Mariage pour tous, avec tout et n’importe quoi

Encore mieux que me marier avec qui je veux, je vais pouvoir me marier avec ce que je veux. Et ça va en emmerder plus d’un, plus d’une, et plus d’autres. Tant pis, faudra bien qu’ils fassent avec. Avec tous les pervers esseulés qui traînent flemme, charentaises et solitude au parlement –ce machin qui porte à merveille son nom puisqu’on y parlemente, qu’on y parle, qu’on y ment et qu’on y bonimente, à condition que le gueuleton de midi soit bien passé–, pas étonnant que la loi soit passée. Les lois, c’est des règles qu’ils votent pour, si ça les arrange, et contre si ça les arrange pas. Celle qui fait qu’on peut désormais convoler avec n’importe quoi –hominidé, bestiau, chambre à air, alien, cornet de frites ou acoustique, cucurbitacé, préservatif ou balai de chiottes– fallait pas s’attendre à ce qu’elle ne passe pas un jour ou l’autre, et c’est ce qui est arrivé. Il y avait bien quelques opposants, toujours les mêmes, du faux derche teint de navet, les mêmes qui avaient rejeté à la corbeille la loi Prout (du nom de son éminent rédacteur), visant à inciter, par une allocation confortable, les mariages entre nonagénaires. Les opposants avaient prétexté que le coït entre vieux débris était une atteinte à la salubrité publique, les anus et autres organes artificiels, made in China, n’étant pas d’une fiabilité à toute épreuve.
Bon, et enfin, la loi est passée, et je vais, moi aussi, pouvoir convoler, coïter et plus avec ce que je veux. Liste établie des partenaires sur lesquels je pouvais jeter un paquet de dévolus, j’ai procédé à un premier tri, éliminé les moins fiables, souligné les plus endurants, entouré ceux dont la maintenance me semblait aisée et peu onéreuse. Pour finir par me retrouver  avec cinq nominés : un poêle à mazout – un toaster – un alien – un matelas pneumatique (voyant qu’aucune rustine, ni ensemble bonde-siphon n’étaient compris dans le pourtant beau petit lot, j’avais biffé la poupée gonflable) – une biquette. Aucun hominidé, avais-je constaté,finalement peu surpris. Eliminé le toaster, à cause des grèves eudéeffe trop fréquentes depuis l’application d’un certain décret gouvernemental inique, injuste et idiot –comme le sont nombre de décrets–, me restaient quatre possiblités. Livrée sans bottes, ni commode et perclus de rhumatismes que je suis, l’usage d’une biquette m’avait semblé malcommode. Le poêle à mazout ? C’était compter sans le réchauffement climatique et sans le prix exorbitant du fuel. Rayé. Séduit un instant par le matelas pneumatique, quoi que présentant une certaine dangerosité, j’avais longuement hésité, mais inéluctablement attiré par l’alien qui me souriait par ma foi assez bizarrement, je m’étais dégonflé.
Et hop ! direction l’hôtel de ville en faisant un crochet par l’autel –croyez-le ou pas, je suis croyant– où un drôle de type avec de drôles de vêtements blancs aux petits motifs rouges soigneusement brodés sur son bonnet en coton des Vosges, nous a donné vendu sa bénédiction pour un écu symbolique. Crotte de bique, les alliances ! m’étais-je écrié un rien marri, pensant un instant les avoir oubliées au cabinet d’assurances et d’administration de biens, plus autres entourloupes. Quoique amère et un rien déçue, la biquette, qui avait accepté d’être notre témoin, me les avait tendues, la coquine qui avait tu les avoir enfouies entre deux touffes de poils de sa douce toison.
Ne seraient-ce quelques maladroits jets de cailloux lancés par des opposants au mariage pour tous, avec tout et n’importe quoi, une bien belle journée.
 Rebelote en mairie, plus remise du carnet de famille, vœux de prospérité et souhaits municipaux d’une ribambelle de descendants, à défaut de vrais enfants. Sus ! avaient hurlé les mêmes opposants en se ruant sur nous, à qui mon alien chéri(e-s) avait répondu dans sa verte langue qu’elle y comptait bien, avant de leur administrer une légitime dérouillée.
Après ce fut la fête, la plus belle des fêtes. Jusqu’à ce que mon alien chérie(e-s) m’avoue l’inavouable. Aussitôt nous nous séparâmes puis divorçames, ainsi va la vie.
La tête du curé et du maire, lorsque j’étais repassé devant eux avec la biquette ! Si le fait d’être divorcé avait posé un problème ? Diantre non, et ce serait sans compter sur l’ouverture de l’église qu’un nouveau pape avait sortie de l’obscurantisme.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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