Reprise de service

À l’hosto, ça glisse dans des sabots roses, verts ou bleus, des fois pire, jusqu’au rose culotte si pâle qu’on se dit que certains vont pieds nus. Des sabots en caoutchouc, ou tout pareil.
Quand ils antidérapent, ils s’accrochent au sol en plastique, ou tout comme, et plus rien ne va, plus rien ne glisse, sauf le plateau repas qui se retrouve les quatre fers en l’air, une deux trois, un pas de valse. C’est l’aide soignante qui va pas être contente que la fille de salle elle ait mal fait son travail.

À l’hosto il y a un service qu’on se croirait à un concours de carillonneurs, avec des longueurs jusqu’à tard dans la nuit et même plus loin, à cause des machines pour maintenir en vie, que malgré qu’elles existent, c’est pas demain la veille que les fossoyeurs ils auront plus de boulot. Les machines, ça fatigue pas, ça tourne sans relâche, même quand ces salopiots de l’eudéeffe ils font grève, qu’ils prennent les usager en otage, si c’est pas honteux !
La réa, ça s’appelle, le service en question, bourré de carillons et des trucs qui font comme SOS en morse, ou pas loin, des bip bip bip qui font qu’il y en a qui préfèrent débrancher la machine à vivre plus longtemps qu’on le voudrait, c’est pas si rare. Moi  je préfère les cloches, mais c’est comme ça.

A la période des promos, au printemps, ça gesticule, ça court à la bouscule, ça prend des airs graves et tout. Quand je dis tout, c’est quand l’espoir il est derrière et qu’on se rend compte que c’était de la bêtise d’y croire ou de faire semblant, sans blague, en rigolant que c’est pas demain la veille que la vieille sous assistance respiratoire, cœur artificiel, machine à pisser automatique et cerveau plus fragmenté qu’un disque dur HS… reprendra du service. Les carabins, ça adore la rigolade. Elle leur fait oublier qu’ils sont moins drôles qu’on le croit et pas plus que la vieille qui en finit pas de finir.

Moi, j’y étais bien à l’hosto. A part les bip bip qu’on a toujours l’impression qu’on va être en retard et qu’il faut y aller. Et à part la p’tite nouvelle pas encore diplômée, qui posait les cathétères comme un apprenti picador plante ses piques dans le premier taureau auquel il ait jamais été confronté, pauvre bête ! c’était pas pire. C’est la première fois que j’y fais, qu’elle m’a dit. Criez-le pas sur les toits, je lui ai répondu, sinon ce sera la dernière, à cause que les toits, c’est casse-gueule, surtout avec des sabots en caoutchouc qui adhèrent quand il vaudrait mieux pas.
Faisait chaud, en été c’est pas si rare, mais à cause de la clim, et ne pensant qu’à leurs bronches dont je me serais bien occupé, ces radines de jolies frimousses qui me dorlotaient avaient conservé leur t-shirt et leur jean. La technologie, c’est tout aussi triste que l’égoïsme, et ça y mène. Le paradis n’est pas sur Terre, aussi sûr que 2 et 2 font 22 ; 4 et 4, 44 ; 6 et 9, 69.

J’aurais pu passer l’arme à gauche, comme on dit chez les transfuges de droite, mais pas sûr que les pleureuses fussent prètes à remplir leur tâche et à saloper le linceul, qu’on y paie déjà bien assez cher et que c’est pas si facile que ça à y donner un deuxième emploi. Alors j’ai tenu le coup, tant pis pour mes héritiers, faudra bien qu’ils s’y fassent.
Pourtant, les toubibs ont bien essayé de me faire avaler mon extrait de naissance : le doigt qui fait guili-guili dans le fondement pour voir si on est enceinte ou si c’est une appendicite, c’est pas leur truc. Sans un deuxième scanner, un teint de talc Morhange (jaune pisseux à cause de sa date de péremption remontant aux années 70), une fièvre de cheval qui aurait bouffé du canasson et ma chérie qui s’y connaît en luttes intestinales, les chirurgiens qui se perdaient en conjectures en dubitativant vainement auraient peut-être fini par pratiquer une vie-ectomie, acte chirurgical qui consiste à débrancher le moribond et dont l’effet secondaire est une réduction notoire du montant de la facture eudéeffe. L’ignorance des spécialistes et leur prétention conduit à la morgue, c’est connu.

Las, je m’en suis sorti, et mon transit intestinal redevenu un exemple de perfection a définitivement tiré un hygiénique trait sur cette malencontreuse appendicite doublée d’une vicieuse péritonite, pet paix à son âme. Ce qui me permet désormais de revenir fleurir la toile de mes scripturales productions qui enchanteront de nouveau vos mornes soirées.
Des réclamations ? Adressez-vous à mon supérieur.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Reprise de service

  1. CelCel dit :

    On a eu peur que la p’tite nouvelle te remette l’âme du voisin au lieu de la tienne. Avec toutes ces machines, et les coupes budgétaires du gouvernement, des fois il y a confusion et voilà qu’on se retrouve avec la tête de son voisin de lit, ses souvenirs, ses passions, ses tocs et même des fois vingt ans de moins. (ça m’est arrivé, après c’est un de ces b….). Heureusement, la p’tite nouvelle avait bien numéroté tout ça, elle a remis tous les neurones à la suite, un par un, bien comme il faut, elle est sérieuse. Ouf ! On dirait bien que tout est dans l’ordre. Alors plus de frayeurs, hein ?

    • D’abord, l’âme du voisin, c’était de la promo. Les trucs pas chers, faut s’en méfier. Tiens, une fois, je m’étais racheté une conduite, pas une intérieure, ça sert à rien, non, non, une belle, en apparence, rutilante et tout (peinture refaite, jantes astiquées et tout, plus casier judiciaire vierge). Eh ben, c’était rien que du bidon, du maquillage. Un coup de flotte, et je me suis retrouvé blousé comme le gros jean, tu sais, le fils du boucher qui l’est autant que lui, sauf qu’en plus il a beau savoir faire des boutonnières avec son surin, il a même pas de boutons, le con. Quant à sa tête, tu me vois avec une tête empaffée de noeud coulant, le genre de truc que si tu échappes à l’échaffaud, tu te retrouves au gibet avec des salopiots de gamins qui te jettent des pierres et des bonnes femmes qui font semblant de faire les pleureuses. Non, non, non.
      Ses souvenirs ? C’est rien que du Venise et de la gondole, du Lourdes et de la vierge qui se fait enneiger qu’il faudra un engin de déneigement pour la déneiger de la neige, c’est normal. Je te parle même pas de la tour Eiffel, des saucissses de strabsbourg, de l’andouillette de Vire, va savoir si avec ça il se sera pas fabriqué un sex-toy, les goûts, on y sait, tous les goûts sont dans la nature, même les moins ragoûtants, pouah ! Alors ses souvenirs, il se les garde, et je prie le bon dieu, ses saints et ceux de Marie pour qu’il se choppe pas un Alzheimer.
      Sa passion, il se la garde. Les épines, très peu pour moi, comme ses tocs qui manquent de gueule. Vérifier cent fois que t’as bien fermé ta porte, ça a quand même moins de gueule et d’intérêt que vérifier que tu as bien fermé ta gueule et que tu continues.
      Quant aux 20 ans de moins, c’est de la rigolade. 50, je veux bien, mais 20, c’est de la rigolade. Que tu te retrouves à assumer les ravages de ta séduction merci bien. 20 ans de moins, tu es vert, d’accord, mais quand les pétasses se précipitent sur toi (bien sûr, tu ne peux te rendre compte de ce que ça fait) la bave aux lèvres, et je pèse mes mots à cause que plus pudique que moi, tu meurs, j’aime autant te dire que tu en mènes pas large.
      La petite nouvelle ? Vouais, ben on voit bien que c’est pas toi qu’elle a percé de tous côtés, que le moindre apéro que je m’enfile, c’est comme si je buvais rien à cause que ça fuit de tous les côtés. Rien qu’hier, c’est deux litrons de jaja qu’ont dégouliné sur mes pompes, des pompes toutes neuves que j’ai piquées au gars qu’avait rendu l’âme dans la piaule d’à côté. On prend des risques, on s’affirme en tant que ça, on s’introduit nuitamment subrepticement, on chourave tranquillos sa paire de grolles à un gonze qui risque plus de se faire des oignons ni même du mouron, tout ça pour quoi ? pour se dégueulasser des godasses toutes neuves ? J’t’en prie, soyons sérieux.
      Et les neurones, c’est quoi encore c’t’affaire ? C’est-t-i que tu cherches à m’embrouiller ? Gaffe, gaffe, pas de ça avec moi, parce que t’as beau faire comme si que tu prenais des nouvelles de la santé et tout et tout, hein, quand même, c’est pas que, mais… Tu vois c’que j’veux dire, à défaut d’y entendre.
      Et pis quoi, c’est encore quoi cette histoire que tout est dans l’ordre, comme si que ça serait bien que tout ça soit dans l’ordre. Parce que je te signale que quand tout est dans l’ordre chez quelqu’un, moi par exemple, alors que c’est la chienlit, le bazar, le bordel, le foutoir, le bric à brac, le merdier, le binz et j’en passe tout partout autour et même plus loin alentour, je te signale qu’on peut pas dire que ce soit une très bonne chose, même pire que ça.
      Ce Sidi, je sais point d’où c’est qu’il vient çui là, mais paraît que ça se dit, donc ce Sidi, c’est vrai qu’il y a plus de frayeur à se faire. J’ai bien dit PLUS, davantage quoi, du rab de frayeur, du surplus, comme dans les stocks américains, et c’est qu’un début.
      Bon, c’est paletot, comme disait ma mémé avant de passer l’arme à gauche à cause d’une fracture de la cocarde chopée à force de faire du tricotin pour le paletot, le docteur et les infirmiers ils vont passer. Pjour les cachetons, la piquouze et la came isole, alors faut que j’ya aille pour me faire contentionner comme il faut.
      Tant pis.

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