Un infernal cycle de vie

La meilleure idée que j’avais eue, dans ma dernière vie, ça avait été de souffler à ma mère qu’elle prenne un contraceptif. Mais tête en l’air comme j’étais, je n’avais pas pensé à lui en faire part au moment adéquat, et c’est d’emblée à côté de mes pompes que j’avais débarqué, menant une vie parsemée de tuiles où j’avais ramassé plus de tôles qu’un apprenti couvreur n’en ramasse. Avec ce sentiment d’être empégué dans le coaltar poisseux des plombiers-zingueurs. Une vie où, vu son immense intérêt, j’avais passé le plus clair de mon temps, s’il était dégagé, à  m’absenter.
 Les idées, en vue de changer le cours de ma vie, c’est pourtant pas ce qui m’avait manqué. Si les plus fumeuses étaient suivies d’effets, généralement rapides, les tiroirs où étaient rangées les rares lumineuses semblaient définitivement coincés, résultat d’une idée idiote qui m’avait amené à utiliser un bois plus sec qu’un coup de trique (garantie pour que les assemblages, tenons et mortaises, ne bougent pas), mettant de côté la latitude et la longitude de mon lieu de presque vie :  2° 30′ 01″ N – 53° 18′ 24″ W, c’est pour dire ! Lieu de vie que, faisant confiance à ma bonne étoile, j’avais choisi au pifomètre, sûrement pendant une période de rhume qui, une fois que j’eus rejoint mon nouveau lieu de résidence qui m’assurerait confort de vie et félicité, s’était mué en une sinusite amazonienne, les pires. Que de gentils Shuaras m’avaient proposé de me faire passer. Définitivement, suite à un contentieux à propos d’un certain trafic où mes commanditaires –un panel de DRH peu au fait des réalités– avaient confondu chasseurs de têtes (leur profession) et réducteurs de têtes (l’activité de travailleur indépendant de ces Shuaras), comme d’aucuns confondent confondre (déconcerter, stupéfier) et confondre (démasquer). Pas question de rendre mes émoluments, quelques jolis rubis que j’avais glissés dans ma poche revolver.
L’idée géniale de prendre mes jambes à mon coup, pour me sortir d’une situation qui ne tarderait pas à être fâcheuse, s’était avérée catastrophique, car bien évidemment casse-gueule : essayez. Déséquilibré, j’avais débaroulé, débagoulant de tout mon saoul un flot d’invectives trop longtemps contenues. Abasourdis, les Shuaras avaient fait volte-pile et s’étaient carapatés dare-dare. Ouf ! m’étais-je rassuré, avant d’entendre un énorme plouf qui m’avait amené à reconnaître l’action mouillante de l’eau, plus celle mordante des piranhas. Maman ! avais-je imploré, sans croire un instant qu’elle viendrait à ma rescousse, sachant qu’elle était morte en couche, Dieu est grand et miséricordieux.
On n’avait jamais su si j’étais mort noyé ou croqué.

Les limbes.
On y apprend vite que c’est un lieu sans mémoire. Sauf si on paie rubis sur l’ongle le droit d’accès à la médiathèque. Vivre ici sans mémoire, et parce que nous ne cessons de faire des allers-retours sur les vagues du temps, c’est ne rien savoir de ce qui nous attend. Comme une nouvelle vie où, vu son immense intérêt, on passerait le plus clair de son temps à  s’absenter : non merci.
Les piranhas m’ayant proprement déchiqueté, mes rubis, reçus en paiement de mes honnêtes services n’avaient pu que sombrer au fond du fleuve. Ce n’est qu’après de longues tractations et après signature d’un contrat (où il est stipulé que main basse sera faite sur mes rubis et autres biens, sans que j’aie le moindre recours) qu’enfin je peux franchir les portes de la médiathèque où, planté devant une carte de l’Afghanistan et brandissant la photo de ceux qui seront mes géniteurs –des Talibans–, un responsable m’apprend ce qui m’attend : je suis piégé.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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