Schizophrène

Il y a deux types de schizophrènes : les grands, que ça ne gêne pas de mesurer plus de 1,85m, et les autres, les plus dangereux, à cause qu’on ne les voit pas venir, même si on mesure à juste titre (si on n’est pas grand) qu’on n’est pas plus grand qu’eux, et des fois pire. C’est en tout cas ce que les gens croient. Moi, je dis que c’est des conneries.
Les schizophrènes, je sais ce que c’est. Il y en a de deux sortes : les verticaux et les horizontaux, les moins dangereux, à cause de leur mobilité réduite qui limite leurs faits et gestes. Les verticaux on les reconnait facilement à cause qu’ils ressemblent un peu à monsieur tout le monde, sauf si c’est des femmes, en moins gros, c’est normal puisqu’ils sont coupés en deux de haut en bas. Les horizontaux, ça n’est pas compliqué à voir qu’ils le sont, déjà parce qu’ils ne ressemblent pas aux verticaux, et ensuite parce qu’ils se baladent toujours en fauteuil roulant ou sur une planche à roulettes, un fer à repasser dans chaque main, du moins en ce qui concerne les shizophrènes horizontaux du haut qui ont une tête, un tronc et des bras. Ceux du bas ne vivent pas assez longtemps, raison pour laquelle on en voit qu’exceptionnellement, et ça n’est pas plus mal pour les enfants à qui ça pourrait faire peur.
Y’a des docteurs qui affirment que chacun a son schizophrène tout comme chaque nazi avait son juif. Je ne sais pas si c’est vrai pour tout le monde, mais en tout cas c’est vrai pour les schizophrènes verticaux et même pour des gens normaux comme moi qui suis normal, même si des fois j’entends dire de moi, en catimini, que je ne suis pas quelqu’un d’ordinaire.
Mon schizophrène à moi, c’est sur Internet que j’ai su qu’il existait. Un jour où je tapais mon nom, je ne sais plus si c’était en guise de représailles ou tout bonnement pour le mater, afin qu’on ne dise pas de moi que je cherche à briller.
Pierre Vaissiére, je tape. Avec un accent sur le troisième E en partant de la fin, qu’on a beau dire qu’elle justifie les moyens, je suis d’accord si on a une éthique à la va comme je te pousse et si il y aurait à redire question moralité.
Grave l’accent, pas aigu comme je l’ai tapé, un coup à se blesser, que le clavier, il n’a pas besoin de ça, qu’il est déjà bien suffisament sale.

Je retape en faisant gaffe, sans la laisser traîner comme un jour où mon pull s’était pris dedans, un coup à démailler le tricot et à prendre froid. Pierre Vaissière. Google, y’a pas mieux pour voir qu’on existe. Tu tapes ton nom là où il faut, tu ramènes le chariot de la machine à fond sur ta gauche, et hop, tu apparais. Si tu existes. D’où l’importance de ne pas faire de faute d’orthographe dans ton nom. Le plus fort, c’est que même si tu es mort et que tu tapes ton nom, ça te répond que tu existes quand même.
Bref, c’est comme ça que j’ai vu un Pierre Vaissière s’afficher, que je ne connaissais pas.
Merde, jai pensé, on m’a volé mon identité, avant de me rendre compte que non : mes papiers étaient sagement rangés dans mon protefeuille.
Je suis allé voir de plus près. Y’avait sa photo. Un gars, je ne veux pas dire que j’aurais dit mon jumeau, mais quelqu’un d’autre qui n’est pas moi aurait pu le dire. J’ai l’air gauche et le suis, le contraire de lui, fier de lui et droit comme un i. Comme je le découvre quelques lignes plus bas, il milite à droite, tandis que je limite à gauche. J’ai l’œil terne –quoique humide– et triste d’un chien battu coupable de l’être, tandis que le sien est vif et clair comme celui d’un aigle impérial. Il a l’air hautain de ceux qui le sont, j’ai l’air chafouin du pleutre toujours prêt à faire un sale coup. C’est insupportable. D’emblée je le déteste. Il va payer.

schizophrene

J’ai déposé plainte pour usurpation d’identité. La justice est schizophrène : il y a la justice des riches et celle des pauvres, celle qui m’a jugé apte à être enfermé chez les fous.

Je me suis évadé. Rendu chez lui, je l’ai tué. Le grand miroir du hall d’entrée a éclaté en mille morceaux. Je n’aime pas le gâchis, j’en ai été sincèrement désolé. Encore heureux que je ne sois pas superstitieux.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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