Un trottoir, des chaises, des voisins

La bouffe, y’a plus que ça qui compte, quand le reste est en berne, en Suisse comme ailleurs. Et quand on voit les émissions de télé qu’on nous sert sur canapé, un qu’a trente ans d’âge et qu’on changerait bien si on avait eu la bonne idée d’aller foutre le bordel dans ces antichambres où des planqués qui se la jouent moralistes t’obligent à ouvrir ton tiroir caisse plus vide que leurs couilles de planqués pour te rafler le pognon qu’ils t’ont déjà pris la veille et qu’ils partagent avec leurs potes banquiers ou autres gredins… je parlais de quoi ? des trucs à la télé qu’on nous prend pour des demeurés, j’t’en foutrais, qu’on sait pas pour combien de temps une demeure on en a encore une, y’a qu’à voir en Espagne, en Grèce, et pas qu’en Grèce, partout où des salopiots s’engraissent sur le dos de pauvres types, qui risquent pas, ceux-là, de mourir d’une indigestion de homard ou des oeufs de je sais pas quoi, un poisson i paraît, que c’est tellement loin de ce que je connais que je risque pas d’en savoir le nom, un machin qui coûte la peau des fesses, que t’as intérêt à avoir un gros cul si tu veux en avoir une cuiller un jour. Moi, j’ai rien contre le pognon, pis pour avoir quelque chose contre quelque chose, comme le pognon, faut encore en connaître la couleur, je parle même pas de l’odeur, qu’à ce qu’i paraît ça en a une, d’odeur, y en a qui disent que ça cocote comme le poisson pourri. Moi, l’odeur, ça me gênerait pas plus que ça. Les pauvres, c’est pas la finesse de l’odorat qui les étouffe. Les poissons, pour le moment, c’est nous, qu’on est ferrés comme des carpes, des carpes à la juive il y en a qui disent, c’est que de la mauvaiseté, faut pas croire, ça court autant les rues que les gueuses qu’il faut bien qu’elles bouffent si elles veulent pas s’en coller une, de gueuse, un bout de corde, plouf, et adieu la misère. La bouffe, même quand y a pas grand chose, c’est déjà ça et toujours ça, mais quand y a moins que pas grand chose,  autant dire que c’est misère. Et c’est pas avec un bout de corde que tu vas te sustenter, faut pas croire.
 Plus ça crève la dalle, plus ça te creuse et plus on te fait de la bouffe spectacle, de la nourriture par contumace, ce serait comme du virtuel, mais en pire. Les trucs de cuistot, je veux bien, mais ce que ça mijote derrière tout ça, c’est quoi ? J’en sais pas trop rien, mais question cirque, ça se pose là et ça a rien à envier aux Romains. Et alors, je t’assure qu’avec ta boîte de fayots que t’a refilée une bonne conscience qui a peut-être les mêmes, mais avec des saucisses dedans, avec ta boîte que tu bouffes, froide comme une chambre froide, on connaît, avec le charbon ou le bois qu’on n’a pas, face à un vieux miroir piqueté décati dans un chez toi que tu appelles ton chez toi mais qui n’est pas à toi, je t’assure que tu te sens con, très con, comme les misérables loquedus que tu croises dans les machins de bienfaisance. C’est bat, la bienfaisance, ça fait de mal à personne, surtout à celui qui la fait, la bienfaisance.
La télé, noir et blanc, surtout noir, qu’au bout d’un rien de temps y’a un truc qui doit déconner, ou alors c’est la cheminée qui refoule, mais ça m’étonnerait et c’est pas le feu que j’y fais qui fabrique de la suie. Bon, la suie, elle sait aussi venir d’ailleurs, garanti.
 Alors ils nous font quoi, ce soir, les chefs cuistots, comme recette, qu’il y a même plus de risque que ça te fasse baver. Ce serait moi, la télé espagnole, je te ferai un truc du genre Bouse de taureau royale, pas les bourses, c’est pour les nantis, ou un nom pareil, c’est l’idée qui compte. Tu prends une cuvette, une éponge, une pelle à poussière ou à charbon, celle que tu as elle fait les deux, et même plus, à part la pelle à tarte, que ça risque pas. Tu te faufiles dans l’arène, un jour de corrida. Au premier olé de la mise à mort de la bête, tu plonges l’éponge dans le sang, tu ramasses les bouses que la peur terrifiante ça lui a fait lâcher, à la bête, tu essores l’éponge sur la bouse, et t’as plus qu’à laisser cuire au feu doux du soleil andaloux. Remarque, si pour l’Andalousie ça fait cher le voyage, les Asturies ça peut faire, ou même ailleurs, si c’est l’Espagne. Chez nous, ce qui se prêterait le mieux, c’est des recettes comme le poulet aux amendes, pas compliqué à te l’offrir. La télé, le jour où ils donneront la recette du gratin de banquier aux pruneaux, je dis pas que je ferai pas un cambriolage pour aller au resto où ils y font. Ou la ratatouille de couilles de fripouilles, c’est peut-être pas tant goûteux, mais par les temps qui courent, on pourrait bien y priser autant que des cuisses de grenouille, de la tête de veau ravigote ou du navarrin d’agneau, des noms de mets qui me reviennent, comme ça, que je savais plus que ça avait même existé.
 Plein de choses, comme ça, qui ont disparu de ma case aux souvenirs. Tiens, comme celle-là, à la saint Sylvestre, qu’on allair déposer une bouteille de vin bouché aux pieds de l’agent de la circulation, qui faisait aussi gardien de la paix, garanti, c’est pas circulez qu’il disait, mais c’est si vous en avez d’autres, c’est pas de refus. Faut dire qu’à l’époque, la télé réalité, c’était ça, et les recettes, c’était bonjour m’sieurs dames, à ce soir avec les chaises, hein ! Les chaises, c’était pour se poser les fesses, un canapé en quelque sorte. On parlait, même si on disait pas grand chose, on envoyait les gamins se coucher, qu’à leur âge, ça a juste besoin de dormir comme il faut plus un peu d’ennui pour porter le sommeil qui porte les rêves qui fabriquent un monde avec des rêves, que celui d’aujourd’hui c’en est un avec des cauchemars. Sinon, pour manger, c’était patates, nouilles, patates, nouilles et un dimanche sur pas mal, un poulet si on avait le pot de pouvoir s’en acheter un, qu’aujourd’hui, si ça continue, faudra bientôt en choper un avec le pare choc, à condition d’avoir une bagnole, de plus en plus rares les bagnoles, remplacées par les autos puis par les tires, jusqu’à aujourd’hui où on dit plus que voiture, ça veut dire quoi ? Les réclames, c’est pareil, c’est fini, les publicités ont pris le pouvoir, je veux dire que les banquiers et leurs sous-fifres, ils leur ont donné le pouvoir. Le pouvoir, c’est une drôle de cuisine. De la cuisine moderne. Alors ça doit être pour ça que ça arrête pas de causer cuisine dans le poste.
Germaine, je lui ai demandé de me couper un bout de lard. Me reste un quignon, ça fera bien jusqu’à la prochaine. La télé s’est mise à broyer du noir. Je te lui ai foutu une avoinée qu’elle en a balbutié deux trois éclairs avant de te nous faire un de ces pets que j’ai cru m’être laissé aller. La vieillerie. Je l’ai balancée par delà la fenêtre. Ni corde ni gueuse. Elle s’est défaite par en bas dans la bouillasse, toute démantibulée. Puis elle s’est enfoncée avant de disparaître. Prends ta chaise, j’ai dit à Germaine, je prends la mienne.
On est descendus. En bas sur le trottoir, y’avait les voisins. Ça nous change, ils ont dit, quand je leur ai demandé pourquoi ils étaient là. Y’a pas que le temps qui fait, pour embrayer.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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