Virus et croissance

J’entends des voix, ce dont vous vous êtes sans doute rendu compte. Mais je ne suis pas le seul à en entendre.

Des voix qui parlent du Sarkosistan, du Berlusconistan et d’autres pays à la noix où celles-ci poussent moins que les bananes dans les républiques bananières où les gouvernants passent leur temps à bananer leurs citoyens.
Deux charmants pays touchés par un virus terrible qui déclenche le mensonge, la langue de bois, la paranoïa, la schizophrénie, la haine, l’individualisme, l’égoïsme, la fatuité et le désir forcené de toujours posséder plus. Soyons sérieux cependant : d’autres pays, tout particulièrement occidentaux, car “développés”», sont eux aussi touchés, même si la maladie ne s’y s’est pas encore pleinement déclarée, les autorités y veillant sans doute.

Les sociétés modernes ont atteint leur seuil de croissance maximum mais, butées, aveugles et privées d’imagination par un excès de confort et de conformisme, elles veulent poursuivre une croissance désormais illusoire, reflétant par là le désir des individus dont la responsabilité est, ô combien, engagée. Jamais satisfait, insatiable, chacun ou presque veut encore plus, toujours plus, qu’il s’agisse de biens matériels ou de pouvoir. L’individu, devenu individualiste veut aujourd’hui avoir plus de beauté, plus de force, plus de biens, plus d’années à vivre, plus d’argent, plus d’amour (vous m’en mettez 10 kilos), plus de bonheur (en rayon dans les hypermarchés), plus de liberté, plus d’indépendance (!). Étendre le champ de ses possessions est devenu son credo. Pour satisfaire son attente, des besoins artificiels sont créés de toute pièce, qui l’asservissent davantage et l’enferment dans ses illusions et croyances infantiles qui le font se persuader que seul le confort et l’aisance dont il jouit sont preuve de sa réussite. Car, bien sûr, l’individu contemporain doit réussir. Quoi ? Ah ben ça…

Atteint d’une cécité bien arrangeante, il se laisse manipuler et fait l’autruche, refusant d’accepter ce principe universel : qu’il s’agisse du vivant ou des systèmes, tout naît, grandit, s’épanouit, vieillit et meurt un jour –simple transformation avec un passage à vide difficile, ou disparition pure, simple et définitive.

« Après moi le déluge ».
N’ignorant pas qu’il court à sa perte et qu’il y entraînera sa descendance, il continue pourtant à satisfaire ses caprices en consommant ce dont il n’a nul besoin réel : produits alimentaires idiots ; soins esthétiques et cosmétiques ridicules, vulgaires et dangereux ; voyages destructeurs pour l’équilibre écologique ; produits pharmaceutiques aux effets incontrôlables ; objets technologiques dont le seul intérêt (pour qui ?) est qu’ils deviennent rapidement obsolètes ; moyens individuels de déplacement qui finiront par priver du minimum vital les plus démunis (comme avec la trouvaille assassine du siècle que sont les bio-carburants) ; véhicules et maisons secondaires, tertiaires, quaternaires… ; etc, et j’en passe.

Et au Sarkosistan comme ailleurs dans les pays développés, on continue à prôner la croissance ! Et par quel biais ? Par celui du pouvoir d’achat, donc de la consommation, l’emploi lui-même n’étant là que pour amener à consommer. L’emploi ! J’adore…
Système conformiste, pervers et létal dont la pérénité est assurée (c’est du moins ce que croient les gouvernants) tant que « ça consomme » (notez l’absence de majuscule à “Ça”), tant qu’est poursuivie la quête du toujours plus.
Consommer ainsi c’est nourrir cette société marchande, c’est entretenir tous les Sarkosistan, Berlusconistan, Obamastan du monde, plus le petit (quoi que…) nouveau Hujintaostan, et au final c’est se consumer.

Voilà ce que m’ont dit mes voix, mais allez savoir si elles ne me racontent pas des bêtises…

« Sarkozy, Obamastan… c’est vraiment d’eux qu’il s’agit ?» leur ai-je demandé.
— Ça n’est pas parce qu’on est des voix qu’on ignore l’actualité. Si on les a nommés, c’est parce qu’aujourd’hui ils ont les rênes en main. Quelques années en arrière, on t’aurait parlé du Chirackistan, du Bushistan, du Blairistan. Encore plus tôt, ça aurait été le Mitterrandistan, le Prodistan.
— Le virus avait déjà frappé ?
— Oui da, et depuis pas mal de temps, mais il était moins virulent. Depuis il a muté.
Pour généraliser, on aurait aussi pu te parler du EfèMIstan ou du GéVainstan, mais avoue que ça aurait été un peu abstrait. Les bonhommes, ça incarne mieux.
Dans deux ans, on te parlera peut-être du DéeSseKastan. Si ça continue comme c’est parti, et d’après nous…

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Virus et croissance

  1. Thibaux Jean-Michel dit :

    Paroles d’un diabétique à Monsieur le virus de la Croissance par Jean-Michel Thibaux.

    En ce 3 mai 1969, le ciel de l’Ontario était couvert, il y avait de l’électricité dans l’air et les âmes des anciens Algonkins s’agitaient dans les sombres forêts bordant le lac. Dans l’avion qui s’abîmait dans les nuées, Jimi Hendrix halluciné par le vesparax qui le tuerait un an plus tard songeait à tous les calumets allumés pour la paix et à toutes les guerres qui avaient suivi. Le Boeing plongeait vers le béton, l’angoisse du chanteur grandissait. A 9 heures et demi dans l’aéroport international de Pearson à Toronto, les douanes canadiennes l’arrêtèrent et trouvèrent dans l’un de ses sacs des substances illicites ; Hendrix fut aussitôt arrêté puis emmené au siège de la police dans le centre-ville avant d’être libéré contre une caution de 10 000 dollars en espèces. Les conséquences de cet incident furent désastreuses : le gaucher vivra dès lors avec la crainte d’un emprisonnement. Et il est fort probable que la société bien pensante l’aurait privé de sa guitare et de son médiator s’il n’avait pas été fauché par la mort à l’âge de 28 ans.
    En ce beau jour ensoleillé du 23 novembre 2010, ils sont sept à se faire dorer sur la plage d’un lagon de l’île Maurice. Ils caressent du regard les courbes des filles achetées avec le pognon des actionnaires. Au ponton du Trou aux Biches, sur le Blue Ice, yacht de 45 mètres aux formes profilées, loué aux frais de la société qui a distribué leur petit problème du moment, leurs avocats s’occupent de régler l’affaire au plus vite. Une bagatelle : entre 500 et 1000 morts. Les 7 ont décidé de faire porter le chapeau au laboratoire Servier qui a eu le malheur de fabriquer pendant 33 ans des millions de médiators. Une source de revenus en moins, ils en sont navrés comme ils l’avaient été lors de l’affaire du sang contaminé. Ils commercialiseront d’autres molécules tueuses, ils rafleront d’autres marchés de la santé en combine avec des hommes politiques, au pire ils continueront à vendre des millions de mètres cubes de produits chimiothérapiques. Avant eux, leurs ancêtres avaient fait fortune en répandant l’arsphénamine, un composé d’arsenic utilisé pour traiter la syphilis et la trypanosomiase. Dans une semaine, les 7 s’envoleront pour le colloque des actionnaires à Toronto. La douane canadienne ne fouillera pas leurs sacs. Les 7 ne jouent pas de la guitare, ils n’ont plus de médiator, ils ne mourront jamais à 28 ans.

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