Mauvaise nouvelle

Le toubib vient de sortir de chez moi. « Vous n’en avez plus que pour quelques mois à vivre. Cinq six avec de la chance, mais vous n’atteindrez pas la fin de l’année» m’a-t-il dit d’un air qui se voulait désolé, mais on ne me la fait pas. Ça le réjouit, le saligaud. Avec la façon qu’il a de reluquer ma femme.

Plus que quelques mois à vivre. On vient juste de démarrer l’année et si ça se trouve le printemps va me passer sous le nez. Avec les vers qui vont venir me tripoter et faire un gueuleton, et c’est pas une image. Un dernier p’tit ver pour la route et hop ! en voiture Simone, même si c’est pas ton nom. Le grand équarisseur, il te demande pas tes papiers avant de te charger à grand renfort de coups de fourche dans son tombereau. Et que ta destinée te fasse te retrouver en croquettes pour chiens, en engrais pour le jardin ou en cendres pour les diarrhées du chat, il s’en balance. Hue dia,  saloperie de canasson !

Peut-être que je n’en ai plus que pour deux mois, si ça se trouve. Mais faut quand même pas compter sur moi pour que j’y cherche, et si j’y cherche pas, j’y trouverai point.
Je lui ai pourtant rien demandé à ce toubib de malheur, que c’est même pas moi qui l’ai mandé, ça risquait pas, vu comme il regarde en coin ma femme, même que je me demande si elle le regarde pas tout pareillement. Parce que je peux me tromper, mais elle avait plus l’air confit que déconfit. Avec un drôle de sourire dans ses petits yeux de merlan frit. Ben tiens, je lui souhaite bien du courage. Pas à elle, pour sûr, au toubib, mais s’il en veut, qu’il la prenne donc et la garde.

Et va savoir. Rien me dit que je vais pas trépasser sous dix jours, peut-être moins ou encore pire. Bon ça ferait toujours ça de moins de suppositoires à me foutre dans le cul, de pilules et de sirop à avaler et de ces putains de saloperies de gouttes qui puent le purain, que je me demande si c’est pas ça qui me donne la mort. Six mois que j’en prends depuis. C’est qu’i faut voir comme elle est aux petits oignons, ma chère et tendre épouse. Ah là, rien à dire, elle s’en occupe bien de son bonhomme, même que ça m’étonnerait pas qu’elle ait la main lourde, en plus qu’elle a déjà la tremble.

Plus que dix jours à vivre, que ça m’étonnerait pas. Sûr que je verrai point la fin d’année et encore moins l’an neuf d’après, même si on sera en douze.
Passer de l’autre côté, faut bien y faire un jour ou l’autre, mais j’aurais quand même préféré l’autre. Moi je m’étais donné au moins jusqu’à l’été d’après çui-là que je verrai déjà pas.

.

Nom de Dieu, les cartes de voeux ! Venu le bout de l’an j’en avais acheté une tripotée en prévision des années à venir. Deux paquets de vingt. Une promotion, comme ils disent. Promotion, mais quand même pas donné. Et merde !
Parce que s’il y a un truc qui me met en rage, c’est bien le gâchis. Que j’vais pas en fermer l’oeil tellement ça me retourne les sangs.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans nouvelles et contes, savoir vivre, vivre et mourir, vivre et mourir, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Mauvaise nouvelle

  1. grand loup dit :

    un ver ça va, c’est après que ça se gâââte !

    ps : t’inquiète pas pour les cartes de voeux, elles seront recyclées en faire-parts.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s