Accusé de pédalophilie

Qu’est-ce que j’ai fait ce ouiquènde ? Vous vous en fichez sans doute comme de votre première communion, impies que vous êtes. Moi, non, et c’est pour ça que j’écris, afin de vider ce que j’ai vécu, et que j’ai pas envie, mais pas envie du tout de laisser dauber dans le crâne. J’ai refermé la boîte mais oublié d’y mettre de l’acide acétylsalicylique. J’aurais mieux fait. Ma grand-mère, une feignasse de première en mettait dans l’eau de vaisselle pour que les bêbêtes ne se développent pas trop. Faut dire que la vaisselle et elle étaient fachées, sans que je sache qui avait commencé des deux. Mais ça, c’est une autre histoire, encore que…
Samedi j’ai dormi. Un de mes loisirs préférés, le seul qui ne demande aucun effort. Jusqu’à 24h. Là, comme on était dimanche et que le dimanche il faut prendre l’air, je suis allé le prendre. Ma pompe à air, c’est la mer. Si je n’en ai pas sous la main, un lac, voire un étang font l’affaire. La baignoire j’ai essayé, mais les vagues me causent problèmes sur problèmes avec les voisins du dessous, ceux du dessus (je fais de grosses vagues) et mon assurance. Lors de mon dernier bain en salle de la même chose, on peut pas dire, et surtout moi, que les assurances aient tout fait pour me rassurer. Ils m’ont parlé de surprime si je ne distribuais pas de bouée à l’ensemble de mon voisinage. Depuis, j’évite.

Direction la mer. 200 bornes à vélo, histoire de me maintenir en forme, parce qu’il paraît que ça maintient en forme de faire du sport. Tu parles ! Entre la selle qui déforme les fessiers et bouzille le fondement ; les jambes de plus en plus arquées à cause des selles énormes dans lesquelles je fourre tout mon bastringue, y compris mon curriculum-vitae qui, à lui seul, a une masse d’au moins 10 kilos et un volume d’autant mais en litres ; les cervicales déglinguées et les yeux que moucherons et autres saloperies prennent pour leur salle de bain… sûr que je tiens la forme.

Bon. J’arrive sur les coups de 4 ou 5 heures du mat. Fourbu mais heureux, à bon port mais ensommeillé malgré ma dizaine d’endormissements au guidon qui ne m’ont pas provoqué plus de trois ou quatre chutes. Pas sûr du nombre, à cause de la dernière, sur la tête. La tête ! Question forme, pas de doute que le sport c’est efficace.
Je retarde ma montre d’une dizaine d’heures. Du coup on est samedi et je peux dormir tranquille.
Pas mis le réveil. Je l’aurais bien mis mais je l’ai oublié dans ma chambre, ou laissé, je n’en sais rien.
Quand je me réveille, il est 5 heures du mat. Dimanche. Il fait beaucoup plus jour que je ne me serais imaginé, et le soleil s’est mis dare dare au boulot.
La plage est vide, le sable immobile, et tant mieux. Je crains ceux mouvants, surtout à vélo et je me rappelle en avoir fait un à la moustachue de l’office du tourisme, qui fait aussi office de postière à l’agence. Postale, évidemment, vous vous attendiez à quoi, en supposant que vous vous attendez parfois à quelque chose ?
Personne, ni âme qui vive, ni esprit pervers planqué derrière des canisses dans l’espoir de se rincer l’oeil sur l’étonnante anatomie d’un vélocipédiste dont seuls les avants-bras, la nuque, le front, le nez et les jambes sont bronzées. Ce qui lui permet de se mettre à poil, s’il ne s’est pas épilé comme le font les altérophiles délicats, ou plus simplement nu tout en paraissant vêtu d’un maillot de bain une pièce des années 1900. Ah ! la belle époque.
Et qu’aperçois-je au ponant ? Trois pédalos, dont deux flambant neuf et dont seules quelques braises subsitent lorsque j’ai parcouru la distance qui m’en séparait, parcours sans lequel je n’aurais pas ressenti l’intense chaleur qui anime mon corps d’athlète. Le brasier finissant y est-il pour quelque chose et est-il la seule raison de ce feu qui couve en moi ? Et que fera-t-il éclore si éclosion il doit y avoir ?

Ashes to ashes, dust to dust, dis-je au survivant en guise de condoléances. Il est pantois et ses couleurs vives que j’avais perçues du levant se sont empâlichonnées. Je l’éfleure, en signe d’empathie et de compassion. Il est transi, il est triste, il est défait et semble ne pas pouvoir détacher son regard de ses compagnons refroidis qui fument encore, malgré ce qui vient de leur arriver. Leur dire de cesser ? Que c’est mauvais pour la santé ? Las ! Il est trop tard, et le temps qui nous fait croire qu’il fait doux, alors qu’il fait un temps de chien, a fait son oeuvre de faux soyeur.

Qu’auriez-vous fait ? Je n’en sais rien, mais comme j’étais seul sur la plage et que vous n’étiez pas là, j’ai fait ce que n’importe quel être de compassion aurait fait. J’ai d’abord caressé sa coque, d’un doigt, puis de la main, avec la même précaution que celle qu’on prend, cuiller en main, avant de décapsuler un oeuf à la coque. Ni retrait, ni soubresaut, mais un léger tressaillement que semble encourager un doux clapotis. Une vaguelette le soulève avec délicatesse, néanmoins sans mollesse. Puis le voilà se laissant bercer par le jeu du sac et du ressac qui le fait lentement glisser hors du sable. Je l’enfourche, non pas sauvagement comme un rêitre l’aurait fait, ni cavalièrement comme un rustre le ferait, mais tout gentiment, avec ce qui ressemble à de l’attention, comme celle qu’on porte aux être aimés, à condition qu’ils nous aiment aussi, ne nous emmerdent pas et nous foutent royalement la paix. L’anti-portrait de mon grand-père avec ma grand-mère et vice-versa, dont les scènes de ménage alimentées par celles de jalousie avaient enrichi les marchands de vaisselle de leur patelin. Lesquels marchands ayant fait fortune avaient ouvert des boutiques d’électro-ménager, frigo, fours, lave-vaisselle et le reste qui sert à rien. Un jour de gueulante pire que les autres, le vieux avait balancé le lave-vaisselle par la fenêtre. C’est plus expéditif avait-il avoué au prêtre venu lui donner l’extrême-onction, après que ma grand-mère lui avait concocté un bouillon d’onze heures dont il ne s’était pas remis. Quand je dis que les appareils électro-ménagers ça sert à rien, j’exagère, parce que des fois, ils font un sacré ménage, surtout dans les ménages où l’expression entente cordiale est inconnue au bataillon. Brefs, gros trauma pour ma grand-mère dont sa relation aux couverts, assiettes, bols, ramequins, mazagrans, coupelles devint quelque peu conflictuelle. Transfert de bidule, lui  avait dit un psy. Merci, qu’elle lui avait dit, et allez vous faire voir.

On est partis bras dessus, bras dessous moi dessus, l’autre dessous. C’est à 2 miles de la côte que je me suis rendu compte que ce très beau pédalo (qui avait retrouvé ses couleurs) possédait des attributs sexuels qui ne laissaient aucun doute.
Ne comptez surtout pas sur moi pour vous raconter nos ébats, mais je vous laisse imaginer, et si vous vous rappelez le vélocipédiste que je suis, vous pouvez vous faire une idée. Mais là n’est pas la question, les batifolages de ce genre n’étant pas quelque chose d’extraordinaire, vous en conviendrez.
La question c’est celle jointe à d’autres que m’ont posées, dans une langue étrangère dont je n’avais jamais entendu parler et que je n’avais jamais ouïe, les garde-côtes qui ont intercepté notre équipage, mettant un terme à nos assauts tempétueux et, du coup, à notre équipée.
Pédalo confisqué, accusé de pédalophilie, je n’ai dû ma libération et mon retour que grâce à de vagues accointances que ma grand-mère avait avec les autorités locales dont le gouverneur avait été représentant chez Laden, du temps de l’achat du lave-vaisselle par mes grands-parents.
Mais va savoir si le pédalo n’a pas été pour un petit quelque chose dans mon élargissement.

Je suis crevé, mais c’est pas le tout : je pars de ce pas récupérer mon clou.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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