Morgue, mise en bière et mise en terre

J’ai pris mes quartiers. De viande, que j’ai emballés comme il faut, histoire de ne heurter personne, mais aussi parce que je suis pudique. Un drap de lin a fait l’affaire. Je suis allongé, seul. Doigts de pieds en éventail, je me suis laissé aller par tous les pores et tous les orifices, laissant s’écouler cette substance qui longtemps m’agita. Bientôt complètement refroidi, peu m’en chaut alors que le temps soit calme et dénué de tout souffle, ou maraud à soulever les jupes des filles. Sans cette étiquette et son bout de ficelle qui me chatouillent les orteils, ce serait parfait et pourrais me laisser aller aux rêves les plus fous, ceux qui nous coupent du tangible. Quoi que  mes sens soient encore en éveil, certes relatif, je ne ressens plus grand chose. Cependant des sons me parviennent encore aux oreilles et des odeurs titillent encore mes sens olfactifs, malgré les bouchons d’ouate dans les narines. Ça renifle dans la pièce. « Fait frisquet ici » dit quelqu’un à voix basse. Une voix répond, d’autres se mettent de la partie. Ça se met à parler. De tout, surtout de rien, donc de moi qui ne suis presque plus rien, et d’eux aussi.

— Fait vraiment pas chaud ici.On va finir par prendre la crève.
— À quoi tu t’attendais ?
—  Trouvez pas qu’il y a une drôle d’odeur ? Ça sent comme… comme.
— Comme dans une morgue.
— C’est vrai, mais surtout on se les gèle.
—  Il y en a encore pour longtemps ? J’ai hâte d’être dehors, au soleil. On a du bol, il aurait pu faire un temps de chien.
— On mange en terrasse à  midi ? Qui c’est qu’a réservé ?

Surréaliste. Encore plus avec les discussions pseudo philosophiques qui s’ensuivent. Vaines.
L’ombre se fait nuit. La caisse résonne de coups qui lui sont portés.

— Quand on l’aura mis dans l’autre salle, tu mettras le poêle.
— Ouais, et pour quoi faire ? Il y fait presque aussi chaud que dehors.
— Ducon, je parle du drap mortuaire. Il y a assez de clous ?
— Pile poil.
— Arrête tes conneries. Allez on y va.
—  Si on peut plus se poiler…

Une balade longuette. Sans la musique. Seulement des percussions, parce que ça cahote dur sur le chemin de pierre. Ça s’est arrêté de bouger.
À entendre comme ça renifle, il y en a qui ont dû prendre froid.
Ça prend la parole, ça parlote, ça cause, puis ça se tait.
Un mouvement ascendant, un autre latéral, un troisième descendant. Un choc à peine amorti.
Ça se met à grêler. Des petits grêlons de rien du tout, puis voilà que ça s’affole, que ça tombe de plus en plus fort, tout en s’assourdissant. Comme de grosses pelletées de neige lourde. Les chplofs faiblissent, se font feutre.
La nuit se fait ténèbres, les sons ouatés deviennent silence.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Morgue, mise en bière et mise en terre

  1. Charles Joseph dit :

    Pouvez-vous me dire ce qu’est l’oeuvre présentée? Une peinture, une sculpture? Merci de me renseigner

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