Prendre de bonnes résolutions

Tagada, tagada, tagada. La fin d’année arrive à fond de train les galipettes, rapide comme une marée montante qui fonce à la vitesse d’un cheval au galop sur une pente descendante. C’est l’hiver et le sale temps des bilans, celui du verglas, des batteries à plat, je ne parle pas que de celles des bagnoles. On se survitamine, se surchauffe, se surbourre, se survêt si on a de quoi.
Le regard ailleurs, on se déleste de quelque menue monnaie hâtivement jetée dans l’escarcelle cabossée d’un crève-la-faim. Ça fait bling-bling, un très joli son cristallin. On fait les grands magasins ou, selon les moyens, les petits où on achète ce dont on a nul besoin, du toc, du clinquant, du hightech, du superflu qu’on aura vite fait de rendre en ce lieu qu’ils n’auraient jamais dû quitter : les chiottes. On s’en mettra plein la lampe jusqu’à en être malade. Ce qui ne changera pas grand chose puisqu’on est déjà de grands malades.
 Échange de procédés aussi douteux que l’intégrité d’un politicard, on se fera des cadeaux, on en fera, et même ceux qui tendent à n’en point faire (et s’en réjouissent), en feront. L’affection se mesurant à l’aune des ronds de jambe, services rendus donnant donnant, tu paies tu m’aimes, je paie tu m’apprécies, va falloir les ouvrir les portefeuilles et faire semblant d’ouvrir les cœurs. Quel boulot !
 Des enfants seront émerveillés devant la pléthore de jouets que ce nigaud de père Noël leur aura apportés, tandis que d’autres auront pour présent de quoi caler un coin d’estomac plutôt que l’ordinaire d’une soupe à la grimace. Joie inneffable, certains recevront le câlin desespéré d’une mère transie rendue muette par la froidure et la honte. Emmurés derrière ses lèvres closes, les mots ne sortiront pas, ou si peu. Peut-être, de ses doigts boudinés par le froid et les crevasses, caressera-t-elle la tête de son petit, peut-être lui glissera-t-elle à l’oreille un tristounet « Mon tout petit…» Que nul n’entendra.

Un sentiment de révolte, vite remplacé par celui d’impuissance me fera supporter cette gêne qu’on éprouve face à qui est dans la gêne. La conscience allégée, je pourrai tourner les talons et poursuivre mon chemin. Une pensée émue pour les mal lotis me viendra, vite balayée par une lame de bise. Remontant le col de mon manteau, je me couperai du vent et de ces errants dérangeants.

Dans la chaleur de mon chez moi, les pieds calés dans mes charentaises, conscience en éveil et âme en peine –façon de payer mon tribut aux miséreux–, je m’inventerai de bonnes résolutions pour que les mots partage, générosité, altruisme, plus d’autres que je feins d’ignorer, ne soient jamais rayés du dictionnaire.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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