Mais que font ceux qui sont dans la politique ?

« Je peux aimer des hommes et des femmes qui sont dans la politique, qui font dans la politique, à condition, bien sûr, qu’ils fassent de la politique. »

KARL JULIUS HENRY (GROUCHO) MARX

J’aime bien les poètes. Pas seulement parce qu’ils écrivent des poèmes, mais parce que ce sont des poètes. Mais attention, je les aime bien, à condition qu’ils n’aient pas les cheveux trop longs. Les cheveux dans la soupe, le genre de truc auquel tu t’attends lorsque un poète manque d’imagination à cause que sa soupe c’est une patate, une rave et le vert d’un poireau récupéré en fin de marché. Et le gaz est coupé, manquait plus que ça. Mais en général, j’aime bien les poètes, presque autant que le Kiravi ou la Villageoise, si vous préférez.

Les peintres, j’aime bien aussi, surtout ceux en bâtiment, quand ils accrochent leur seau de peinture à une échelle branlante. J’attends, et dès qu’un quidam passe à côté de l’échelle, vlan, je donne un coup de pied dessus. Pas sur le quidam, sur l’échelle. Le mieux, c’est qu’il passe sous l’échelle, mais faire le forcing pour qu’il s’y enfourne est souvent moins simple qu’il n’y paraît. Toutefois, c’est pour les artistes peintres que j’ai un faible. Pour les tableaux qu’ils peignent, mais aussi parce que s’il est des artistes, c’est bien eux.

Les écrivains, j’aime assez, surtout ceux qui préfèrent écrire “s’ils sont des artistes” plutôt que “s’il est des artistes”, tournure quand même bizarre, et à mon avis pas très correcte. Les écrivains ne se prennent pas pour rien, un peu comme les artistes qui disent qu’ils font de l’art ou qu’ils sont dans l’art, ce qui reste à prouver. La preuve que c’est de l’art, c’est que ça se vend, m’a dit un jour un artiste qui peignait avec je me demande quoi et qui peignait je me demande encore quoi. C’était sûrement un grand artiste, connu et tout.
Les écrivains, ça va tant qu’ils ressemblent à n’importe qui d’autre, comme à un poète, par exemple, mais ça va moins bien quand ils prennent l’air abattu sous prétexte que le jour où ils sont allés voir le poète, il n’y avait plus une seule goutte de Kiravi. Les artistes maudits, ça n’est pas mon truc, mais je les aime quand même un petit peu. Mon pote écrivain, qui est aussi philosophe quand il se tait, m’a expliqué en long en large et en hauteur que “aimer un peu” ça ne veut rien dire. Aimer, c’est aimer. Comme haïr c’est haïr ? je lui ai demandé. Pire, il m’a répondu. Lui, j’ai beau essayer de l’aimer, je n’y arrive pas. 

Les boulangers, je les aime bien aussi, je parle de ceux qui ouvrent leur échoppe à l’aurore, ou à l’aube, à la limite du matin. C’est surtout l’odeur qui me fait les aimer, comme une odeur de grosse femme toute proprette qui se réveille en souriant. Sauf que son boulanger de mari c’est un saligaud qui a depuis longtemps jeté son bonnet par dessus les moulins. Avec la petite vendeuse plus gironde qu’une miche. Du coup, et pour être franc, à défaut d’être maçon, c’est plutôt la bonne odeur du pain frais qui me fait aimer le boulanger. Plus la petite vendeuse aux yeux en forme de croissant. Une petite beurette toute fringante.

Les maçons, je n’ai rien contre, sauf quand ils maçonnent avec leurs grosses toupies et leurs grosses bétonnières que ça fait un bruit d’enfer pire qu’un chantier de tous les diables.
Les gars du bâtiment, j’aime assez. Surtout ceux qui regardent les autres travailler, accoudés sur leur pelle. Parce que je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais ça n’est pas donné à tout le monde de faire comme si on ne faisait rien, ce qui n’est pas vrai puisqu’ils touchent leur paie à la fin du mois. Mes préférés ce sont les plâtriers, à cause des chansons plus vieilles qu’eux, mais pas plus idiotes, qu’ils ont appris de la bouche de leur père qui était déjà plâtrier, et d’autres de leur mère qui essuyait les plâtres quand l’ouvrier blanchi rentrait harrassé et bourré de plâtre sous les semelles, que le paillasson c’est pas fait pour les chiens, plus bourré tout court, à cause que la poussière de plâtre, faut en avoir fait des murs et des plafonds pour savoir que ça sèche bigrement la gorge.

Les enseignants, je veux dire les profs et les trucs comme ça, j’aime encore assez. D’abord parce qu’ils sont marrants comme tout, avec leurs grands discours et leurs grèves, et aussi parce que, sortis de leurs histoires de profs, les seules autres qu’ils racontent, c’est des histoires d’enseignants. Je les aime bien aussi quand ils parlent de leurs horaires de travail, de leurs vacances, de leurs congés et de leurs week-ends dont ils profitent pour acheter à la Camif tous les trucs dont ils n’ont pas besoin et à la MGEN tous les trucs qui les rassurent.

Les sportifs, je les aime bien aussi. surtout les professionnels. Ce que je préfère, c’est quand les professionnels ils parlent, comme des fois à la téèssèfe. Ils me font presque autant rire que les enseignants, mais pas de la même couleur.
Les avocats, c’est un peu comme les dentistes, les chirurgiens, les médecins ou les coiffeurs. De drôles de zigotos qui racontent des tas de blagues, que tu crois que c’est pas des blagues, et manque de chance, c’en est bel et bien. Ou plutôt moche et mal. Et tu as beau savoir que c’est du n’importe quoi, tu y retournes. Mais je les aime vraiment beaucoup, presque autant que les curés, les nonnes et pareil. Puis faut pas oublier : les avocats ça défend, les dentistes et médecins ça soigne, et les coiffeurs ça coiffe. En principe, parce que des fois, ça décoiffe plutôt. Les nonnes, il paraît qu’elles prient pour nous et d’autres choses aussi utiles. Des fois elles font des confitures ou des biscuits, ce qui les rend assez aimables.

Bon, je ne vais pas parler de tous ceux que j’aime. D’une part je n’y arriverai pas, d’autre part je risquerais d’en oublier, et ceux-là ne m’aimeraient pas, s’imaginant que je ne les aime pas.
Cependant je ne terminerai pas sans parler des hommes politiques. Je veux dire les hommes et les femmes qui font de la politique, ou qui font dans la politique. À ce qu’il paraît. Catégorie qui me fait me gratter la tête, geste connu pour activer les neurones. Bien ou mal, les peintres peignent, les musiciens font de la musique, les maçons maçonnent, les boulangers boulangent, les sportifs font du sport, les enseignants enseignent, les administratifs administrent, les comptables comptent, les coiffeurs coiffent, etc., raisons pour lesquelles je les aime bien. Mais les politiques, que font-ils ?
Ils font de la politique, êtes-vous prêts à répondre naïvement en masse. Eh bien non. Non et non.
Non. Ils caquètent. Ils critiquent le camp opposé –donc tous les autres camps–, s’adressent vannes et injures, s’attaquent, s’assiègent, se battent pour un siège, se tirent dessus à boulets rouges. Ils dénoncent, se dénoncent mutuellement, s’accusent, font les poubelles, salissent, se salissent au passage et s’étonnent ensuite qu’on les trouve sales. Et plus ils devraient faire de la politique en œuvrant pour la cité, et non pour leur propre compte d’assoiffés de vain pouvoir, moins ils en font. 
Tous ? Bien sûr que non ! Sinon, imaginez dans quelle panade quel merdier nous serions. 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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