Le temps, le réel, la fin des haricots

Une fois mort*, hormis le temps qui dure, il ne se passe rien. La barbe ! Alors pour tromper non pas le temps, car s’il est quelque chose qu’on ne peut tromper, c’est bien lui, dont l’lélasticité est telle qu’il n’a jamais ni l’épaisseur, ni la longueur qu’on lui prête… bref pour s’occuper, on se fait défiler les images de notre traversée de vie. Lorsque celle-ci nous a paru longue comme un jour sans pain, parce qu’on n’avait rien à se mettre sous la dent, c’est douloureux, sauf si on n’avait plus de dents, mais c’est pire, quoi que. C’est douloureux d’avoir faim et d’attendre de la mort –qui tarde, la mutine–, qu’elle nous débarrasse enfin de ce tourment. Et lorsque la vie nous a paru trop courte, au point qu’on aimerait en revivre les moindres pans, afin de la prolonger, ce sont les plus détestables qui nous viennent accompagnés d’un cortège de frustrations, de rancoeurs et de dépit. Accablant.
Pour mieux tromper le mortel ennui, en plus de nous repasser le seul film de notre vie, nous visionnons ceux que nous avions imaginés concernant la vie d’autres personnes, avec tout ce qui nous aurait occupé à défaut de nous remplir, si nous avions été ne serait-ce qu’une infime goutte d’eau dans l’océan, le marigot ou la mare aux canards de leur existence.

Ici, en ce non lieu, ce qu’alors nous nous imaginons éprouver est un miroir aux alouettes –maigres– dont les images ne sont que le reflet des croyances que nous nous étions forgées pour nous rassurer et donner sens à notre vie, notre orgueil ne souffrant pas de rester sans réponse face à des interrogations qui, toujours, resteront vaines. Pas de veine !

C’est du moins ce dont je m’étais convaincu pour accepter le plus sereinement possible l’inéluctable.
C’était avant que, non contente de frapper à ma porte en m’annonçant gaiment la fin des haricots**, la mort me frappe à mort, me faisant basculer d’un univers que je prenais pour réel –alors qu’il n’était qu’une pièce de théâtre, fut-elle honnête, avec ses entrée et sortie de rideau, huées ou applaudissements en prime– pour un autre univers ne reposant sur rien d’autre qu’une série de films dont la mauvaise colorisation montre, à l’évidence, qu’il n’est lui aussi que pacotille, mauvais ersatz d’une réalité toujours insaisissable.
Comme l’est le temps, chimérique, même au beau fixe.***

…………..
*J’aurais pu écrire une fois rendu le dernier souffle, ce qui est une absurdité, rien n’étant moins rare que des personnes en vie qui n’ont aucun souffle.
** Je précise qu’exécrant les haricots, passer de vie à trépas ne m’a pas plus gêné que le contraire, voire moins, et que l’option Mexique pour ma prochaine réincarnation n’apparaît qu’en fin de desiderata. 
*** J’ai essayé, je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu m’empêcher de billeveser en vilbiaisant :
1. Si le temps est beau, c’est qu’il n’est pas laid (princier ou impérial, je ne sais).

2. Pluriel, le temps, donc les temps, est (sont) chimérique(s). Preuve par neuf : L’étang chimérique, chanson de Léo Ferré (merveilleusement chantée par Jacques Douai). Qui intervient ici d’une façon quelque peu surprenante avec d’évidents accents de synchronicité.
Je livre les premières strophes. Pour les autres, prenez une barque, faites-y monter votre chéri(e), et avirons en mains, nagez tranquillement en laissant venir.

—-

« Nos plus beaux souvenirs fleurissent sur l’étang
Dans le lointain château d’une lointaine Espagne
Ils nous disent le temps perdu ô ma compagne
Et ce blanc nénuphar c’est ton cœur de vingt ans

Un jour nous nous embarquerons
Sur l’étang de nos souvenirs
Et referons pour le plaisir
Le voyage doux de la vie
Un jour nous nous embarquerons
Mon doux Pierrot ma tendre amie
Pour ne plus jamais revenir.

Nos mauvais souvenirs se noieront dans l’étang
De ce lointain château d’une lointaine Espagne
Et nous ne garderons pour nous ô ma compagne
Que ce blanc nénuphar et ton cœur de vingt ans

Un jour nous nous embarquerons
Sur l’étang de nos souvenirs
Et referons pour le plaisir
Le voyage doux de la vie
Un jour nous nous embarquerons
Mon doux Pierrot ma tendre amie
Pour ne plus jamais revenir

Alors tout sera lumineux mon amie /…/ »

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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