’indiquer le montant de leur promesse d’achat. Le plus offrant devant récolter ma voix, bien évidemment.

Sous contrôle d’huissier ? Vous plaisantez, je suppose.

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Pour une réintroduction des farines animales en France

En voilà une brillante idée, qui montre à quel point le passé, au lieu de nous donner des leçons, ferait mieux de pisser dans un violon. Tâche cependant relativement difficile et par ailleurs interdite par le puissant syndicat des musiciens dont on ne dira jamais assez ce qu’il représente.
Ceci dit, réintroduire les farines animales, je ne suis pas contre. Mais où les réintroduire, car telle est la vraie question que doit se poser tout citoyen, donc moi. Où, et pour quelle espèce ?

Après étude du dossier et concertation avec des experts indépendants  largement payés sur mes deniers (il s’agit de messieurs Jacob, Porcher, Delafon,  Ideal, Standard et Selles, le bien nommé) il ressort que les PAT, acronyme pour protéines animales transformées, pourraient être délivrées en priorité aux premiers concernés, à savoir les membres du CNA (Conseil national de l’alimentation). Si messieurs Delafon et Jacob préconisent la voie orale qui empêcherait les membres de ce haut conseil de proférer plus de conneries que ne le font certains experts atomistes qu’on aimerait atomiser,  monsieur Selles, quant à lui, fortement marqué par un voyage au Cameroun qui le conduisit dans les années 60 auprès de la tribu des Koma péteux, serait plutôt pour une introduction par voie anale –d’une efficacité exemplaire et d’un effet spectaculaire ! a-t-il garanti. Monsieur Porcher, quant à lui, pencherait pour la voie nasale. Je le cite : « Le groin, y’a pas mieux pour la snifette. C’est une question de capillarité ».  D’autres voies pourraient bien sûr être explorées, dont la perlinguale, une classique du genre, suggérée par monsieur Standard soutenu par monsieur Ideal, son assistant..
C’est après m’être davantage penché sur le dossier, ce qui m’a d’ailleurs occasionné une légère douleur intercostale, qu’une idée géniale m’est venue : introduire ces PAT par injection intra-artérielle. Tous les types de PAT ne s’y prêteraient pas, mais ceux directement issus du sang upérisé de cochon (on obtient une substance proche du boudin) seraient tout à fait adaptés et d’une excellente valeur nutritionnelle. Du boudin introduit dans des porcs, ça me donne une idée, a souligné monsieur Selles, son œil lubrique allumé..

Dans tous les cas, et le CNA ayant conclu de manière formelle à « l’absence de risques pour la santé humaine » des farines animales transformées, nul doute que les membres de ce haut conseil auront à cœur d’être les premiers bénéficiaires de cette idée révolutionnaire. Suivront ensuite les membres de la Commission européenne qui, en ouvrant la voie en juin 2010 en annonçant que la crise de la vache folle touchait à sa fin, méritent largement d’être parmi les tout premiers servis.

Bon appétit, m’sieurs dames.

NB : L’ANSE, Agence nationale de sécurité sanitaire, s’est opposée à toute réintroduction des farines animales.

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Chasse et oiseaux de passage

Ils sont passés ; ils ont trépassé. Un carnage, ont dit les associations de protection des oiseaux de passage.

— Ils ont tous été tués ?
— Quelques rares bestioles, sans doute des vieux de la vieille ont réchappé au massacre en allant se poser sur une autre aire d’atterrissage.
— Et les autres, ils n’ont pas réagi quand il y a eu les premiers tirs ?
— Quelques uns, légèrement atteints, ont réussi à prendre la fuite, mais la plupart sont restés plantés là, comme des bœufs qu’on mène à l’abattoir.
— Plutôt comme des bécasses, non ?
— Tu as raison, comme des bécasses. Et les survivants, tu sais ce qu’ils feront l’an prochain ?
— Ben…
— C’est ça. Ils reviendront. Et au même endroit. Comme les chasseurs. Non mais quels cons ces volatiles !

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Liste de mariage, liste d’enterrement

C’est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents ;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l’aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
À l’approche des hivers.
C’est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir,
Tendres fruits qu’à la lumière
Dieu n’a pas laissé mûrir !
Quoique jeune sur la terre,
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison,
Et quand je dis en moi-même :
Où sont ceux que ton cœur aime ?
Je regarde le gazon.
Extrait de Pensée des morts, de LAMARTINE

Et voilà ! encore un pote qui a décanillé sans prévenir et sans nous indiquer l’enseigne où il avait déposé sa liste d’enterrement. Pas étonnant que certains défunts se retrouvent avec des funérailles à la con, sans fleurs, ni couronnes, ni pleureuses, ni même un clebs pour suivre le défilé le cortège. Comme Mimile, que personne de sa famille nous a prévenus, sous prétexte qu’on ferait du foin à l’enterrement, ou Roger, qu’on n’aurait jamais su qu’il avait passé l’arme à gauche si les canards n’avaient pas relaté son exhumation. D’après une feuille de chou qui tenait l’info d’un flicaillon amant de la juge, le Roger avait été sorti du trou pour un prélévement d’adéhène. Comme quoi il aurait très bien pu être l’auteur de quelques vagues assassinats. Du n’importe quoi, puisque nous, les coupables, on savait qui c’était, pour cause. On avait laissé faire sans moufter, mais le coeur gros.
Et ce coup là, le pote qui vient de se faire la malle, c’est Germaine. Suicide, qu’ils ont dit, qu’elle se serait jetée sur les rails à l’arrivée de la Micheline, sans crier gare. Faute de famille, le brigadier de gendarmerie nous a remis sa valise, sachant qu’on était ses seuls potes. Une valise vide, celle-là même qu’elle emmenait toujours avec elle. « C’est au cas où », elle disait. « Au cas où quoi ? » on lui demandait. « Au cas où », elle répondait.
Germaine, et malgré qu’elle se savait prête, c’était vraiment pas le genre à déposer une liste d’enterrement, et pourtant, s’il y en a une qui en aurait eu besoin et à qui ça aurait pas fait de mal, c’est bien elle. On lui avait suggéré, mais tête de lard comme elle était, c’était pisser dans un violon. Déjà pour son mariage avec Fredo –en 57, juin 57, je me le rappelle comme si c’était il y a une heure–, elle nous avait envoyé sur les roses quand on lui avait demandé où ils l’avaient déposée, leur liste de mariage. « Au bistrot du coin ! » elle nous avait dit, en ajoutant d’aller nous faire foutre avec nos conneries. « Mon cadeau de mariage, c’est le Fredo, et ça va bien comme ça ».
Chacun ses idées, hein ! Pis les cadeaux de mariage, ça finit par s’user, par s’ébrécher, par se casser et par fabriquer de la nostalgie. Fredo, à part les deux larmes qu’il avait vues dans les yeux de Germaine, et comme son seul bien c’était elle, il était parti sans rien emporter. À Germaine, il ne lui avait laissé que le chagrin, plus un porte-monnaie inutile. D’où la valise qu’elle trimballait partout, y compris chez Jo, au bistrot.

Alors on s’est téléphoné, avec les copains, pour la liste. On a tout de suite été d’accord pour l’église. Germaine, c’était le genre à croire qu’elle croyait pas, mais c’était pas possible qu’une fille comme elle soit pas habitée par le bon Dieu. On est passé voir le curé. Jeannot et Lucette avaient apporté les tripes, Francine une tarte –sa tarte, aux poires de son verger, des louises-bonnes–, René s’est fendu d’un claquos à faire damner un évêque. Pour le pinard j’ai d’abord opté pour un Gewurtz divin après avoir hésité devant un Volnay Romanet que, touché par la grâce, j’ai finalement embarqué avec l’autre. Plus une mirabelle, histoire de ne pas en rester là. La tortore, je suis pas contre, mais payer la messe, n’y pensez même pas, nous a prévenu le cureton. C’est ma participation, et je vais te vous en faire une de tous les diables, de messe. Je file chez la mère Ledou pour l’harmonium, qu’elle y passe l’encaustique et dénoue ses doigts.
Pour le tralala des pompes funèbres et le bataclan administratif, le maire et les gendarmes nous ont arrangé ça. Pour la boîte, qu’on voulait convenable, on a débité tout ce qu’il faut comme planches dans une immense armoire en noyer qui pourrissait dans ma remise. Le père Trusquin, le menuisier du patelin, n’a plus eu qu’à les tailler, les assembler et demander au forgeron qu’il lui bricole poignées, ferrures et clous. Avec les fers à cheval qui traînaient dans son estancot, ça n’a pas traîné.
« Petit problème, les gars, » a soulevé Jo, le tenancier du bistroquet qui fait aussi le taxi : « le corbillard. Le break est pas assez long ». On s’est rabattu sur la charrette à foin de la mairie. Celle que le Conseil municipal a installée sur la place. Pour faire joli, comme ils avaient dit lors d’une séance. Avec des fleurs. Le petit patelin s’enorgueillit de participer au concours Villages fleuris. « Catégorie pedzouille », précise le maire, pas dupe. Trouver une mule ou un âne s’avérant impossible, mais le cimetière n’étant qu’à 200 mètres de l’église, on a décidé qu’on s’y collerait, avec Jo.

Une liste d’enterrement, ça n’est pas que ça. Il faut aussi une tombe et sa pierre tombale avec une belle inscription, des fleurs,  un portrait du défunt, quelques personnes éplorées mais pas trop, et un petit baratin sur le disparu, ça fait bien et ça ne fait pas de mal s’il n’est pas long. Puis les faire-part.
Le téléphone arabe, on ne fait pas mieux question faire part. Alors on a rameuté tous les zouaves qui aimaient bien Germaine, c’est-à-dire tout le monde.
Les chrysanthèmes, c’est pas que ce soit pas joli, mais Germaine ne les aimait pas tant. On a raflé tout ce qu’on pouvait de papier crépon, gommettes, scotch, ficelle, et les gamins de l’école ont fabriqué des tas de fleurs de toutes les couleurs. Les plus grands sont allés couper des branches de Ginkgo biloba, plus des quenouilles sur l’étang communal. Pendant ce temps, le garde-champêtre, qui ne rechigne pas à la tâche pour peu qu’on l’abreuve d’un solide gros rouge et qu’on lui concocte un vaste casse-croûte, a fait le fossoyeur. Plus tard il maçonnerait une tombe honorable.
« Nom de nom de dieu, et la musique ? Qui c’est qui va la faire, la musique. C’est qu’avec le froid et mes doigts gourds d’à cause les patates, faut pas compter sur moi, les gars, parce que le violon, faut pas croire, mais c’est de la dentelle. » Il avait pas tort, le violoneux. C’est là qu’un jeunot nous avait amené un de ces machins avec la radio et des cassettes qu’on met dedans, que ça fait des boum boum d’enfer. 50 watts, c’était marqué dessus.

Tout s’était bien déroulé. Les pleureuses avaient démarré dès les premières notes plaquées par la mère Ledou. Le curé s’en était bien sorti, bien mieux que Jo et moi que les autres avaient dû nous aider. Faut pas croire, mais tirer une charrette bourrée avec un âne tout pareil, c’est pas coton. Au cimetière, tout pareil, bien. Bien, bien. Dommage, quand même, que le temps ne se soit pas mis de la partie et soit resté au beau fixe. Car un peu de pluie, de vent, plus un chien famélique qui suit un enterrement, ça t’a une de ces gueules !

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Word 2010, fenouil, andouille et triple crétin

En préliminaire, lire l’article précédent : Word 2010, fenouil et boudin

Word 2010, andouille et triple crétin (celui de Troyes, à ne pas confondre avec Troie, qui n’est pas situé dans l’Aude comme certains le pensent, ni dans l’Aube, l’aurore si vous préférez, mais en Asie mineure de surface, à l’entrée de l’Hellespont).

Je rep ends reprends, par rapport à ce que j’exprimais danssssssss mon piste puste article, article dannnnnns leauel leqel lequel je parlais, façon de parler car il s’agissait d’un article écrit et non verbal, commmmme chacun s’en sra sera aper9u aperçu. Va écrire popement proprement lors ue lorsque tu t’essssss coupé les quatre doi ts doigts de la main gauche en les confondant avec les branches du fenouillll. Je parle de ces quatre machins avec des petites touffes vertes frisotées. Le fenouil, tu le mets à l’envers, lui ou la photo, c’est pareil, et les quatre machins ça devient des guiboles, avec des poils aux pattes. Et, surprise, on se rend compte que le fenouil a quatre pubis, oui monsieur ! Tu les détaches tout doux, je veux parler des poils, tu les mets fe re ze se de c¨^oôté au frais et les dispose haaarmonieuzement jarmonieusement holiment joliment sur ton filet rose de saumon de même couleur nourri au mercurocjrome et à d’autres saletés, le saumon bio reste quand m¨^eme un peu cher. >J”’ai des problèmes avec le h, tant pis, fais acec abec avec. Abec le V aussi j””ai des problèmes, je sais. Attention, quand je dis au frais, c’est technique : tu les enroules dans du papier journal bio, tu le passes sous le robinet ou sous la douche si tu n’as pas de robinet, et tu fourres tout ça au frigo, bac à légumes, pas au four, ça ferait pas.
Pas bien malin, non plus, d’avoir coupé le fenouil avec un tranchoir. D’accord le tranchoir est parfait pour le boudin, le pâté et les têtes de lard qui ne marchent pas droit et ne pensent qu’à révolutionner, mais pour le fenouil qui servira de harniture tarniture garniture au saumon, c’est idiot e tinadézuat inadéwuat, bref, ça va pas. Intérêt secondaire, tooout de m¨^eême, le boudin aux pommes qui était au poil. Je le cuis toujours à la poële, doré à souhait et croustillant profond, ça évite la peau du boudin qui se coince entre les dents, que personne te le dit et qu’on se marre dès les premiers mits mots de ta conférence. Intérêt tertiaire : les touches de ton clavier qui prennent une belle couleur rouge et qui t’indizuent t’indiquent clairement celles que tu ne frappes jamais, celles que tu ne fais qu’effleurer et celles que tu tapes comme un marteau, les rouge vif, en gueulant parce zue que, pris dans ton lyrisme, tu as oublié que tu t’étais fait bobo. Je te le dis : saisir un texte avec des doigts boudinés à cause des pansements sanguinolents, ça n’est pas de la tarte. Et en tarte, c’est pas pour me vanter, mais je m’y connais un grin crin brin, plus qu’en saisie où je n’arrive pas à la cheville du premier huissier venu.
Sans compter le tempssssss qu’il vaut faut pour écrire quelques lignes, normal avec toutes les rautes fautes qu’il me raut faut co iger cor iger corriger. 
J’en étais où ? Voui, tout ça pour dire que mes petits problèmes avec qord éà&à, l’installation  du logiciel et tout, c’est peut-être bien, finalement, à cause de cette cochonnerie de fenouil. Alors je m””excuze excuse auprès du papa de Qord Word 2010 (plus avant, j’avais oublié de mettre en lajuscules), je sais pas son nom, mais le cœur y est. Mais je m’escuse pas pour l’aide de monsieur Soft, je crois que c’est son nom, un nom court, je trouve, ce qui n’est pas mal pour quelqu’un qui est tout petit. Encore plus petit on dit migro, je crois, ou micro.
Mon pote de l’autre jour m’a conseillé de porter plainte contre le fenouil. Je doute que ça serve à quoi que ce soit, d’autant qu’il a disparu, un terrible accident de chasse. Puis, y était-il vraiment pour quelque chose ?
Mes doigts, je veux dire mes moignons de doigts cicatrisent petit à petit, et je ne fesespère pas poufoir vient^^ot écrire sans faire de vaute. Surtout si je retrouve mes lunettes que j’ai perdues le matin de l’histoire du fenouil. Va savoir si c’est pas à cause de ça que tout est arrifé arrivé. Parenthèse, à propos de tarifé, ils doivent quand même (tiens j’ai bien circonfléxé, ce boup-là coup-là, mais pas trop fort) se faire des bouilles en or, chez m’sieur Soft.

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Word 2010, fenouil et boudin

« Tiens, j’aurais mieux fait de me préparer du fenouil, plutôt qu’avoir la drôle d’idée de vouloir acheter une application, comme on dit, comme si les applications étaient appliquées, soit dit entre parenthèses, donc (soit dit) et entre nous, donc nous soit dit nous. Faut suivre, je sais. Et pour quoi, vous entends-je d’avance vous gausser, ce qui devrait plus logiquement s’écrire “vous gausser d’avance” ? Pourquoi, disais-je, parce que si certaines applications ou logiciels s’intallent pépère et fonctionnent allègrement, y compris des frihouères, d’autres, dont je tairai le nom mais que je saisis illico sur mon clavier —WORD DEUX MILLE DIX— s’installent si mal qu’on a l’impression qu’elles ne sont pas du tout installées, voire pire. Comme ce fameux WORD 2010, payé la modique somme de pas loin 120 €, téléchargé sur ZERO HUN NET (ça veut dire que la balle s’est payé le filet, je veux dire les 120 balles). Pour être honnête, ce qui n’est pas mon genre, ça a fonctionné un moment, jusqu’à ce que je veuille ouvrir d’anciens fichiers d’un premier lit (word 97), d’un deuxième lit (word 2002) et d’un troisième, une histoire de coucherie dont j’avais été prévenu par un Oracle (haut pène office ou ô peine au fils, quèque chose comme ça, c’est ce que j’ai cru entendre). Deux heures perdues. Dieu merci, j’ai helpé m’sieur Microsoft, scout toujours prêt. Pour rien. Si : pour criser. Bref tout ça pour dire qu’on est bien mal barré, ma bonne dame. Les aides, sur l’ordi, c’est pire que les ONG.
Ceci dit, le fenouil, c’est pas de la tarte, sinon ça se saurait. Je sais qu’on en fait à tout, de la tarte, y compris aux grenouilles. Tu cuis la pâte, thermostat 180, tu la sors quand elle est cuite, t’as plus qu’à disposer harmonieusement quelques grenouilles vivantes en prenant soin de les punaiser sur le fond de tarte. Du scotch ? Voui, ça peut faire, une fois la pâte refroidie.
La dernière fois que j’ai préparé du fenouil a été la dernière fois que j’en ai préparé. Quatre doigts coupés nets et un fenouil à la con qui se marrait en voyant pisser le sang. C’est pas des conneries.»

— Et quand tu tapes sur le clavier, ça te fait pas faire des bourdes ?
— Tiens ça, je n’y avais pas pensé. Au fait, tu aimes le boudin ?
— Au poil !
— Désolé, j’ai que des pommes.

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Libye : vindicte, mort, orgueil, indignité

C’est beau, la mort. C’est réjouissant, la mort. Ah ! le goût de la vengeance, son odeur âcre, les cris de joie de la populace, la liesse à la grand messe de la haine. Vindicte borgne et sourde.
Pas de bol, je ne suis ni BHL, ni Sarko, et du coup, pour une petite érection, il me faudra m’y prendre autrement. Attendre que la Charia soit appliquée en Libye ? Pas con. Farouches ou pas, elles devront y passer. Qui, que, quoi ? Ne faites pas les innocents.
C’est chouette un mort. Tu peux lui cracher à la face, peu de chance de le louper. Lui donner quelques coups de lattes, entendre ses os craquer, remettre ça parce que les chairs n’ont pas assez éclaté. Giclée de sang. Du sang de merde. Ce mort-là, un putain de sacré fumier de salopard.
Comme si un cadavre pouvait être un salaud. Une ordure ? Mouais, ordure au sens propre, comme tout cadavre, et pas que celui de Mouammar Kadhafi. Le mien n’y échappera pas, et au mieux, ça fera de l’engrais.
Pas de chance, je n’étais pas au spectacle. On n’a pas tous les mêmes entrées, d’autant que la philosophie, c’est pas mon truc, mais je ne peux pas dire que ça me désole. La politique non plus, pas mon truc. Je veux dire cette philosophie et cette politique.
Pas entendu parler de dépouille mortelle. Chasse gardée. Sarko et BHL, on parlera de leur dépouille mortelle, pas de leur cadavre. Les tas de bidoche devenus inertes ne sont pas nommés de la même façon. Ne pas mélanger les torchons avec les serviettes et la liberté avec la Liberté.

À voir ce qui s’est déjà passé en Libye et ce qu’il s’y passe, on peut imaginer que vivre sans haine manque trop de saveur pour en rester là. Attendons que s’apaisent  les hourras et les applaudissements indignes pour voir ce qu’il adviendra des Libyens. Les pochettes surprises, pas rare que ça pète à la gueule, et il n’est pas impossible que les Libyens découvrent le goût amer du regret.
L’orgueil et la contrition ne faisant pas bon ménage, n’attendons alors pas que les grands libérateurs fassent ne serait-ce que profil bas. 

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Les prisons de Kadhafi le visionnaire

D’un désert à une terre fertile, l’œuvre géniale du non moins génial Kadhafi

La Libye c’est grand, très grand. La Libye c’est beau et ça le serait un peu plus si on y importait des vraies montagnes. La libye c’est donc plutôt plat, comme on peut le deviner quand on sait qu’importer des montagnes est une tâche si ardue que Hercule s’était résigné à ne pas l’entreprendre, laissant à douze le compte de ses travaux et à sept celui des merveilles du monde. Du coup, et comme rien ne fait vraiment barrière aux vents brûlants du désert, la Libye est aride, sèche comme un coup de trique ou comme une patte mouille sur laquelle on aurait oublié le fer à repasser. Conséquence : sauf  dans une paire de plaines côtières, la terre stérile ne permet d’autre culture que celle des cailloux dont on connaît la faible valeur nutritionnelle, aussi la Libye ne pouvait-elle subvenir à ses besoins alimentaires, vacherie !

« Que faire ? » S’était dit dans sa langue natale Mouammar Kadhafi, chef bien aimé d’un peuple bien aimé en retour, pour peu que ce dernier (des derniers) lui cirât les bottes –désir légitime dans ce pays où le vent a une fâcheuse tendance à saloper ce qu’il trouve sur son passage. « La Libye, ma Libye brûlée par le soleil aurait un avenir radieux si tomates, concombres, aubergines, courgettes et grenades y poussaient » avait-il déclaré lors d’un discours officiel avant que ne lui vienne une vision. Car Mouammar était un visionnaire.

C’est ainsi qu’il avait conçu le projet pharaonique d’une rivière. Une rivière artificielle traversant le pays du sud au nord, et vice-versa, si besoin. Un tuyau super géant, sur plus de 3000km, qui permettrait de remplir tous les arrosoirs du pays et d’assurer à ce dernier l’autosuffisance alimentaire. Une merveille qui ramènerait au rang de broutille les sept autres et ferait plus d’ombre à Hercule que n’en font les hauts murs des prisons libyennes aux opposants au régime, ou simples détracteurs.
Les eaux fossiles sahariennes feraient l’affaire, des irrigations et des oasis artificielles permettraient cultures fourragères et maraîchères, youpi !

Aussitôt dit, aussitôt fait, une fois mise la main à la poche pour ce chantier qui absorberait plus de la moitié du budget. Mais avec la manne du pétrole… Du pétrole contre de l’eau, somme toute.
Ça avait bien provoqué quelques petites discussions, quelques doutes, mais l’entourage du grand chef s’était rallié à sa brillante idée et ça n’avait pas traîné pour qu’une entreprise prenne le marché… de dupes, à terme.

— Excellent !
— Tout simplement génial !
— Et dans l’cul la balayette pour ces connards d’Européens qui nous arnaquent sur le prix des légumes
.— Y’a quand même un petit problème, les gars : les engrais. On va les trouver où ces satanés engrais ? » avait osé dire un proche ayant d’évidentes tendances suicidaires.

Chacun s’était tourné vers le grand chef, quémandant du regard la réponse qui serait immanquablement éclairée.
Prenant cette attitude d’humilité qui le caractérise, Mouammar avait réajusté ses lunettes de soleil, lorgné d’un drôle d’air compatissant l’inconscient de service.
« Les prisons ! » avait-il lâché tout net avant de dévoiler ce que son génie avait concocté.
« Bourrées de matières premières, les prisons. Abou Salim, Jedidah… Phase 1 : récolte des merdes des prisonniers les moins affamés, et épandage. Phase 2 :  renouvellement du stock, arrestations, exécutions. Phase 3 : charniers pour le compost. Me dites pas que c’est génial, je le sais.»

— Trop fort ! Je m’occupe de la régulation. Les surplus, on en fait quoi ?
— Bouffe et savon. En tant que ministre de la consommation, j’assure.
— Les charniers, je veux dire les restes des excédents, ça va pas un peu trop dégager ? Moi je serais d’avis d’y balancer de l’acide, parce que la puanteur, merci… 
— Pas con. Puis après ça, va retrouver qui est qui.

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Racisme, vermine, schlague et chemises noires

Nul désir ici de blesser qui que ce soit, hormis ceux qui le mériteraient, mais qui n’auront cure de ce dialogue entre deux abrutis, prions pour eux.  Abrutis qui, continuant à cracher leur venin et leur imbécilité regretteront plus loin, dans leur dialogue devenu blanc*, qu’un panonceau “ARBEIT MACHT FREI” ne soit pas affiché dans les écoles.
* Blanc, comme certains livres de ces années de honte 1933-1945 ?.

—  Qu’ils aillent se faire voir chez les Grecs.
— Qui ça ?
—  Les Grecs, c’te blague. Parce que et pis quoi, hein ?
—  Mais ils y sont déjà.
—  Dans la merde, oui, ils sont bel et bien dans la merde. Hé ben qu’ils y restent et qu’ils la gardent. C’est quand même pas nous qu’on les y a mis. Puis hein, chacun sa merde.
—  Et les Turcs ?
—  Ah, me parle pas des Turcs. Ils se croient où, en Turquie ? Rien que des… et c’est pas pour dire. Ah, mais c’est qu’i sont costauds, les Turcs, à faire chier le monde avec leurs bateaux à la con pour soi-disant apporter de l’aide aux pas staliniens* ou un truc comme ça, des sales cons de terroristes arabes, quoi.
—  Pas staliniens, pas staliniens, c’est eux qui le disent, mais va savoir.
 —  En tout cas, on va l’avoir dans l’os avec ces faignasses de Grecs. Et y’a pas qu’eux, tu vas voir c’qui nous pend au nez. Je vais retirer tout le fric de ma banque, ils croient quand même pas que je vais me faire niquer par les Grecs. Et je sais très bien où le mettre, mon pognon, pas de souci.
—  Si tu retires ton pognon, c’est que tu en as, alors.
—  Un peu, mon neveu. J’suis pas dans les affaires pour rien.
—  Tu fais dans quoi  aujourd’hui ?
—  Ça c’est mes affaires. Fleurissantes, qu’elles sont, comme on dit. Ça serait moi au gouvernement, ça se passerait pas comme ça, j’te l’garantis.
—  Ça se passerait comment ?
—  Autrement, bien autrement. Et les bananas, les niacoués et autres parasites, j’te foutrais tout ça dehors, vite fait bien fait. Comme en Hongrie. Pas cons, les Hongrois.
—  C’qui manque, c’est de l’ordre. Et de la morale. C’est ça qui nous faudrait.
—  L’ordre, ça oui, et de l’autorité, que j’te mettrais tout ça au pas, dès l’école. Uniforme pour tous, le même. Chemise noire, casquette noire, short noir, godillots noirs. La morale, j’irais quand même pas jusque là.
—  C’est bien vrai ça, que ça commence à l’école. En rang par deux.
—  Et au garde à vous, j’te prie. Faut y mener dur pour que ça fasse pas du gibier de potence.
—  C’est pas gibet qu’on dit ?
—  Gibet ? J’crois pas, ça veut rien dire. C’est gibier. Et si ça moufte, un coup de pied dans le cul.
—  C’est qu’ils sont trop gâtés aujourd’hui.
—  Pas gâtés, pourris. C’est pour ça qu’i faut y tenir. Uniforme, boule à zéro, pas une oreille qui dépasse, et au pas. Hune deüie, hune deüie. À la schlague, faut y mener.
—  Ça serait pas mieux ein zwei ? ça fait plus dynamique.
 —  Au pas, ein zwei, et en chantant. C’est pas les chants de marche qui manquent.
—  Le ciel est bleu, le ciel est bleu, réveille-toi, réveille-toi, c’est un jour nouveau qui commence… Ein zwei, le ciel est bleu…
—  Oui, bon,,, ça va. Bleu, p’têt bien, mais faudrait pas oublier les ombres au tableau, ni la vermine. 
—  Ben y’a le Kärcher pour ça. C’est quand même pas fait pour les chiens, le Kärcher.
—  Ça va pour les minots, mais après, faut du gros. La dératisation, faut du gros, et le gros, c’est ma branche. Même qu’elle est pas prête de se casser. Le marché explose.
 —  Ça c’est encore un coup des terroristes. On avait bien besoin de ça, le terrorisme ! T’as raison, faut tout y éradiquer, comme ils y font les Hongrois.
—  C’est pas c’que j’voulais dire, mais t’as cent fois raison. C’est pour ça que j’investis.
—  Dans la pierre ?
—  Si tu veux. La pierre à briquet. C’est une image.
—  J’comprends. J’ferais pareil si j’pouvais. Question de moyens.
—  Quand on veut on peut, et si on peut pas, c’est qu’on veut pas.
—  C’est pas que j’veux pas, mais j’ai pas un sou devant moi.
—  La vermine, faut savoir que y’a pas que les armes pour la nettoyer.
—  Il y a quoi ?
—  Les discours, la tchatche.
— Oui, mais faut savoir parler pour ça.
— Que dalle, suffit de savoir mentir. Tu crois qu’ils font quoi, les autres ?
— Ben alors, je dois y arriver moi aussi.

.
* Non content d’être abrutis, nos deux zozos sont incultes. Sans doute veulent-ils parler des Palestiniens –.qu’Allah les garde, pour ceux qui n’emmerdent personne et n’aspirent qu’à la paix.


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Europe : indignité, scandale, folie, escroquerie

Honte.
Concernant la coupe franche dans l’aide alimentaire, ce n’est pas d’une décision de justice dont il s’agit, mais d’une décision d’injustice, prise par des inconscients indifférents aux souffrances des petites gens, pleins de morgue, voire de haine contre… les nécessiteux, les pauvres, les paumés, les sans le sou, bref, tous ceux qui ne font pas propre dans le paysage et qu’il faut rendre exsangue en les essorrant pour leur extorquer le peu qui leur reste. Une décision débile pour laquelle les responsables, eux, devraient être traduits devant un tribunal populaire, quelles que soient les raisons qui auraient motivé leur action.
Il auront à répondre de leurs actes. Cela ne se fera sans doute pas par voie de justice, mais par la rue lorsque, excédés, les peuples se soulèveront.
Inconscience.
Alors que, déjà, ça branle dans le manche, des décisions (lois, décrets, réglementations) tout aussi iniques et débiles les unes que les autres sont prises d’autorité par des incapables, des nantis méprisants et campés dans leur superbe qui ne se posent pas la question de savoir s’ils vont pouvoir manger à leur faim, dormir sous un toit, être suffisamment en bonne santé. Sourds aux demandes légitimes des peuples qu’ils exploitent et oppriment, ils continuent à s’engraisser, à se distribuer des richesses qui ne leur appartiennent pas, à discourir de façon lénifiante, à tenir des propos d’un racisme social absurde, à mentir de façon éhontée, à nous bercer d’illusions et à nous mener en bateau. En nous privant de moteur, de voile et même de simples rames.
Qu’ils soient crapuleux ou simplement inconscients, ces agissements sont de sûrs préparatifs à un éclatement de la société, et au-delà, des nations, ce que montre la montée –logique– du populisme et des extrémismes de tout ordre… nouveau.
L’égoïsme aveugle et insensé des couches dirigeantes  trouve son écho dans celui des nations : on se méfie, on thésaurise, on escroque, on désunit et on se désunit, on mégote, on dresse des frontières, on s’arme, et chacun à sa façon y va de son terrorisme… libéral (?), s’asseyant sur les grands principes de la démocratie et se gaussant des Droits de l’Homme.

— Chérie, j’espère que tu as acheté tout le stock de tissu.
— Le noir ?
— Ben oui, c’te blague.
— Qu’est-ce que tu crois ? J’ai tout dévalisé. Plus de cent coupons de popeline pour les chemises, vingt de serge, vingt de drap.
—  Y’a la commande de chemises noires pour la Hongrie, d’accord, mais ça fait pas un peu beaucoup ?
— Te fais point d’souci. Le carnet de commande va exploser. Hollande, Slovaquie, Suède, Finlande… Plus la commande de Milan. Après, y’a quoi ? Espagne et Danemark, bons contacts. Pour la France, on va bien finir par arranger ça, et j’ai de bons espoirs côté Athènes. Tu peux dormir sur tes deux oreilles.
— Et les casquettes, t’as pensé aux casquettes ?
— Aux casquettes et aux croquenots. Aux galons et aux schlags. Aux armes. Et avec c’qu’il y a comme roms, arabes, juifs et autres métèques, je vais peut-être bien me mettre aux fours.

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Comète Elenin : bientôt chauve ?

De source sûre, que nous tairons pour préserver la sécurité des informateurs de notre réseau WikiCétou nous apprenons avec tristesse qu’après s’être fait des cheveux par peur panique de heurter la grosse motte de terre qui se trouve sur son chemin, la comète C 2010 X1 Lénine Elenin les aurait quasiment tous perdus. Selon ces mêmes sources qui coulent à flot comme doit le faire le Wikis Whisky chez WikiStrict Wikistrike, un mauvais réglage de sèche cheveux pourrait être à l’origine de ce drame qui pourrait amener la désespérée à mettre fin à ses jours. Gageons que cette nouvelle sidérale sidérante mettra sens dessous-dessus et vice-versa, les tenants et surtout aboutissants des théories apocalyptiques. Espérons que, le souffle coupé par cette terrible nouvelle, ils retrouvent la paix de l’âme, à défaut de celle de l’esprit.
Saint noeud-neurone, priez pour eux.

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Morgue, mise en bière et mise en terre

J’ai pris mes quartiers. De viande, que j’ai emballés comme il faut, histoire de ne heurter personne, mais aussi parce que je suis pudique. Un drap de lin a fait l’affaire. Je suis allongé, seul. Doigts de pieds en éventail, je me suis laissé aller par tous les pores et tous les orifices, laissant s’écouler cette substance qui longtemps m’agita. Bientôt complètement refroidi, peu m’en chaut alors que le temps soit calme et dénué de tout souffle, ou maraud à soulever les jupes des filles. Sans cette étiquette et son bout de ficelle qui me chatouillent les orteils, ce serait parfait et pourrais me laisser aller aux rêves les plus fous, ceux qui nous coupent du tangible. Quoi que  mes sens soient encore en éveil, certes relatif, je ne ressens plus grand chose. Cependant des sons me parviennent encore aux oreilles et des odeurs titillent encore mes sens olfactifs, malgré les bouchons d’ouate dans les narines. Ça renifle dans la pièce. « Fait frisquet ici » dit quelqu’un à voix basse. Une voix répond, d’autres se mettent de la partie. Ça se met à parler. De tout, surtout de rien, donc de moi qui ne suis presque plus rien, et d’eux aussi.

— Fait vraiment pas chaud ici.On va finir par prendre la crève.
— À quoi tu t’attendais ?
—  Trouvez pas qu’il y a une drôle d’odeur ? Ça sent comme… comme.
— Comme dans une morgue.
— C’est vrai, mais surtout on se les gèle.
—  Il y en a encore pour longtemps ? J’ai hâte d’être dehors, au soleil. On a du bol, il aurait pu faire un temps de chien.
— On mange en terrasse à  midi ? Qui c’est qu’a réservé ?

Surréaliste. Encore plus avec les discussions pseudo philosophiques qui s’ensuivent. Vaines.
L’ombre se fait nuit. La caisse résonne de coups qui lui sont portés.

— Quand on l’aura mis dans l’autre salle, tu mettras le poêle.
— Ouais, et pour quoi faire ? Il y fait presque aussi chaud que dehors.
— Ducon, je parle du drap mortuaire. Il y a assez de clous ?
— Pile poil.
— Arrête tes conneries. Allez on y va.
—  Si on peut plus se poiler…

Une balade longuette. Sans la musique. Seulement des percussions, parce que ça cahote dur sur le chemin de pierre. Ça s’est arrêté de bouger.
À entendre comme ça renifle, il y en a qui ont dû prendre froid.
Ça prend la parole, ça parlote, ça cause, puis ça se tait.
Un mouvement ascendant, un autre latéral, un troisième descendant. Un choc à peine amorti.
Ça se met à grêler. Des petits grêlons de rien du tout, puis voilà que ça s’affole, que ça tombe de plus en plus fort, tout en s’assourdissant. Comme de grosses pelletées de neige lourde. Les chplofs faiblissent, se font feutre.
La nuit se fait ténèbres, les sons ouatés deviennent silence.

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Commémoration du 11 septembre à New York

Statistiquement, il pourrait y avoir une chance sur deux, soit donc approximativement 50 chances sur 100 –si on peut parler de chance– qu’un acte de terrorisme soit commis lors de la commémoration des attentats du 11 septembre, à New York. Selon notre envoyé spécial dans ce pays meurtri, et afin de minimiser au maximum les risques encourus, le Pentagone pourrait éventuellement envisager de procéder lui-même à un attentat d’une puissance si réduite qu’il ne provoquerait aucun dégât. Coupant ainsi l’herbe sous les pieds à ces terroristes –que Dieu oublie de leur pardonner– seulement animés par une haine stupide, meurtrière, aveugle, injuste et vaine. Mais que dans son infinie sagesse, Il enlève tout esprit de vengeance aux uns comme aux autres. Amen.
Qu’il en profite pour me pardonner si ces lignes –moins idiotes qu’il n’y paraît et surtout moins dangereuses que nombre de décisions politiques, véritables ouvre-boîtes de Pandore, et moins meurtrières qu’une arme– ont pu blesser qui que ce soit qui ait eu à souffrir directement ou indirectement de ces actes barbares. 

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