Un état des lieux

Le passé se montre parfois moins éloigné qu’on ne le croit, et cinquante années passées ont vite fait de se transformer en quelques jours dont les occupations font oublier les heures qui s’écoulent. Un message sur un réseau social, comme on dit, et hop, bascule. « Moi ça va, et toi ? À bientôt, j’espère »

Qu’est-ce que j’ai fait ? Que suis-je devenu d’autre que je n’étais déjà ? Le rêveur a-t-il laissé la place à cet autre, adulte ou prétendu l’être (par qui ? et pour quoi ?) qui s’est acharné à être autre que soi ? Ben non : je n’ai cessé d’être moi, par manque de “volonté” (comme le prétendent ceux qui pensent avoir géré leur vie comme on tient un livre comptable), par cette distance qui m’a poussé à devenir être humain plutôt qu’à fabriquer de toute pièce un avenir dont la luminosité serait celle de quelques pièces d’or auxquelles il est de bon aloi de prêter tant de vertus. La motivation, ça ne s’invente pas, grand bien me fasse. J’ai réussi à passer au travers de la réussite, ouf ! Je parle de cette réussite qui fait marcher les hommes nombril en avant, cigare au bec et portefeuille sur le cœur, suffisamment épais pour éviter que n’œuvrent les sentiments.

Dans le désordre, plus ou moins.
Porté par un vent nonchalant, 5 ans dans la Marine nationale, dont 2 au Sahara où révélation m’a été faite que les vaisseaux du désert sont moins nombreux que les grains de sable.
1968 : routard chevelu et échevelé pendant un an, puis période minet à tenir une boutique de fringues le temps qu’il faut pour, au final, préférer se vêtir de ce qui n’est fait que pour sembler ne pas être nu. Je dis bien sembler.
Un mariage réussi avec son lot de bonheurs, deux enfants réussis dont une fille qui s’est embarquée à 20 ans pour ce territoire sans nom que je nomme Absence tandis que d’autres lui préfèrent Mort. Un suicide réussi… en quelque sorte.
Artisanat d’art pendant une dizaine d’années suivi d’une floraison artistique ; une formation psy puis l’exercice du sacerdoce bizarre qui consiste à tenter de soulager des âmes ployant sous le poids des doutes, des angoisses, des pourquoi ci et pourquoi ça, avec l’animation d’une centaine de séminaires et 3 mots clés en guise de phare : maïeutique, créativité, imaginaire.
Un printemps qui débarque avec une nouvelle compagne, d’autres chemins et d’autres lueurs, parfois lumières. Les astres à la maison, c’est tout, sauf le désastre. Elle écrit, elle peint, elle rêve, elle écrit.
Entre temps remise du couvert artistique avec des créations de “mobilier sidéral” tout en continuant la psy… du bout des lèvres, chaque pied dans son propre sabot terreux car ancré en terre. Ferme ?
Les années passent. Où ? Je n’arrive pas à remettre la main dessus.
Puis Ariane et son fil : les mots. Qui toujours m’ont accompagné sans que je leur prête toute l’attention qu’ils méritaient. Une compagne qui bat la campagne : “Écris !” Alors je laboure les vides, j’ensemence les pages de ce à quoi je donne sens, les tourne, les retourne et laisse pousser sans couper des herbes celles qu’on nomme mauvaises sous prétexte qu’on n’en connaît rien d’autre que l’idée, très vague et anthropocentrique qu’on s’en fait.
Ah, oui… la famille. Frère(s), sœurs, enfant. Je veux dire celui qui est là, le fils. Un bon laboureur, deux champs magnifiques : un de coquelicots, un de myosotis. Sauront-ils de mes mots tirer quelque engrais avant que le temps ne s’en mêle ?
Mais qu’ils sont loin les uns et les autres, à ne pas savoir que j’écris aussi pour eux. 

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Et puis toujours cette même histoire d’épinards, de beurre, de crémière et de pinard pour étancher les soifs qui m’assaillent lorsque je compte les grains de sable. On a la montre qu’on peut.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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