Meeting aérien du 15 août, à Lisieux, avé Maria

Lisieux.
Le grand Meeting aérien et de l’aviation, de l’aéronautique et de l’aérospatiale réunies qui devait avoir lieu le 15 août, aura finalement bien lieu le 15 août, sur le même terrain d’aviation de cette charmante ville provinciale où chaque pas nous fait buter sur une question existentielle à laquelle seule peut répondre la spiritualité, le signe de croix et l’eau bénite.

On verra avec ravissement évoluer dans le ciel limpide qu’aura exigé le syndicat des météorologues : les avions de chasse de la Base aérienne de Vire ; les aéronefs de pêche de la base aéronavale de Strasbourg, avec tirs sur des saucisses du même coin remorquées par de remarquables biplans rescapés du film remarquable “À l’ouest, rien de nouveau” (“Im Western nicht neues”), tiré d’un roman remarquable de Erich Maria  Observation Remarque ; la Patrouille de France avec, pour la toute première fois, son spectacle époustouflant de largage de gaz tricolores ; les héroïques sauts sans parachute des sociétaires de l’association “PDG en péril” depuis un Bréguet 2 ponts qui se serait embourbé en bout de piste lors des événements de 1944 ; les hélicoptères de la Gendarmerie nationale qui exécuteront un tir à balles réelles sur une cible mouvante tractée par les resquilleurs ; les hélicoptères de la Protection Civile qui tenteront vainement de réanimer et prodiguer les premiers soins –vains– auxdits resquilleurs qui l’auront bien cherché ; les Clowns de l’espace, aux gros nez rouges, qui embarqueront pour un voyage sans retour au Bugarach à bord d’une navette expérimentale en provenance des ateliers de tapisserie d’Aubusson ; plus tout un tas de trucs plus ou moins volants, dont un OVI qui aura perdu son statut d’OVNI après que des rigolos auront constaté son origine outre stratosphère et encore plus loin, au-delà de ce qui est imaginable, ce qui fait une sacrée trotte.

Mais venons-en à la punaise du meeting, que dis-je, le clou (qui sera sans conteste le départ dans les nues vers des hauteurs spirituelles aux neiges éternelles) des ténors de la lévitation. J’ai nommé, dans l’ordre d’apparition : la très vénérée Sainte Vierge Marie et son numéro de lévitation qui fera vibrer les foules et s’interroger les mécréants ; Joseph de Copertino, ce rital incontournable (comme on dit dans les cercles ésotériques où on fait tourner les tables, et pas que les pieds) nommé le “saint volant” après sa canonisation au gros rouge ; Padre Pio, grand amateur, devant l’éternel, de haricots secs, professionnel de la lévitation aérodynamique qui met en oeuvre la pression des gaz, mais aussi féru de lévitation sonore ; Thérèse d’Avila et ses transes extatiques, que son ascétisme d’anorexique qui la libère de son déjà petit poids, aide à s’envoyer en l’air ; Henry Jones, rosbeef d’origine d’à peine 30 livres, que d’odieux personnages utilisaient pour peindre leur plafond sans lui fournir le moindre échaffaudage, par souci d’économie ; Siddhārta Gautama qui lévite au-dessus de l’onde d’une rivière sans se mouiller les genoux, ni les pieds, mais qui fait moins fort que Jésus qui, lui, au moins, ramenait du poisson ; François d’Assise qui survole les tribunaux et guide les juges dans leurs jugements ; Ignace de Loyola, le fer de lance de la lutte contre l’ignoble protestantisme qui, de sa hauteur, pourfend les mécréants en leur décochant ses flèches en les titillant de son arme à pointe d’inox ; Thérèse d’Avila, dite Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada, deux qui la tiennent sans réussir à l’empêcher de décoller, un qui la vénère –vous vous attendiez à quoi ?– Plus d’autres, tels Catherine de Sienne, qui fait des siennes et a toujours du mal à quitter la terre ; Philippe Néri, joyeux drille qui ne manque jamais de pousser la chansonnette (“Comme un avion sans aile” – “Pirouette, cacahuète” – et pire) lors de ses envols  ; Paul de la croix auquel Eugène, le peintre, emprunta le saint nom pour signer “La liberté guidant le peuple”, une œuvre picturale en laquelle chacun reconnaîtra le caractère lévitationnel de la greluche excitée qui brandit un drapeau pouvant être celui de la République française ; et le reste, dont quelques étrangers sortis de lointaines contrées himalayennes ou indiennes.
Jésus ? Bien sûr qu’il y sera, et bien sûr qu’il renouvellera pour la énième fois son ascension vers les plus hauts sommets qui l’amèneront à la droite de son père, amen.
Et Youri Gagarine ? vous suspectè-je de penser. Il lévite, certes, mais à l’aide d’un engin dans lequel il s’introduit subrepticement, ce qui n’est pas le cas des autres vrais léviteurs, Marie mise à part, mais elle a des excuses.
Et Blériot ? vous entends-je me chercher querelle.
Faites pas chier. Puis d’abord, il est mort. Envolé Blériot.

Gageons que cette journée sera inoubliable, et prions pour qu’elle le soit.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans actualités, écrits libres, grosse déconnante, littérature, technologie, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Meeting aérien du 15 août, à Lisieux, avé Maria

  1. andrenaline dit :

    Des fois, comme ça, des textes qui dépassent toutes nos espérances en matière d’humour. Chapeau

  2. André Naline dit :

    Fallait oser, vous avez osé, et ça n’est pas pire, au contraire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s