Histoire idiote de feu et d’urnes cinéraires

Feue la baronne, qui l’avait aux miches, s’étant, pour accomplir son destin, jetée dans une eau de noyade, une pierre autour du cou, n’ayant pu se noyer dans l’aclool dans ce coin du marais poitevin, contrée dénuée de tout vignoble, quoique à deux pas d’une région viticole plus connue pour sa mâche et crues de la Loire appuyées par de grandes marées que pour ses grands crus. Feu son mari, un franc-tireur prompt à la détente au moindre jupon apparaissant dans son viseur, toujours prêt à faire feu de tout bois, réussissant toujours à en tirer les marrons, ce qui lui avait valu la plus haute récompense d’ordinaire délivrée aux soldats du feu, plus communément nommés pompiers, de l’ouest à l’est en passant par la capitale des Gaules sise dans ce beaujolesque département minéralogisé 69, nombre dont la forme évoque avec intensité cet acte sexuel qui, lui-même, évoque le tirage du vin au tonneau. Raison pour laquelle, sans que je puisse l’affirmer, elle avait mis fin à ses jours en se privant de vie, ne sachant de son homme infidèle se priver, c’est ainsi, me privant de son accorte compagnie qu’elle avait sans ambages offerte à l’ensemble des compagnies du 3e régiment d’infanterie auquel j’avais été incorporé suite à la décorporation d’un bon nombre de ses combattants que l’état major avait bien été obligé de remplacer dans l’espoir de reconquérir le cœur des villageois habitant la côte 21, département de la Côte d’Or, terroir autant aimé que ma tante du même nom, celle qui m’offrit une paire de ciseaux en argent.
« Cessez-le feu ! » avait ordonné l’ordonnance du chef de bataillon resté à l’arrière pour éteindre le feu de sa bourgeoise que la guerre excitait, odeur de poudre aidant. Ce qui n’avait en rien fait se relever la baronne ni son duc de mari, pas plus que les feus combattants morts au champ d’honneur restés sourds à l’appel voulu salvateur.

Leur mort à tous deux avait mis le feu aux poudres, ce qui avait posé un sacré poblème aux gérants du columbarium (qui se prononce colonbariome mais s’écrit columbarium pour faire cultivé, nom bien trouvé, chapeau, quand on sait combien de pigeons se font plumer, sincères condoléances, lorsqu’il s’agit de régler rubis sur l’ongle alors qu’on n’a pas plus de rubis que d’ongle d’amérique). Columbarium, c’est vrai que ça fait cultivé, sans doute grâce à l’honnête engrais que constituent les cendres. Pour ma part je préfère les utiliser pour quand le chat s’oublie au point de se lâcher, ou pour faire la lessive, d’autant que ça va souvent ensemble. Penser à récupérer d’autres urnes.
Le feu aux urnes, c’est un rien sacrilège, mais qu’y faire ? Dieu merci, les pompiers venus à temps avaient mis un terme au sinistre et les artistocratiques urnes avaient réchappé de l’igné sacrifice.

Plus tard on avait appris que les deux malheureux n’y étaient pour rien dans l’incendie qui avait mis le feu aux poudres. Une grève sauvage et intempestive des agents EDF avait obligé les employés du columbarium à mettre le gaz au duc. Lui s’en était bien sorti, je veux dire ses cendres, son épouse aussi, mais c’est un corps en attente de traitement, trop bien nourri et d’où s’échappaient quelques sournoises flatulences dues à une surdose de Soissons (Aisne) qui avait bêtement pris feu. Celui-ci s’était communiqué à la première niche réceptacle d’une urne cinéraire où il avait couvé avant de se communiquer aux suivantes. La maladresse d’un employé loin d’avoir le feu sacré, et par la faute de qui nombre d’urnes en céramique explosèrent sous l’effet de la chaleur. Pour votre gouverne, préférez la fonte ou une bonne vieille douille d’obus que vous pourrez aisément négocier dans le patelin de la côte 21 dont j’ai occulté le nom pour m’éviter que ne rejaillissent de mauvais souvenirs.

Que dire encore ? Que je pleure la disparition de la baronne et de son duc de mari ? Oui, et savoir vivre aidant, j’en ai éprouvé quelque chagrin. Cependant, et parce que toute peine mérite salaire et que ces deux-là avaient, c’est terrible, perdu ascendants, descendants, collatéraux et germains à la côte 21, j’ai récupéré leurs urnes et les cendres qui vont avec. Pour le chat. 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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