Stars en cuisine 2013 à Sainte-Maxime – suite sans faim

Stars en cuisine Ste-Maxime - Jean Michel Thibaux et Pierre CJ Vaissière

De gauche à droite : Jean-Michel Thibaux, Pierre CJ Vaissière, Charlotte Valandrey, Yves Thuriès

Cet article est la suite de celui-ci

16h00 HT : pas de Jean-Michel. Rien encore de bien alarmant. Je téléphone à l’horloge parlante pour vérifier que ma toquante est à l’heure. Votre montre est calée, me dit-elle d’une voix sèche et métallique, qu’elle excuse du bout des lèvres sous le prétexte que c’est la cinquième personne qui la trarabuste pour la même raison, un timing à géométrie variable lors d’un concours de cuisine, Tsars en cuisine ou un truc comme ça. Stars en cuisine, ai-je à peine le temps de rectifier pendant qu’elle raccroche. Ça émarge à combien, une horloge parlante ? Et qui paie ? 

16h01. J’ai l’air pressé, je vous l’accorde, mais lorsqu’on sait que quelques malheureuses secondes suffisent pour que bascule une vie, on voit à quel point la vie a peu de poids, et certainement moins que le sommeil profond qui a cloué sous sa couette notre pêcheur d’opérette. Qui devra expier, parole d’évangile ! Ah, ce que l’énervement fait dire…

16h15. Toujours rien à l’horizon. J’attends, d’un pied de moins en moins ferme sous la houle vitupérante et les quasi sarcasmes houleux du jury qui me secouerait volontiers les prunes si le mets que nous sommes censés lui présenter en comportait. Le réchauffé, c’est du réchauffé, et alors ? me dis-je, philosophe, prenant cette attitude de superbe béhachèliernne qui me vaut, d’ordinaire, assentiments et félicitations. Sauf qu’il s’agit de tortore, et que la tortore, ça supporte mieux le gras qui gouleye que la sécheresse ou le surplus d’hygrométrie d’un four dont le thermostat et les autres réglages me sont aussi familiers que me l’est un xénarthre  : ça va l’être, le four ! Le fourmilier ? C’est juste pour allitérer ou pas loin, histoire de détendre l’atmosphère. 

Où diable a bien pu passer mon convoyeur de poiscaille ? En quelle hostile contrée s’est-il fourvoyé ?En quel étrange ballet de véhicules tonitruants est-il perdu ? L’habitacle de sa guimbarde est-il seulement empli des effluves iodées que dégagent ces bêtes barbillonnées ?

16h20. Je fais virer une somme conséquente sur le compte que possède l’horloge parlante, en Suisse. Un coup de fil à Zurich me confirme que le compte a bien été approvisionné. À trois coudées du jury, qui me regarde avec mauvaiseté en me signifiant que l’heure va être dépassée, que la ligne rouge est sur le point d’être franchie et que les carottes ne vont pas tarder à être cuites (ce qui prouve que ses dignes membres n’ont pas suivi, sans doute conséquence d’une sieste ratée), l’air de rien, je téléphone à l’horloge parlante, qu’elle ait la bonté d’égrèner les secondes qui font les minutes, qui font les heures, qui font les jours, les ans et les rides. J’ai pris soin de pousser à fond le volume du bigophone. Au 1e top, le seul, prévient l’horloge (sans doute par mesure d’économie), il sera exactement 15h20. Top, fait-elle. Et alors on dit quoi ? déclarè-je en toisant le jury, sans grand mal puisqu’il est assis. J’ai gagné une heure. Inutile d’afficher un air victorieux : j’ai remporté une bataille –à quel prix !–, pas la victoire. Mais difficile de masquer la satisfaction que me procure la vue des jurés bien obligés de mettre à l’heure juste leurs montres plus la pendule officielle du concours. Imités en cela par la foule des spectateurs qui, pour nombre d’entre eux, font amende honorable pour la mauvaise humeur qu’ils n’avaient pu ou voulu contenir. 

15h25. Place, place ! entends-je crier mon pourvoyeur qui ahane comme ces pauvres équidés aux longues oreilles qu’on charge au-delà du poids total autorisé. C’est quoi, ce monstre ? je lui demande en découvrant ce que je sais être un chelidonichthys lucerna, autrement dit une galinette. Un sous-marin encore bien vivant de 50cm de long et 4kg. Il grogne comme un cochon qui vient de repérer le couteau effilé de son maître et saigneur, un bourreau de travail qui l’exécutera sans faillir. Dix minutes plus tard, une dizaine de beaux filets taillés dans la masse rejoignent le four où les attendent, pour les griller en deux temps trois mouvements, de puissantes résistances qui les rendront goûteux au point que nulle papille n’en fera (de résistance).

15h38. Nos rougets sont un poil pâlichons. Qu’à cela ne tienne : un coup de barbouille à l’éosine a vite fait de les vitaminer. Les flakes ont perdu de leur superbe ; les canisses de poireaux ont mal résisté au tellurisme des divers transbordements ; les bonnets phrygiens de fenouil ont pris un coup de chaud ; “Allons enfants de la patrie”* que nous avons mis tant de temps à écrire avec nos jolies petites pâtes bleues, blanches et rouges est devenue, par je ne sais quelle transmutation, une phrase d’un hermétisme à déboussoler tout crack du chiffre ; le nœud des algues tombe à plat ; les feuilles d’endive qui devaient servir de cuiller à sauce se sont volatilisées, rejoignant sans doute, du côté de Lille, un espace aérien qui leur soit plus familier ; les rondelles de citron confit sont un rien déconfites, deux d’entre elles n’ont pas reçu leur coiffe de gelée de citron… mais tout y est. Y’a plus qu’à finir de dresser la marchandise. Ce que nous faisons avec cette élégance et cette célérité dont nous sommes coutumiers. Le résultat est (un peu) de guingois, mais en penchant l’assiette de quelques bons degrés, ça ressemble quand même à quelque chose et, vu de loin, c’est honnête, surtout là où l’éclairage est avare en lumens. Crotte de bique ! m’écriè-je à brûle-pourpoint, on a oublié les filets de couleur sur le rebord des assiettes, le rouge et le bleu.  Allons-y fissa. Les seringues font blurp, c’est bourré de grumeaux, les tracés sont hasardeux et discontinus : c’est moche. Mais ça devient presque beau lorsque j’évoque le 14 juillet, les zincs de la Patrouille de France, les sillages pommelés bleu blanc rouge. Et zou ! Allons z’enfants de la Patrie, und so weiter.

stars en cuisine Sainte Maxime - octobre 2013 - le jury

Le jury, découvrant ce qu’on vient de lui servir : un mets de cuisine quantique, autrement plus goûteux et moderne que ce que propose la cuisine molléculaire, mais cependant plus difficile à saisir dans l’assiette si on use de couverts dont  conception et fabrication font appel à la seule mécanique newtonienne. Du plus dubitatif au moins (en l’occurrence une femme, à qui on ne la fait pas), on peut reconnaître qui on connaît.

Gott mit uns, me dis-je en VO alors que nous fonçons, une première assiette en main, sur notre cible, la table des jurés dont certains, à voir leurs mines aussi épanouies que celles riantes des bassins houillers des années 50, ont dû se jurer qu’on ne les y reprendrait plus. Et prions pour que, afin de tromper l’attente, chacun se soit généreusement humecté le corgnolon. C’est que, mine de rien, comme on dit à Montceau les Mines depuis qu’elles ont disparu du paysage, on n’est pas là que pour rigoler, comme le souligne d’un trait d’humour François ROBOTH, l’animateur en chef, qui n’en rate pas une, contrairement à d’autres au palmarès éloquent : le pêcheur au gros et moi-même. Courageux, les jurés, même s’ils n’ont parfois goûté que du bout des lèvres les mets des uns et des autres, ce qui se comprend. Téméraires ? Peut-être si on fait référence à la phalange qu’un adroit coup de pied a expédié en douce au panier ; à un légume qui, se prenant pour un gardon, s’est jeté hors de son assiette avant d’y retourner promptement, comme un voleur ; aux copeaux de chocolat, montés sur ressorts, plongeant dans un beurre de tomates qui, éclaboussures obligent, a tavelé d’un vilain rouge le beau nappage ainsi défiguré ; et autres maladresses qu’un oeil averti qui en vaut deux a relevées, mais que les lèvres ont préféré taire. Afin que nulle star en cuisine n’ait à numéroter ses abattis si les lièvres sont levés, ne restera plus qu’à procéder à la destruction des preuves. Intérêt du numérique, un copain hacker aura à cœur de s’en charger, ce qui évitera d’attendre un hypothétique et violent orage magnétique. Libérés de l’entrave de nos fourneaux, nous sirotons la énième coupe de Champagne de notre séjour maximois, tandis que le jury délibère.

Stars en cuisine Ste-Maxime 2013 - concurrents, jury, chefs, organisateurs

On reconnaît, ou pas (s’ils avaient mieux à faire en cet instant précis) et entre autres : Michel Hebreard, une dame dont j’ai perdu le nom dans la cohue -désolé !-, Jean Michel Thibaux, Danièle Evenou, Robert Monetti, Charlotte Valandrey, Dany Lambotin, Philippe Grimbert et sa (très) souriante épouse, Max Callégari,Stéphane Raimbault, Yves Thuriès, Guy Legay, Thierry Tiercelin, Gui Gedda, un chef (beau moustachu) dont le patronyme m’a hélas échappé, Bernard Bezzina et enfin François Roboth, le talentueux animateur à l’humour plus décapant qu’un décape-four, malgré sa composition 100% bio. Et l’auteur de ces lignes ? vous ois-je vous questionner, où c’est qu’il est ? vous demandez-vous sans vous rendre compte de la lourde faute que vous venez de commettre. Excès d’humilité vaut orgueil, je sais, mais on est pipol ou pas. Vaissière, comme dirait, parlant de lui, Léon Aladin, acteur célèbre qui vante les binocles d’un certain lunettier, est le 4e en partant de la gauche.

Dîner de gala. Un de plus, en quelque sorte. Car chaque repas de chaque jour nous voit être reçus autour d’excellentes tables, avec d’excellents convives, je ne peux dire le contraire, en étant. D’abord une coupette, entrée en matière pour la remise des coupes par un staff débonnaire, dans une ambiance où le sérieux n’est pas de mise, même si… Même si les productions culinaires, elles, ont été réalisées avec sérieux et application dans ce qui a parfois ressemblé à un joyeux petit bordel.

Le résutat de la compétition ? Quelle compétition ? 

À titre personnel, je remercie, dans l’ordre où ma mémoire veut bien restituer les noms, fonctions ou autres attributs : Oeuvrant partout à la fois, Gui GEDDA (le Pape de la cuisine provençale, rang nettement plus élevé –concernant les nourritures terrestres– que celui de Pape de la cuisine vaticane) ; Michel HEBREARD et son énergie tranquille apaisante ; les méchants gentils  membres conciliants du jury ; les chefs de toute taille et de tout gabarit qui, placides ou survoltés, mais toujours attentifs, ont virevolté en cuisine pour nous prêter main forte (y compris celui qui m’a marché sur le pied au moment où, casserole pleine à ras bord d’un produit aqueux bouillonnant dans lequel gisaient six encornets des jardins –en substance les fenouils–, j’allais le vider dans le vaste évier d’inox rutilant), etc. Sans oublier mon digne et courageux coéquipier sans lequel nous aurions été obligés d’ouvrir une boîte de sardines, bestiaux qu’un bain prolongé dans l’huile transmue en une pâtée quasiment oléifère qui aurait interdit tout maquillage efficace à l’éosine, composé aqueux comme nul ne l’ignore. « Des rougets, ça ? Vous vous foutez de qui ? » auraient persiflé en chœur les éminents membres du jury avant de se siffler une coupe de Champagne pour oublier l’affront.

* À l’origine, ce Stars en cuisine 2013 était orienté littérature, auteurs, écrivains. Thème que nous avons suivi avec notre recette de Rougets de l’île à la Marseillaise.

Stars en cuisine Ste-Maxime - Thibaux et Vaissière aux fourneaux

Quelques chefs., de gauche à droite : Thierry Thiercelin, de dos, en conversation avec une admiratrice (de qui ? on ne sait) ; Stéphane Raimbault, sérieux comme un pape, en raconte une bien bonne à Pierre Vaissière ; Yves Thuries, se réjouissant par avance du tour de cochon qu’il va jouer avec des copeaux de chocolat sauteurs.

Stars en cuisine Ste-Maxime 2013 - Charlotte Valendrey

Ploum ploum ploum ploum… François Roboth, au micro, à raison de 80 ploum à la minute, donne le rythme pour que les coeurs en chocolat alignent leurs pulsions d’amour sur cette fréquence idéale. Gui Gedda, montre en sautoir autour du cou, vérifie discrètement le bon déroulement des opérations. Bistouri en main, Charlotte Valandrey ouvre la voie du coeur pour assurer la meilleure circulation possible des beaux et doux sentiments. Yves Thurès contrôle souplesse et solidité des organes avant leur expédition là où on en a besoin, donc partout.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Stars en cuisine 2013 à Sainte-Maxime – suite sans faim

  1. Ellis Mayol dit :

    Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous. Bonne journée à tout le monde ! Fabienne Huillet neonmag.fr

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