Mangas 漫画

Je reviens du Japon. Vol 747. Je suis passé par Sydney y voir mon pote Bechet et par Dysney y voir mon viel oncle Donald, suffisamment riche et mal en point pour que ma compassion proverbiale trouve un terrain où planter ce genre de petites graines qui font de grandes rivières, comme les petits ruisseaux font de grandes plantes des rivières pareil lorsqu’ils sont en rut crue. Si vous ne voyez pas ce que je veux dire, tant pis.

Mais que suis-je allé faire au Japon, vous interrogez-vous impatient d’avoir une réponse. Ô êtres stupides, car pour en avoir une, plutôt que de vous interroger, mieux vaut que vous m’interrogiez.
Oui, pourquoi me suis-je rendu au Pays du Soleil Levant plutôt que d’aller baguenauder aux îles de Levant, destination pour laquelle le billet de traversée est nettement moins cher. Et que transportè-je donc dans ces deux lourdes valises qui ne me quittent pas pour l’excellente raison que j’y tiens, preuve étant que je les tiens de deux mains fermes aux doigts sur les anses refermés. Avec style et prestance.

Votre langue au chat ?
Des yeux. Eh oui, des yeux. Des paires d’yeux, une floppée de paires d’yeux. Avouez que ça vous la baille belle. Je suis allé au Japon pour acheter des yeux. C’est pas plus compliqué que ça.
Sauf pour la douane.

— Et c’est quoi qu’i y’a dans vos bagages ?
— Des yeux.
— Comment ça, des yeux ?
— Oui, des yeux. De grands yeux.
— Vous savez que le trafic d’organes est interdit ? Et surtout les yeux. Interdit de les détourner.

Vous imaginez… Le regard effaré des gens ; les yeux exorbités du chef douanier, une douanière qui met dare dare ses lunettes de soleil, je ne sais pas pourquoi ; un aveugle qui se voile la face des deux mains, sans doute un vieux réflexe qui, à l’époque, ne le protégea pas des mortels éclats de rire acéré qui furent la cause de sa cécité…

— Ouvrez vos bagages !

Effrayée la foule s’écarte, se recule, se détourne. Se frappant le front un douanier annonce qu’il a oublié qu’il est de RTT et prend la tangente, qu’il ne rendra pas ; un autre s’éclipse prétextant qu’il vient de reconnaître dans une file un dangereux trafiquant de Trafic au volant de son engin ; un curé –un drôle de crucifix au cou– se frappe la coulpe. Seule reste la chèfe douanière, stoïque après avoir reculé approximativement de trois pas, cependant prête à affronter l’horreur.  

J’ouvre la valise précautionneusement. Curieuse, voyeuse et perverse, l’avant-garde de la foule, prudente et à pas feutrés à cause du parquet ciré, se rapplique mine de rien.
« Et alors ? » vous entends-je penser.
Je soulève le couvercle, plonge les mains dans la valise, en extirpe deux maginifiques paires d’yeux. J’en plaque une sur les lunettes de soleil de la chèfe et une autre sur mes propres yeux. 
« C’est dégueulasse. Et alors ? »
Étourdie, désemparée, elle reste là. Quand soudain je me retourne, elle se recule, et la foule vient me jeter entre ses bras avant de m’acclamer pour les unes et me houspiller pour quelques autres qui, vous l’aurez compris, sont les uns, qui s’attendaient à mieux, donc au pire.
Lorsque je balance en l’air plusieurs paires d’yeux, c’est la ruée, le triomphe et la franche rigolade.
Les yeux des mangas, c’est déjà pas triste,  mais grandeur nature, c’est… Je sais pas… c’est… d’un comique c’est… d’un ridicule c’est d’ENFER !

200 paires d’yeux de manga. De toutes les tailles. Des petites, des moyennes, mais aussi des grandes pour les premiers plans. Plus des intermédiaires entre les petites et les moyennes, et entre celles-ci et les grandes.

Que je vous dise :
Le Petit Prince de Sain-Exupéry, version manga… Bien mignon, mais franchement et tout à fait entre nous, vous ne croyez pas ? Mmmh ?
Je ne vous le fais pas dire : NUL.
Nul et rien à voir avec ce que je vais publier. Plusieurs éditeurs sont sur le coup, et croyez-moi, Gallimard Jeunesse, arf, arf… la gueule qu’il va faire !
Bon, et c’est bien parce que c’est vous, je vous livre en vrac et en exclusivité les mangas sur lesquels je bosse et qui vont faire mal. Très mal.

1. Bibi Fricotin.
2. Martine à la montagne.
3. Les Pieds nickelés.
4. Black et Mortimer.
5. Bécassine.
6. La petite prison maison dans la mairie prairie.
7. Heidi.
8. La vie de Jésus.

J’avais pensé à la vie du prophète, le Prophète. Mais un de mes éditeurs m’a dit que les pas infidèles aimeraient pas trop, à cause qu’il paraît qu’il ne faut pas le représenter, surtout le visage.
Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je lancerai un hors série, autre chose qu’un manga.
Il doit bien rester quelque part des costumes de l’homme invisible.

 

 

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans avertissements, délires, fantaisie, fantastique, littérature, pan !, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s