Je suis un Automate Photo

« Comme pourrait pourtant le suggérer son nom,  Photomaton®* n’est en rien une caméra vidéo de surveillance. »
BIG BROTHER

 « Non, ce n’est pas la faute au maton »
LE PENDU DE LA CELLULE 12

Je suis une cabine photo automatique, genre Photomaton®*, en moins réussi, je l’admets. Ça peut surprendre, mais c’est ainsi, et je peux avouer que ça m’a surpris lorsque j’en ai pris conscience.

Comment m’en suis-je rendu compte ? Pas compliqué : lorsqu’on m’a glissé des pièces de monnaie dans la fente prévue à cet effet. Il n’y a pas que dans les fentes de ces apparaeils photo qu’on glisse de la monnaie, vous entends-je m’opposer, il y a aussi les distributeurs de boisson, ceux de cigarettes, ceux de préservatifs, bref, tous ces machins qui délivrent une quelconque marchandise contre monnaie trébuchante. Certes, mais seules les cabines photo automatiques délivrent une photo, et pas n’importe laquelle, celle des personnes en quête d’identité ou d’horreurs. 
Les tout petits, je parle pas des gosses, encore que il y en ait et que ça revienne au même, ils ont beau monter le tabouret, seul le haut de leur crâne apparaît. Quant aux grandes perches, le cliché montre le cou et éventuellement le menton, mais passé celui-ci, ni nez, ni yeux et encore moins le sommet du crâne. Ce qui me prive du charmant spectacle du crâne dégarni des grands. Les grands sont plus dégarnis que les petits, c’est connu.  

Les premières fois, je me suis fait injurier (vacherie de machine, etc.) et taper à coups de pieds, désagréments qui ont participé à me faire admettre une fois pour toutes que j’étais bel et bien un automate photo, cette merveille qui mate et  fait des photos, comme son nom le laisse supposer. Colères que je comprends, et j’aurais fait de même, mais ça n’était pas une raison pour que je reste sans réagir. Aujourd’hui je bricole les photos. Je recompose des visages. 
Les nains et les géants, on le sait, souffrent de ne jamais avoir de photo d’identité qui les représente et ils ignorent ce à quoi ils ressemblent. Patience et compassion étant mes deux grandes qualités, auxquelles je peux sans rougir ajouter celles d’un honnête opérateur photo, je leur donne un visage, et partant, une identité, que dis-je une identité multiple. Le haut du visage d’un nain joint au bas du visage d’une asperge fait l’affaire, satisfaisant chacun, moi y compris, qui ne me fais plus tabasser ou secouer dans le but illusoire de récupérer les pièces que j’ai vite fait de ranger dans la boîte en fer blanc cadenassée prévue à cet effet. Petit bonhomme ou grand machin, chacun s’y retrouve, à plus ou moins 50%, pourcentage somme toute honnête. 
Bon, j’avoue qu’il m’est arrivé de me planter, parfois même sciemment. Une tonsure dans le bas de la photo surmontée d’un bas de visage avec un nez à la place de ce qui devrait être un front, ça n’est pas rien. Mais aussi surprenant que cela soit, jamais cela ne m’a valu la moindre colère de la part des sujets concernés, déjà bien contents d’avoir enfin une photo d’identité.

Alors j’en joue et m’en amuse pendant les longues heures nocturnes où seuls quelques chats et quelques clébards viennent s’installer sur le siège à vis, me donnant l’occasion de ce que j’estime être mes plus grandes créations.

Grande tristesse, le numérique qui se profile et qui devrait inexorablement me pousser vers la retraite, voire la disparition. Et voir nains et géants être obligés de retourner consulter un psy pour leurs problèmes d’identité.

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* la dénomination PHOTOMATON® est une marque déposée et enregistrée appartenant à la société du même nom.

NDLR
Dans mon article original titré Je suis /…/ Photomaton®,  j’avais omis de faire suivre la dénomination du symbole ® (registered). Erreur lamentable du gougnafier que je suis, peu respectueux de la propriété industrielle, des marques déposées et enregistrées, ce que je regrette. Je prie donc ardemment la marque citée de ne pas me vouer aux gémonies et de me pardonner pour ce lèse majesté inqualifiable. Bien sûr, c’est promis, croix de bois, croix de fer, si je mens je monte en enfer, je ne le ferai plus.

Mais tout de même, quelle inspiration (divine ?), cette citation faisant référence à Big Brother !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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