Fichier biométrique, censure Internet, belle langue et vulgarité

— Et voilà, on vient encore de se faire enquiller ! Et qu’on mette pas ça sur le dos des Grecs ou de je sais pas qui. 
— C’est vulgaire, enquiller. Très vulgaire.
— Bananer, si tu préfères. Mais je suis pas sûr que ce soit plus classe.
Plus classe, c’est aussi très vulgaire et surtout d’un commun…
— Je suis issu du peuple, et de basse extraction, très basse. Le pavé, tu vois ? Pas celui de bœuf cuit à point. Ce qui m’autorise à causer comme je l’entends et comme j’ai toujours entendu causer quand j’étais chiard, un môme si tu préfères. Alors tu as sans doute raison, oui je suis vulgaire, mais je sais encore me tenir, sinon c’est enculer que j’aurais dit, on vient encore de se faire enculer. Ceci dit, tu peux toujours te taper pour m’entendre dire des insanités, parce que j’ai encore de l’éducation.
— Vulgaire, grossier et inculte. La grammaire et toi, ça fait deux. Qu’on mette pas ça sur le dos des Grecs est incorrect.
— T’as quelque chose contre les Grecs ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait les Grecs ? C’est quoi qui te plaît pas chez les Grecs ?
— Je ne parle pas de ça ; je parle de ta façon de parler le français, des fautes que tu fais. La forme correcte est Que l’on ne mette pas ça sur le dos des Grecs.
— OK, je veux bien. Toujours est-il qu’on vient encore de se faire mettre. Entre le fichier biométrique et la censure sur Internet. Je parle pas du reste, l’augmentation de la TVA et autres…

— Je te l’accorde, mais je te signale que se faire mettre n’est pas très élégant. Et, comment dire… quelque peu homophobe, si tu vois ce que je veux dire. 
— Un peu que je vois c’que tu veux dire. Mais toi, tu le vois ce que moi je veux dire ? Tu l’entends ? Tu le piges ou t’y entraves que dalle ? Parce que je parle peut-être pas comme il faudrait –et d’après quelles lois absolues et divines ?–, je fais des fautes à tout bout de champ, je suis ignare, mais quand on nous le met profond, mine de rien et en loucedé, je le sens méchant, et crois-moi, ça renifle. Tu le sens ce qui se prépare ? T’es au jus ou tu préfères continuer à enculer les mouches comme tu le fais ? Et merde, excuse-moi, j’ai la gnare, et quand j’ai la gnare je deviens grossier.
Je reprends : 1942, ça te dit quelque chose ? Un certain fichier. Tu vois ce que je veux dire ? D’accord t’es pas juif, mais de toute façon, c’est pas eux qui sont visés, non. Ceux qui sont visés, c’est moi, c’est nous, surtout ceux de basse extraction, les moins que rien, le bas peuple, quoi, la piétaille si tu veux, ou la valetaille.  Plus les étrangers, qu’est-ce que je dis, ceux d’origine étrangère. Pas tous, non, ceux qui ont une gueule d’étranger –donc sale–, ceux qui sont bizarres, ceux qui ne sont pas comme on est censé être pour plaire à qui il faut plaire pour vivre à peu près libres, ceux qui n’entrent pas dans le cadre fixé par les lois et réglementations de plus en plus liberticides. Étrangers, étranges, bizarres, pas conformes et sans le sigle NF.
Détrompe-moi si j’me gourre, mais reluque-toi dans un miroir et dis moi si tu y vois des ascendances bien de chez nous, bien européennes. Europe du nord, c’te blague. Et ton prénom, Mohamed… c’est de quelle origine déjà ? Je parle pas de tes origines ethniques, j’ai de la morale.

Quant à la censure sur Internet et les imbéciles qui y vont de leur auto-censure, ça te dit quelque chose ? Et tout ça pour une histoire de pognon, de gros sous. Oh, ça commence tranquillou, mais le temps de réagir, ça a déjà tout gangréné. Et on y est. Entre la langue de bois d’un paquet de politiques à la botte des marchands –on imagine pourquoi !–, celle mielleuse et faux-derche de journalistes bénis oui-oui qui font dans leur froc, c’est bien parti. Je ne parle pas de la masse, ce machin informe qui se la ferme au lieu de gueuler, trop content de récolter des miettes de merde, et tous ceux qui font la politique de l’autruche. Franchement, ne crois-tu pas que la censure est en marche ?
— Tiens donc, une forme grammaticale correcte. Très très bien ce ne crois-tu pas ? Comme quoi tout peut arriver. Bravo…
— Mouais, ben on est mal barrés. Quand je parlais de la politique de l’autruche et de la langue de bois…  Tout bien réfléchi, je crois que tu es un putain d’enculé !
— Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort ?
— Je dis pas non et t’as sûrement raison, mais comme on disait quand j’étais un sale môme –un chiard, si tu préfères, ou un sale morveux– ta raison est bien bonne, mais mon cul l’empoisonne. Salut !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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