La réincarnation pour dépasser ses peurs

J’ai trouvé un moyen de dépasser mes peurs : mourir.
Celui aussi d’arrêter de pourrir, ou de vieillir, c’est pas loin. Comme celui de désespérer de n’avoir que des nèfles, clous et autres subsides pour toute nourriture. Méthode qui devrait surtout me permettre de vivre une autre vie, celle qui me fut donnée de vivre n’ayant pas été particulièrement affriolante, quoi qu’en pensent les nombreuses maîtresses qui se glissèrent entre mes draps, ma chienne qui fit de même, mon banquier qui bidouilla mes comptes parce qu’il y trouvait son compte et mon confesseur, mais ne comptez pas sur moi pour en détailler les raisons quelque peu déraisonnables, je n’en dirai pas plus.

Dans un premier temps j’ai sérieusement envisagé de renaître sous la forme d’un oiseau. Mais le risque de me retrouver albatros avec ailes de géant à la con qui l’empêche de voler m’a fait virer de bord. Mouette rieuse m’avait effleuré, pour la joie qu’elle peut avoir à déféquer de ci de là sur les promeneurs, ces gens qui imaginent pouvoir tromper un ennui mortel en allant se balader en bord de mer, mais comme ils sont généralement accompagnés d’un chien, voire plusieurs, et que j’aurais tenu à préserver cette joie qui me caractérise, j’ai laissé tomber. Voler en rond pour s’être fait bouffer une aile par une de ces sales bêtes, merci.

Un avion, me suis-je dit. Un avion, ça vole, et je ne vois pas comment un clébard, fut-il vif, alerte et rapide pourrait m’attaquer dans le but de se sustenter. Avion ou hélicoptère, plus maniable. Ainsi, dans le cas où un chien particulièrement habile réussirait à s’approcher de moi, une pirouette, un coup de pales dans le bestiau, et adieu. Pour plus de confort, je volerai en escadrille. Armée de l’air, qui plus est, de la Confédaration Helvétique, pays où les risques de guerre sont limités, non seulement grâce à sa situation géographique, mais aussi à sa situation bancaire. Avantage indéniable, suisse comme on est là-bas, nul doute que je serais entretenu. J’ai toujours rêvé d’être entretenu.
Oui mais, car il y a un oui mais. S’il n’y en avait pas, je n’en parlerais pas. Paraît-il qu’on se fait royalement chier en Suisse. Pas de l’ennui à proprement parler, et Dieu sait si, question propreté les Helvètes se posent là, mais question morale, ce genre de morale qui casse le moral. Pour me choper une dépression ? Tu n’y penses pas, me suis-je dit. Une dépression au sol, ça n’est déjà pas la joie, mais en l’air, en plein vol, c’est un coup à se crasher et à se briser les ailes. Pire que se les faire bouffer par un clébard errant qui n’aurait pas encore été abattu par la milice. La Suisse est milicienne, c’est du moins ce que certains ressortissants, et non des moindres, m’ont affirmé.

Pourquoi pas un lave-vaisselle ? m’a glissé une petite voix intérieure un tantinet… comment dirais-je ? Un tantinet bizarre. Bof ! Ai-je anônné, ne sachant braire. Mais si ! a repris la petite voix, repas à l’oeil, canons de rouge itou, il y a toujours des restes. Je ne te parle même pas des vibrations, un régal, que des comme ça, tu peux les noter en rouge dans les annales. Récupérer des miettes, merci, lui ai-je rétorqué pour lui faire clore son clapet. Et l’odeur de vinasse, tu y as pensé ? Les seules voies intérieures auxquelles j’obéis sont celles de mon appareil urinaire, ai-je fini pour mettre un terme à cette vaine discussion, et toc. Et les mégots, hein, les mégots ! ai-je ajouté. Plus les croûtes mollassonnes de fromage et le reste.

Et franchement, devenir un lave-vaisselle me garantit-il de dépasser mes peurs ? Comme celle d’être mis au rebut, sans ménagement, dans un obscur appentis mal couvert, à cause du prix exorbitant des ardoises d’Angers, et où de pernicieuses infiltrations d’eau de pluie acide attenteraient à mon intégrité physique en me rouillant jusqu’à la moelle, cette substance molle et graisseuse qu’on déniche à l’intérieur des os, à condition qu’ils soient à moelle. Moelle qui n’a rien à voir ni à entendre avec celle de cette expression dont la poésie me met en émoi : à la mords moi l’.
Récupération, pourriez-vous m’opposer en me renvoyant la balle que vous aimeriez sans doute meurtrière. Quoi ? On ferait de moi une aile de voiture, ou pire, un pare-choc ? Une casserole ? Une louche ? Des rayons de roue de vélo ? Une selle de tracteur ? Une prothèse mammaire pour une robote qui aurait rouillé à cause qu’on l’aurait remisée dans un appentis dont la couverture, etc.? Du fil de fer barbelé ? Une semelle de fer à repasser ?
Ben tiens, je vous y verrais…

Pas en manque d’idée. Ah que n’inventerai-je pas pour dépasser mes peurs ! Sachant que pour les dépasser il suffit de mourir, mourir impliquant de renaître, comme nul ne peut l’ignorer, mis à part les ignorants.
J’ai cherché, j’ai réfléchi, je me suis plongé en moi comme un thermomètre médical plonge dans son bain d’alcool à 90°, pour de stupides raisons d’hygiène.
 Et j’ai enfin trouvé. Je ne dirai pas de quoi il s’agit, de quelle vie il s’agit, car les places sont chères. A vrai dire il n’y en a qu’une, et je détesterais qu’on me la prenne.

Je peux cependant vous donner quelques clés, juste histoire de vous allécher. Cependant, n’espérez pas trop décrocher le Graal.
Des clés sous la forme d’une liste de vies possibles. Que voilà.

Court-bouillon (d’onze heures, par simple esprit de vengeance), bombe H, puce, page blanche, nombre premier (le dernier), étang chimérique, manivelle, agenda, oie sauvage, belette, piano à queue, poële à frire, poil à gratter, gare SNCF, gendarme (insecte), ascenseur, échafaud, sale temps, morue, merlan, chimpanzé, nénuphar, patate, oignon, doigt de pied, chaussette, croix de première communiante, bannière, soupe au lait, lapereau, MST, missel, citrouille, cancer du capricorne, soleil vert, soleil levant, pleine lune, rat, extincteur, lyre, roi, mignon, pêché, évêque, latrines, canard au sang, tortue, mouche, jambe de force en bois, linteau, arc du Bhoutan, pince à linge, pince-mi & pince-moi (remarquer le ET commercial aussi incongru ici que l’arobase ailleurs), le R&B, occiput –borgne– (pour les connoisseurs comme le disent les amateurs de Brandy), moules frites (à ne pas confondre avec moules-frites), saharienne, vierge, enfant Jésus, ange déchu, Ménorah, Belle de Cadix, trounichon, tour Montparnasse (19), Lyon (69), andouille plus ou moins bien virée (ou mal, ce qui reveint au même), etc. Toutes clés que je délivre à chacun, et ô merveille, sans rien attendre en retour. Généreux, non ?

Je donnerai des nouvelles d’ici une paire de dizaines d’années. Ou avant, si tel est mon destin ou celui de l’humanité.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour La réincarnation pour dépasser ses peurs

  1. las artes dit :

    On ne peut pas mourir, ni tomber dans le coma…et on ne fait jamais de malaise quand on est seul.Heu, je fume moi aussi…peut être que lorsqu’on fume une cigarette, on peut déclencher une crise d’ angoisse après car on pense que moins d’air va pouvoir arriver à nos poumons et donc nous étouffer plus facilement.

    • Merci pour le commentaire, et tant pis pour la crise d’angoisse : celle-ci est moins grave que les crises de vraie angoisse qui risquent d’exploser…
      Votre site est très sympa, autant que les Zombies.

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