Politique, cirque et élections

— Ton parti, c’est bien beau, mais c’est pas le tout, parce que si tu veux que les gens votent pour lui, faut qu’il soit connu, et si tu veux qu’il soit connu, faut faire de la réclame.
— Le Dubonnet, comment c’est qu’on en aurait bu si on y avait pas su que ça existait, et comment c’est qu’on aurait su que ça existait si on avait pas vu la réclame.
— Et comment on l’aurait vue, la réclame, si on avait pas pris la nationale 7. Ou le métro.
— D’toute façon, sans les congés payés, y’aurait pas eu de nationale 7.
—  Et sans le Front populaire, dans le cul les congés payés.

Fallait bien qu’on s’y attende, et sûr qu’on avait eu raison de dire que, finalement, les élections, ça attendrait, d’autant que c’était pas l’heure. Pas qu’il y eut pas péril en la demeure, genre feu qui couve, mais du moment que les pompiers étaient encore vaillants et la caserne encore debout, ça risquait pas tant.
C’est à l’enseigne Chez Dédé, qu’on l’avait fondé, notre parti, les gars et moi. Des sacrées fondations ! « Pierrot, président – Pierrot, président » ils avaient gueulé. Tu m’étonnes, avec les tournées que je leur offrais, pas de risque qu’ils en prennent un autre. Mes économies feraient de moi un bon président qui durerait bien autant que les meubles Lévitan. Bien l’bonjour, monsieur Lévitan.politique cirque elections
 Le Dédé ? Entre le bistrot et sa bourgeoise, dangereux, avaient pensé les gars, un coup à voir débarquer la ligue anti-alcoolique. Lucien ou Bébert auraient pu faire l’affaire, mais élire un mort qui aurait à voter à son tour, ça manquait de chrétienté. Pedro, l’ancien instit de Nœud-lès-Verges, aurait attiré les foudres des punaises de bénitier, tandis que les Jojo, Justin, Fred et autre Nénesse s’étaient avoué ne pas être à la hauteur de telles responsabilités. Ils accepteraient cependant d’être au conseil municipal, le temps de faire leurs armes pour le ministère qui leur échoirait le jour où notre parti remporterait haut la main les élections. Simone serait au Budget ; Germaine à l’Économie. Personne n’avait évoqué le nom de Fernand, desespérément con, et de surcroit, gendarme ; ni celui de Momo, plus assez Maghrébin, à notre goût, pour que ça emmouscaille à souhait nos rares petits nazillards locaux, dont le charcutier.

« venez tous les…tits z’enfants ce… oir …rade ……. du village. Ce soir, un specta… …noubliable avec le Grrrrand Cirque Oncemar, et son clown Rigolarrrrdo qui enchantera petits et grands … … la parade, … ménagerie. Bonzour les petits z’enfants, ce soir, à 21 heures, ne ratez pas le spectacle inoubliable du Grrrrrand cirque Oncemar, avec son clown Rigolarrrdoooo. »

C’est quoi, ce cirque ? avait râlé Dédé, on s’entend plus causer. Le cirque, j’avais répondu, en comprenant que, notre réclame, on la tenait. Entre la vieille guimbarde de Bébert que sa veuve nous prêterait –une C4 mise au rancart sous un tas de foin, en 39, pour cause de dissimulation à l’appétit ennemi–, le tracteur d’un des gars, les bestiaux d’un autre,  on t’en ferait une, de parade, que celle du cirque serait une douce rigolade. Ce que j’avais expliqué.

« Pas couillon, c’t’affaire, sauf qu’il nous faut un cornac, un clown, quèques athlètes, jongleurs, acrobates, plus un prestidigitateur, deux ou trois fauves et un mégaphone, t’as pensé à un mégaphone ? » avait objecté Dédé, au lieu de faire son boulot, genre remplir les godets.
Ça avait fusé de tous bords.

— Le cornac, je suis pas contre. Pour l’éléphant, ma jument fera l’affaire. Doit bien me rester 2 ou 3 mètres de tuyaux de chantier, du machin annelé en plastoc gris, nickel pour la trompe.
— M’est avis que la Berthe ferait mieux l’affaire. Ou pour un des fauves. Tu lui mets un slip léopard, et comme l’épilation c’est pas son truc…
— Un clown sans nez rouge, c’est pas un clown. T’en penses quoi, Dédé ?
— Dédé il a le pif cramoisi qu’il faut, mais j’le vois plutôt en prestidigitateur. Faut voir comme il te fait disparaître un godet rempli à ras bord et encore plus vite le bifton que tu poses sur le comptoir.

« Hola, les gars, allez-y mollo. La politique c’est quand même pas du cirque ! » avait interrompu Fernand. Ce ne pouvait être que lui, à ainsi gendarmer.
« Tiens donc, et depuis quand ? » on lui avait répondu.

Après, il avait fallu qu’on trouve un slogan, et avant ça, un nom pour notre parti. Pas une mince affaire. Je ne dirai pas par quelles circonvolutions de l’esprit on était passé, mais sûr que les neurones avaient frisé l’apoplexie. Par toutes les voix contre aucune on avait dit oui au nom qu’avait suggéré on ne sut jamais qui, comme quoi les miracles existent.
DUCONOT serait le nom de notre parti. Plutôt qu’un slogan imbécile, et s’inspirant du coup de génie du sieur Adolphe Jean Marie Mouron, avec son DUBO DUBON DUBONNET, on avait imaginé quelque chose qui ne laisserait personne indifférent et qui, marquant les esprits, s’y imprimerait à jamais, du moins le temps que les dits esprits nous donnent leurs voix : DUCO – DUCON – DUCONNOT. DUCONNOT, chacun l’aura compris, étant l’acronyme de Décideurs Unilatéraux Coopératifs (à) Obligations Narcissiques Niaises Obsolètes (et) Taiseuses, un truc comme ça ou pas loin.

Le temps des élections venu, parce que tout vient à temps, surtout ce qui change rien, on avait posé pour les photos officielles et les affiches, on avait paradé –éléphant et tout–, on avait fait la réclame, on avait été élus –honnêtement– puis on avait démissionné, par honnêteté. Bref, on avait fait le cirque. Un peu comme en politique, mais eux, ils sont mieux rodés.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Politique, cirque et élections

  1. Isabella Noel dit :

    Notre « petit âne » peut bénir les dieux d’avoir trouvé refuge à la GLNF, l’église catholique ayant refusé un prêtre, qui à le croire pourtant eût été une recrue de choix. Et sa propre mère n’avait pourtant pas ménagé sa peine, assurant la promotion d’un fils pour en faire un ténor qui victime d’un terrible excès de trac, elle dut se contenter d’en faire un écossais de choix… Car si 33 ans et 3 jours peuvent bien sonner pour une forme d’autosatisfaction, il est à se demander si en réalité le délais n’aurait pas été un peu long. Certains initiés diront que : « plus c’est long, plus c’est bon » !… Mais, un chef d’orchestre aussi talentueux que lui sait bien que certains silences ne doivent leur salut que d’être aussi de Mozart… Qui a dit qu’il affectionnait le piston à coulisse ? Allons, dirigeait-il un orchestre ou une fanfare municipale ?

    • Au bruit discret qui m’est parvenu aux oreilles, quelque chose a dû m’échapper. A moins que, ayant rendu mon tablier aux surréalistes, je ne sois plus en possession de mes modestes moyens.
      Sinon, j’adore ce commentaire, ce qui ne m’empêchera pas de l’apprécier plus encore si je comprends à quel texte il se rapporte.
      Quant au dénommé Mozart, qui est-ce ?

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