mY nAme iS piErrE vAisSieRE

mY nAme iS piErrE vAisSieRE

Ah, nom ti dieu !. J’suis énervé, nom ti dieu !
L’autre, là… qui m’a téléphoné t’t’à l’heure.

Vous êtes bien Pierre Vaissière ?
Oui que j’lui ai dit. Que me vaut ?
Vous avez une preuve ? qu’i m’a dit.
Ben c’te blaque, que j’lui ai répondu. Mes papiers d’identité et mon coup de pied dans l’cul que j’lui ai dit.
Tiens donc, qu’il a dit à son tour, parce que c’était le sien. Ça m’étonnerait, parce que Pierre Vaissière, y’en a qu’un, c’est moi, et c’est comme je vous le dis. Vos papiers, c’est des faux, et je sais de quoi je parle, parce que c’est pas la première fois qu’on me fait le coup.

Ah, nom ti dieu !

Le sang m’a fait qu’un tour de cochon. J’ai allumé la machine et regardé sur le Oueb une fois qu’elle a eu bien voulu s’allumer.
M’a bien fallu quèque temps avec mes doigts gourds à cause des patates, qui c’est qui va les arracher si j’y fais pas ?

V. Le V, ça va, l’est pas loin. Avec mes doigts gourds à cause des betteraves, comment qu’i disent le doigt pour le nez ? L’index. C’est ça, l’index, le V, il est toujours dessus, même que des fois ça me fait une tripotée de lignes pleines de V, qu’on dirait que j’ai labouré la page. Le A, c’est pas la même. À cause qu’i veut pas bouger, du jour où je m’avais fait un mal de chien à cause du clébard qui gueulait que je lui ai refilé une tripotée qu’il me l’a mordu, salopard de corniaud. Le A, c’est avec l’index que je vas le chercher. Tac. Le i, je m’en sors bien et je m’en sors doublement bien parce que je suis bourré de i. Après j’ai deux S. Fastoche une fois que mon index gauche a retrouvé le premier. Mais attention, faut que je veille au grain, parce que c’est pas rare que ça bloque avec le Z et le E, parce que je peux pas dire que j’ai des doigts de fée ni les mains d’un fainéant qui joue l’harmonium du dimanche et rien les autres jours.. Tac tac toc. Te dieu ! Saloperie de E.

VaiSsi. Le E, saloperie de lettre. Vient quand j’en veux point, vient pas quand j’en veux, ie le v’là qu’y se bloque avec le Z et le S et des fois avec le R.

«Tu devrais essayer avec des baguettes chinoises !». qu’il m’a dit, Dédé. Quel con! Comme si qu’il savait pas que la cuisine chinoise, j’y aime pas tant, qu’on sait même pas comment qu’elle est faite et qui c’est qui la fait et où. Leur gnôle, je dis pas, même si c’est quand même une drôle d’idée avec quoi c’est fait. Je nous vois qu’on amène de l’onqueul benz au Firmin. Firmin c’est le bouilleur de cru et lui, c’est la pomme, la pomme et rien d’autre ou à la limite un peu de poire, des fois aussi quelques prunes, mais des fois seulement. Les Chinois, c’est quand même futé, avec les petits godets où c’qu’il y a des femmes à poil quand t’es au fond. La mienne, de femme, c’est pas demain la veille que j’en aurai une. Des fois aussi, le sorbier, pour les amis, mais les amis, le bouilleur de cru, il est pas en reste.

VaiSsiErE. Pour le reste, y’a plus que le P qui pose problème, à cause comme pour le E, sauf que c’est pas du même côté. VaiSsiErE piErrE. Et vogue la galère, avec Gougueule, ça a pas le temps de perdre du temps à tourner les pages du téléphone qu’il faut déjà trouver la bonne lettre et qu’en plus t’as pas tout le pays.

Nom ti dieu ! C’est quoi c’te blague ?
C’en est bourré de tous les côtés des qu’ont le même nom.

Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière Pierre Vaissière

Ça sert à rien que je les mette tous, vu que c’est les mêmes, mais si je tapais plus vite, sûr que je les mettrais pour les compter. Ben dis donc, se sont pas ennuyés les aïeux !

C’est pas le tout, où c’est que je suis là-dedans que j’me demande. Moi, c’est lequel ?
Et l’autre, là qui m’a téléphoné, c’est lequel ?

I m’a rappelé. Pour s’excuser.
« J’mescuse » qu’i m’a dit. « C’est pourtant bien vrai que le seul P-i-e-r-e V-e-y-c-i-a-i-r-e-s c’est moi en personne et personne d’autre en personne » qu’il a rajouté en épelant.

Lui répondre quoi, sauf qu’un seul r à son prénom, ça faisait chiche, c’que j’lui ai dit.
« Chiche, peut-être, mais rare, et précieux. Ce qu’on peut pas dire des autres noms qui courent les rues. Moi, môssieur… »

Ses eScuses, quand on sait pas parler, i se les garde et i ferait mieux de se taire. Comme il continuait à déboiser ou décoiser, je sais plus, c’est moi qui l’ai fait taire. Je lui ai coupé la parole en raccrochant. Les combines pour se débarrasser des importuns précieux qui font les importants, je connais.

Après, des tas de pensées me sont venues, surtout une qui m’a fatigué encore plus que les autres. Les autres, je me rappelle plus, mais celle-là, elle me tarabuste.
Comment qu’i s’y est pris, j’en sais rien, mais ce que je sais, c’est que lui, il ést sûr d’être LUI, tandis que moi, non.
Après je m’ai demandé si j’aimerais moi aussi être lui et je me suis dit que ça ne devait pas être possible, à moins de connaître quelqu’un dans l’administration.
Et si c’est en bateau qu’il m’avait emmené ? Le bateau comme ça, j’aime pas tant, ça me donne le mal de mère.
Non, ça doit pas être ça. Le nom, c’est le père, avec le maire qui fait les papiers.

Je suis tout retourné sur le Oueb et j’ai tapé son nom comme il l’avait épelé. J’aurais préféré le taper lui, mais comme j’avais raccroché, c’était vain, plus possible et tout, ou plutôt rien.
L’a fallu que je m’applique. Avec mes doigts gourds, c’est pas si facile, même que l’autre jour, j’arrivais même plus à me sortir une cochonnerie du nez, mais c’est peut-être que je m’étais gouré de doigt, je sais plus. P-i-e-r-e V-e-y-c-i-a-i-r-e.

Puis j’ai attendu, attendu, attendu, attendu et encore attendu. Eh ben, y’a rien qu’est venu.

Alors j’me suis dit que c’est pas le tout d’être rare, précieux important et tout et d’être sûr d’être soi et pas d’être lui ou n’importe qui, mais le plus important, enfin moi c’est ce que je pense, c’est d’exister. Et l’autre, là, avec ses histoires, c’est même pas sûr qu’il existe. Il est même pas sur le Oueb.

M’enfin, tout ça ça m’a quand même un peu secoué, et je m’ai posé quelques questions sur le buffet de la cuisine.
Je m’interrogerai pour les réponses demain, que j’ai pensé. Puis je suis allé faire une ronflinette après avoir vidé un petit godet. La gnôle, c’est divin. C’est le curé qui y disait, et c’était pas n’importe qui, le curé. La gnôle de dieu effaçait les pêchés du monde, qu’il chantait en latin. Moi, le latin, j’y comprends pas grand chose, mais c’était sous-titré. Pas comme la gnôle ; elle devait faire du pas loin la vitesse maximum autorisée dans le patelin. Du 60 je crois. Comme on était pardonné d’avance, un pêché de plus ou de moins, alors le soixante c’était pour les gamins.

Je m’ai réveillé d’aplomb, droit comme le fil, que sans ça, les murs i seraient pas des masses droits ou, si qu’ils le seraient quand même, i pencheraient du côté qu’i vont tomber un jour.

« Portefeuille », j’ai entendu. Je dis entendu, mais ça venait de moi. Pas besoin d’être bien malin pour comprendre, du coup j’ai compris, mais attention, ça ne veut pas dire que je ne suis pas malin. On me la fait pas si facilement ! J’ai fait le lien, sans même réfléchir. Qui dit portefeuille dit pas obligatoirement sous : j’en ai pas, j’en ai jamais, j’en ai jamais eu. A dit quoi alors ? A dit papier. Papiers d’identité.
Ah nom ti dieu ! J’ai mis la main sur le portefeuille, ce qui n’a pas été le plus facile, vu que comme i y’a pas de sous dedans, je vois pas pourquoi j’aurais à savoir où c’qu’il est. Et où vous voulez qu’i soit ? Ben il était au cabinet, comme j’aurais dû m’en douter. Du coup j’en ai profité. Je me suis posé le popotin sur le siège et je l’ai ouvert. Le portefeuille. Et j’ai vu.

Ah, nom ti dieu !

D’abord les photos. Le père et la mère. Tout écornées. Les photos, pas la mère parce qu’elle en portait toujours, et des belles, qu’on disait que le père i s’gênait pas pour cueillir le guilledou même que c’était plutôt du mari volage que du marivaudage. Puis le permis de chasse que je croyais qu’on me l’avait retiré un jour que j’avais tiré sur une bécasse, qu’elle me faisait la vie, que je tirais pas assez qu’elle me reprochait. C’est le fusil que j’ai plus, tout rouillé. Et je tombe sur quoi ? Sur la facture bien assez grande pour ce que j’ai à faire et que je fais. Pis vu qu’la chasse l’est jamais ouverte, que j’te vide à moitié le seau d’eau..

C’est quoi ce machin ratatiné ? Un billet de banque. Ben ça, pour une surprise c’est une surprise. L’a plus cours, comme le gars dessus, une espèce de perruqué que si j’eus été coiffé comme ça, sûr que le père l’aurait pas aimé. Fera l’affaire pour finir le travail. Pis hop! un autre coup de flotte. Faut enrichir la terre, qu’i disait le père.

Le travail fini, je m’ai ramené au buffet pour vider le portefeuille. C’te foutoir !
Carte nationale d’identité. Je m’ai pas reconnu, mais alors pas du tout reconnu.
Je m’ai fixé dans le miroir du buffet et j’y ai rien vu qui ressemble à la photo. Et si c’était pas toi ? que j’lui ai dit, l’oeil pas bon, à l’autre qui me regardait.
J’suis pas un arnaque comme ceux qu’ont fait les grandes écoles, mais je suis moins couillon que d’autres qui le sont plus, alors ça m’a pas étonné qu’i m’réponde pas. Pis répondre quoi ? Après je m’ai dit, mais si ça se trouve lui non plus i s’reconnaît pas. Faut dire qu’on avait peut-être bien changé depuis le temps.

C’est après en y regardant de plus prés qu’j’y ai mieux vu. Quand je dis de plus prés, c’est façon de dire, parce que d’après le docteur je suis presbyte, et qu’on m’aurait fait les bras plus longs que ça m’aurait pas gêné, au contraire. J’ai lu. Et relu. Et encore re lu lu pour être bien sûr que j’avais bien lu.

Nom ti dieu ! que je me suis dit tout fort, c’est quoi c’te blague ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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