Prise d’otages et manière forte

Fallait s’y attendre, et ça n’a pas traîné. Dans ces pays de sauvages, rare que ça traîne. Alors fallait aussi s’attendre à ce que le pouvoir ne tergiverse pas, faut quand même pas déconner. Et moi, je serais le pouvoir, c’est ce que j’aurais fait : foncer dans le tas, et merde, quoi ! On n’a pas à se gêner avec ceux qui se gênent pas, hein ! Parce que, tout à fait entre nous, pas gênés, les barbus, avec leur espèce de galurin à la con, leurs couteaux mal peints en rouge, avec des coulées que tu te dis qu’ils sont pas prêts d’avoir leur CAP, et leur futal que je sais pas ce qu’ils planquent dedans, mais imagine que ce soit leur casse-dalle, un sandwich au jambon, tu vois le tableau et tu sens l’odeur ? Moi, ce que je dis, soit c’est des soixante-huitards attardés, soit des pédés ou des artistes de rien, soit je sais pas quoi ou des nègres, à moins que ce soit des youpins ou, va savoir, pire, des mahométans. Pas facile à savoir, à cause des barbes, justement. Puis du cache-misère qu’ils se collent sur le dos, une espèce de manteau en poil de bête, et pas des bêtes de chez nous, suffit de renifler l’odeur.
Bref, ils se sont pointés chez Gégé. Gégé, c’est le droguiste quincailler du coin qui tient aussi la station service. Avec ses je sais pas combien d’employés, c’est la plus grosse boîte du patelin. Plein aux as, le Gégé, et ça, c’est de la fabrique de jaloux. Déjà que pour moi c’est pas si facile avec mon épicerie qui fait des envieux, pas étonnant que ce soit pire pour lui. En plus, si on considère que c’est la dernière station avant l’autoroute, on aura compris.
D’après les barbus, c’est magouille et compagnie qui font qu’il se l’est offert, son commerce. Moi j’en sais trop rien, mais ça m’étonnerait pas. D’ailleurs, y’a qu’à voir les drôles de clients qui se pointent chez lui, le soir. C’est pas en 2 Pattes qu’ils se pointent, les cocos, ni en 404, même si la Pigeot, y’a que ça de vrai, pas aussi bien qu’un chameau, à cause de ce que ça tétouille, mais mieux qu’une femme que, question de porter biftons et munitions, ça vaut pas un clou. C’est pas dans des 4×4 pourris qu’ils se trimballent, ces salopards en affaire avec Gégé. Tu me diras, sa propriété à l’étranger, piscine, chambres meublées –90-60-90– et tout, faut pas se demander où il a trouvé le pognon.

Revenons à nos barbus, comme ils disent eux-mêmes, toujours prêts à raser gratis, rapide et près du col. Eux, c’est pas de la berline de luxe, mais c’est pas non plus de la trotinette ou de la bagnole à pédale en mauvaise tôle. Vingt places, frigo, vitres teintées, GPS, Oueb, DCA plus un Exocet par tête de pipe. C’est dans du deux fois 4×4 qu’ils se trimballent. C’est dangereux, vous me direz, de se trimballer sur des chemins cahoteux avec de la pétoire XXL. Sans doute, mais ces gonzes-là, les cahotements et le chaos, ils s’en foutent comme de leur premier burnous et s’en contrefoutent comme du premier otage qu’ils ont saigné. Saigner les otages, c’est leur truc, ça doit être que le boudin de cochon, ils n’y goûtent pas tant, soit-disant que ça donne la brûle à l’estomac, à cause que c’est impur. Ce sidi Ceci dit, je veux bien le croire, quand on voit les cochonneries qu’ils font et celles qu’ils avalent. Moi, je me vois pas trop bouffer du boudin d’otage, mais enfin, chacun ses goûts, sans compter que, quand tu as la soif, tu vas pas cracher sur un petit canon de rouge. Cependant, même si ça ne pend plus, comme quand la fantaisie de tout raser les a pris, leur spécialité de boudin d’otage farci, faudrait quand même me payer cher pour que je m’en paie une tranche. À quoi c’est farci ? Ben tiens !

Gégé, c’est un ancien de l’Indo. Pour pas qu’on l’emmerde et que n’importe qui se pointe à l’improviste sans carton d’invitation, il a embauché un agent de sécurité et fait suspendre des boîtes de conserve sur des fils de fer barbelé. Qu’ils y viennent, les cons, se casser les dents, qu’il menace, Gégé. Tu parles !
Mieux qu’au cinoche, les barbus. Quatre quatre quatre, Yahvé y avait. Les boîtes de conserve et les barbelés ont valdingué de tous les côtés. Le Gégé, sa bonne femme pourra toujours tricoter des cotes de mailles avec ce qu’il en reste. Ça a pas eu à défourailler longtemps, et en moins de temps qu’il en faut pour faire pas grand chose, employés et clients ont été un petit peu tués pour pas mal d’entre eux, ceux qui faisaient pas tache, des blancs, quoi, et bouclés à quadruple tour pour les autres, des un peu moins blancs ou moins propres sur eux, allant de l’écru au noiraud, en passant par le bistre. Pour faire plus court, les barbus ont scarifié quelques gorges, peut-être un peu profond, et pris en otage ceux qui avaient eu la bonne idée de ne pas perdre la tête.
Si l’agent de sécurité a réagi ? Un peu, mon neveu, en se carapatant en douce. Y en a qui disent qu’il est cul et chemise avec les barbus qui l’auraient prévenu. Pas l’ombre du gars, donc pas de gars. Gégé, le patron ? Faut pas pousser Momo dans les crottes de camélidé : quand tu as une affaire qui tourne, du personnel à ta botte et une propriété où tu peux te mettre les doigts de pied en éventail, je dis pas que tu t’occupes pas de tes affaires, mais tu t’en occupes de loin. Gégé, sa boutique, il y est deux jours par an les années bisextiles. Les autres, je laisse deviner. Donc pas de Gégé. Merde alors ! qu’ils ont dû se dire les barbus ? Pas si sûr, parce que rien ne dit qu’il n’y ait pas d’accords tacites entre eux et lui. On te fout la paix, tu raques et basta !
En Euros ? Et puis quoi ?

Bon, les otages à l’abri, les barbus se sont amusés à casser les joujoux de Gégé, et voilà-t-i pas que des branleurs en uniforme, le même que celui des barbus, débarquent, les cernent, les coincent et tirent dans le tas. Des militaires aguerris, comme on dit quand c’est pas vraiment des pacifistes. Des jeunots qu’on leur a dit que c’était la fête foraine. Tac-tac-tac, une rangée de pipes qui explose ; pan-pan-pan, des baudruches multicolores qui pètent ; boum ! tout un tas de calebasses qui s’envoient en l’air, un vrai feu d’artifice –ô la belle rouge !
Prends une série de pruneaux dans le lard et tu verras que tu feras moins le fier. C’est ce qui arrive aux barbus qui n’ont ni le temps de crier maman, ni celui de faire une causette. Ça vaut peut-être mieux pour les uns, les autres et ceux que j’aurais oubliés.

Après, juste histoire de pas avoir de munitions à ramener, à cause des quotas, ça a tiraillé encore un peu. En aveugle. Quand on travaille en gros, on fait pas de détail, alors on tire dans le tas. Dieu reconnaîtra les siens. Avec l’avantage qu’on ne se fatigue pas la vue.

Les otages ont été libérés, ceux qui ont été tués encore plus. Ça a fait causer dans les chaumières, ça a fait couler de l’encre rouge plus quelques larmes surtout de colère puis, le vent s’étant levé, la page s’est tournée.
Le plus rigolo, c’est qu’au final, il y a un max de gus qui y ont trouvé leur compte.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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