Voie du milieu sur la RN provisoirement 03247728

RN 03247728.
Ici, on numérote les routes en fonction du nombre de véhicules qui passent au point P.
RN 03247745. 17 véhicules sont passés depuis.
Emprunter cette route est incontournable pour qui veut se rendre du point A au point A’, ce que je fais une fois l’an, à l’occasion du Jour de l’An, comme la plupart des gens d’ici.
Se rendre sur cette nationale 032477.. (je n’ai pas consulté le compteur depuis les trois dernières lignes) peut sembler ne pas poser de problème quant à l’itinéraire à emprunter pour la rejoindre, mais comme un grand vide silencieux sépare les jours, la mémoire s’y perd. D’où l’idée qui germa dans la tête du fonctionnaire –le seul qu’il y ait ici– d’inventer un système d’aide à la navigation.
On me dit que ce n’est pas possible qu’il n’y ait qu’un jour séparé par rien ; je rétorque que si, puisque c’est ici la réalité, et il n’y a pas à revenir là dessus.
Aujourd’hui, c’est le jour de l’an, et comme chaque jour de l’an je vais prendre la susdite RN.
La réglementation en vigueur veut que nous ne nous déplacions pas sans : 1. une couverture de survie par personne (précision idiote et inutile, chaque véhicule ne transportant qu’un seul et unique passager, généralement le conducteur) ; 2. une lampe torche, les WC étant mal éclairés à cause des grèves disposées de part et d’autre de la route, et n’étant pas toujours bien fournis en papier toilette, dénomination stupide pour qui a déjà essayé, ne serait-ce qu’une seule fois, de se débarbouiller avec un tel papier ; 3. un canevas avec scène de chasse, sage précaution quand on sait que l’eau peut être coupée à tout moment à cause d’un froid toujours possible entre les instances du pouvoir et celles de la RN, comme cela s’était produit l’année d’avant pendant la période de l’Avant où le gel mordant avait fait exploser les canalisations ; 4. un annuaire téléphonique pour s’occuper le temps que saute le bouchon de la fin du jour de l’an où le flux de circulation est si tendu que, s’il se rompait à l’instar d’un élastique trop tendu (rupture d’autant plus envisageable que le froid cuit les élastiques qui perdent de leur élasticité), nul doute qu’il y aurait des dégâts et que, sans l’annuaire téléphonique, qui saurait composer le 666, le numéro des services d’urgence et dévacuation lorsque les WC sont bouchés à cause du gel et de la mauvaise alimentation ; 5. une fiole ou fiolon de gnôle du pays voisin, tout alambic ayant depuis longtemps disparu ici suite à une réglementation alambiquée, au cas où on devrait passer l’hiver sur place si personne n’a réussi à faire sauter le bouchon. 6 . plus d’autres objets d’hiver en bon état, donc non avariés s’il s’agit de nourriture, et autres bricoles généralement utiles à toute survie, mais si nombreuses qu’on en aura oublié plus de la moitié, bien évidemment celle qui nous manquera au moment venu, le mauvais, où chacun râle en s’écriant que c’est pas le moment.


Je m’installe à la barre, et c’est parti.
Je règle le navigateur sur RN 03248000, en espérant n’avoir été ni pessimiste, ni optimiste, moins par souci d’arriver à destination que de me faire mener en bateau par des neurones fantaisistes. J’espère toutefois ne pas me tromper. Je sais les risques limités, vu le peu de RN que comporte la contrée, mais on ne sait jamais : quelqu’un aurait très bien pu tracer une nouvelle route sans le signaler aux services concernés et autres usagers de la RN. Il aurait aussi pu en tracer une toute nouvelle en en interdisant l’usage par la pose de béances invisibles mais profondes dont il serait le seul à connaître longitude, latitude, altitude et profondeur, secret que de bonnes gardiennes telles des oies (volatiles connus pour être jaloux) se feraient un plaisir de garder, ne serait-ce que pour échapper au gavage et, par conséquent, à une demeure en grès.

Bouchon ! Le contraire m’aurait étonné. Quelques imbéciles sortent de leur engin, espérant être les premiers à le rafler, sans penser que les joueurs ne se disputent qu’un seul bouchon, et sans même se rendre compte que la distribution des cartes n’a pas encore eu lieu et qu’elle n’aura pas lieu, car on n’est pas là pour jouer, mais pour rouler. A condition que saute le bouchon.
Les enfants, qui ont largement le temps de suivre à pied et ne peuvent, de toute façon, monter à bord des véhicules, jouent à saute mouton pour se réchauffer et se rapprocher du jour de l’an et du point P. C’est mal parti pour moi. À quelle heure vais-je arriver ? me demandè-je, ayant un instant très bref oublié qu’ici on arrive toujours à la même heure. D’heure, il n’y en a qu’une, égale, étale, toujours la même. Une heure sans secondes ni minutes complémentaires qui, ajoutées les unes aux autres finiraient par fabriquer une nouvelle heure, et pourquoi pas des jours. Une seule heure, et la même pour tout le monde. Raison pour laquelle, à moins d’être le fonctionnaire, personne ne porte de montre. Une montre servirait à quoi si on n’est pas le fonctionnaire ? Lui, ça se comprend, et personne ne remet en question cette histoire d’attributs du pouvoir, depuis que tout le monde a compris que le fonctionnaire, c’est bien le seul attribut qu’il possède. Et qu’il arbore avec une fierté teinte d’indifférence, mais personne n’est dupe.
Quand vais-je arriver ? Réitérè-je mon inquiète question. Bougre d’âne ! réagis-je en me presque morigénant, as-tu oublié qu’ici, arriver n’a aucun sens ? Pas plus que n’a de sens la circulation sur cette RN 03254231 qui n’a qu’une voie, une seule voie, ni une de gauche, ni une de droite, et certainement pas une du milieu. 

Je descends de mon engin qui commence à s’effacer sous la neige et à sombrer dans l’océan des WC qui débordent.
Les moutons jouent à saute gamin sur la berge. Je cours les rejoindre à tire-d’aile.

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Une réunion porteuse du Conseil de Sécurité

On avait une réunion, avec les voisins et avec la famille, c’est les mêmes, je n’y peux rien, pourtant je leur avais dit d’aller voir ailleurs si j’y étais, mais ils étaient pas ailleurs, puisqu’ils habitaient déjà le hachélème où c’est que je venais d’emménager avec Trounichon, l’épouse, que c’est comme ça que je l’appelle à cause que les copains c’est comme ça qu’ils l’appellent quand ils la sifflent pas. Hé, Trounichon, qu’il lui disent, on se fait une partie de bouchon ? Le bouchon, c’est drôlement marrant, même si moi je trouve ça pas aussi marrant que les potes ils trouvent.
La réunion c’était pas rien que pour le plaisir de s’engueuler ou de pugiler, même si on y pensait ferme, comme disent les charpentiers, mais c’était pour décider quelle décision on prendrait à cause de nouveaux arrivants qui se prenaient on sait pas pour qui, même si leur nom on l’avait vu sur leur boîte aux lettres. Un nom écrit en doré, avec le prénom pareil, Gustave je sais plus quoi d’autre qui commence par un G, qu’on avait vite fait de dire Gégé, faudrait avoir été con pour pas y penser,encore que… Quand on se réunit les voisins, la famille et les potes, on habite tous pareil, Lulu, que c’est pas le dernier des cons, même qu’il a le certif, c’est ce qu’il prétend, et comme c’est pas le dernier des cons, c’est p’têt vrai, Lulu, il appelle ça le Conseil de Sécurité. À cause, c’est lui qui le dit aussi, que toutes les merdes qu’on a dans l’hachélème, c’est à cause de la sécurité qu’on a pas. Lui, comme il parle bien, pour preuve faut voir comme il cause, il dit insécurité, mais c’est pareil. Les nouveaux, c’est pas que j’ai quèque chose contre eux, ou du pas grand chose, mais faut voir ça, et quand on voit ça, on a tout dit. Bref, on peut pas les saquer. Ce qui nous a pas empêché de leur dire de venir à la réunion, on est en démocratie oui ou non, qu’ils viennent défendre leur biftèque.
Il a démarré fort, Lulu.  C’est quoi vot’ problème, qu’il leur a dit. La gueule des nouveaux ! Faut dire que, qu’ils soient nouveaux ou pas, leur gueule, c’est pas rien, qu’on dirait des Maghrébins, mais c’est pas sûr, en plus foncé et avec des yeux de Chinetoques, qu’on se demande d’où c’est qu’ils viennent, que ça serait des rizières que ça serait pas étonnant, à cause du riz qu’à trop en bouffer, paraîtrait que ça constipe méchant. Bref, des tronches de constipés.
Le Conseil de Sécurité, votre machin, qu’ils ont dit, les Gégé, on veut y être. Ben tiens ! et puis quoi ? il leur a dit Lulu. À cause que, c’est pas pour vous vexer, mais on peut pas dire qu’on se sent en sécurité ici, ils ont encore dit, les nouveaux. On nous traite, faut voir comme, ils ont continué, et quand ceux du bloc B ils nous balancent des vannes en les ouvrant qu’on se prend des seaux de merde sur la tronche, y’en a pas un de vous qui se bouge le cul. Vouais, mais faudrait quand même pas nous prendre pour l’ONU, on a répondu aux Gégé. Qu’en plus, si on gueule et qu’on leur rentre dans le chou, le bloc C va s’y mettre et comme ils peuvent pas nous piffer.
Bon c’est quoi qu’on décide, a demandé Trounichon. Le plus simple, ça serait-i pas que les Gégé ils fassent partie du Conseil ? Moi je serais pas contre, et comme ça ils se démerderaient avec les autres blocs. Ça leur collerait des responsabilités, et ils verraient…
On leur a demandé de ramener un lot de bouteilles de par chez eux et on en a profité pour voter, la famille et les voisins, les mêmes, quoi. Le bloc A, c’est notre territoire, et si c’est déjà arrivé qu’on ouvre les frontières d’un des F3 pour qu’un nouveau s’installe, ça a jamais été une œuvre de charité. Jamais on a donné le visa en dessous de 13 degrés, du bouché, une caisse de six. Par tête de pipe.
On a fait semblant de se chamailler avant de voter pour, pas tant qu’on avait bien envie de les avoir sur le dos, mais parce que le Gégé, on savait qu’il bossait dans le pinard.
Vous êtes admis au Conseil de Sécurité, leur a dit solennellement Lulu. Lulu, quand il s’y met, on dirait un président, en mieux, faut dire que c’est pas bien difficile.
Tout bien réfléchi, ont dit les Gégé en chœur, on en a rien à foutre de votre Conseil à la con, mais on s’installe et on vous emmerde.

Dire quoi et faire quoi ? On a ouvert quèques bouteilles, on a trinqué, on a bu. Pour se mettre bien avec les Gégé, parce qu’après tout va savoir s’ils venaient pas de Tataouine, Lulu a fait un tir groupé de rots. Puis ils sont retournés dans leur F3.
Faites les nouilles, j’ai dit à Trounichon et à la bourgeoise au Lulu, que ça vous va si bien, a rajouté Lulu qui en manque pas une. On a allumé la télé.
« L’Arabie saoudite a refusé vendredi d’entrer au Conseil de sécurité de l’ONU, une décision sans précédent visant à protester contre “l’impuissance” de cette instance, en particulier face au drame syrien. »
Quels cons ces Arabes ! a dit Lulu. Ils veulent quoi, au juste ?

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Stars en cuisine 2013 à Sainte-Maxime – suite sans faim

Stars en cuisine Ste-Maxime - Jean Michel Thibaux et Pierre CJ Vaissière

De gauche à droite : Jean-Michel Thibaux, Pierre CJ Vaissière, Charlotte Valandrey, Yves Thuriès

Cet article est la suite de celui-ci

16h00 HT : pas de Jean-Michel. Rien encore de bien alarmant. Je téléphone à l’horloge parlante pour vérifier que ma toquante est à l’heure. Votre montre est calée, me dit-elle d’une voix sèche et métallique, qu’elle excuse du bout des lèvres sous le prétexte que c’est la cinquième personne qui la trarabuste pour la même raison, un timing à géométrie variable lors d’un concours de cuisine, Tsars en cuisine ou un truc comme ça. Stars en cuisine, ai-je à peine le temps de rectifier pendant qu’elle raccroche. Ça émarge à combien, une horloge parlante ? Et qui paie ? 

16h01. J’ai l’air pressé, je vous l’accorde, mais lorsqu’on sait que quelques malheureuses secondes suffisent pour que bascule une vie, on voit à quel point la vie a peu de poids, et certainement moins que le sommeil profond qui a cloué sous sa couette notre pêcheur d’opérette. Qui devra expier, parole d’évangile ! Ah, ce que l’énervement fait dire…

16h15. Toujours rien à l’horizon. J’attends, d’un pied de moins en moins ferme sous la houle vitupérante et les quasi sarcasmes houleux du jury qui me secouerait volontiers les prunes si le mets que nous sommes censés lui présenter en comportait. Le réchauffé, c’est du réchauffé, et alors ? me dis-je, philosophe, prenant cette attitude de superbe béhachèliernne qui me vaut, d’ordinaire, assentiments et félicitations. Sauf qu’il s’agit de tortore, et que la tortore, ça supporte mieux le gras qui gouleye que la sécheresse ou le surplus d’hygrométrie d’un four dont le thermostat et les autres réglages me sont aussi familiers que me l’est un xénarthre  : ça va l’être, le four ! Le fourmilier ? C’est juste pour allitérer ou pas loin, histoire de détendre l’atmosphère. 

Où diable a bien pu passer mon convoyeur de poiscaille ? En quelle hostile contrée s’est-il fourvoyé ?En quel étrange ballet de véhicules tonitruants est-il perdu ? L’habitacle de sa guimbarde est-il seulement empli des effluves iodées que dégagent ces bêtes barbillonnées ?

16h20. Je fais virer une somme conséquente sur le compte que possède l’horloge parlante, en Suisse. Un coup de fil à Zurich me confirme que le compte a bien été approvisionné. À trois coudées du jury, qui me regarde avec mauvaiseté en me signifiant que l’heure va être dépassée, que la ligne rouge est sur le point d’être franchie et que les carottes ne vont pas tarder à être cuites (ce qui prouve que ses dignes membres n’ont pas suivi, sans doute conséquence d’une sieste ratée), l’air de rien, je téléphone à l’horloge parlante, qu’elle ait la bonté d’égrèner les secondes qui font les minutes, qui font les heures, qui font les jours, les ans et les rides. J’ai pris soin de pousser à fond le volume du bigophone. Au 1e top, le seul, prévient l’horloge (sans doute par mesure d’économie), il sera exactement 15h20. Top, fait-elle. Et alors on dit quoi ? déclarè-je en toisant le jury, sans grand mal puisqu’il est assis. J’ai gagné une heure. Inutile d’afficher un air victorieux : j’ai remporté une bataille –à quel prix !–, pas la victoire. Mais difficile de masquer la satisfaction que me procure la vue des jurés bien obligés de mettre à l’heure juste leurs montres plus la pendule officielle du concours. Imités en cela par la foule des spectateurs qui, pour nombre d’entre eux, font amende honorable pour la mauvaise humeur qu’ils n’avaient pu ou voulu contenir. 

15h25. Place, place ! entends-je crier mon pourvoyeur qui ahane comme ces pauvres équidés aux longues oreilles qu’on charge au-delà du poids total autorisé. C’est quoi, ce monstre ? je lui demande en découvrant ce que je sais être un chelidonichthys lucerna, autrement dit une galinette. Un sous-marin encore bien vivant de 50cm de long et 4kg. Il grogne comme un cochon qui vient de repérer le couteau effilé de son maître et saigneur, un bourreau de travail qui l’exécutera sans faillir. Dix minutes plus tard, une dizaine de beaux filets taillés dans la masse rejoignent le four où les attendent, pour les griller en deux temps trois mouvements, de puissantes résistances qui les rendront goûteux au point que nulle papille n’en fera (de résistance).

15h38. Nos rougets sont un poil pâlichons. Qu’à cela ne tienne : un coup de barbouille à l’éosine a vite fait de les vitaminer. Les flakes ont perdu de leur superbe ; les canisses de poireaux ont mal résisté au tellurisme des divers transbordements ; les bonnets phrygiens de fenouil ont pris un coup de chaud ; “Allons enfants de la patrie”* que nous avons mis tant de temps à écrire avec nos jolies petites pâtes bleues, blanches et rouges est devenue, par je ne sais quelle transmutation, une phrase d’un hermétisme à déboussoler tout crack du chiffre ; le nœud des algues tombe à plat ; les feuilles d’endive qui devaient servir de cuiller à sauce se sont volatilisées, rejoignant sans doute, du côté de Lille, un espace aérien qui leur soit plus familier ; les rondelles de citron confit sont un rien déconfites, deux d’entre elles n’ont pas reçu leur coiffe de gelée de citron… mais tout y est. Y’a plus qu’à finir de dresser la marchandise. Ce que nous faisons avec cette élégance et cette célérité dont nous sommes coutumiers. Le résultat est (un peu) de guingois, mais en penchant l’assiette de quelques bons degrés, ça ressemble quand même à quelque chose et, vu de loin, c’est honnête, surtout là où l’éclairage est avare en lumens. Crotte de bique ! m’écriè-je à brûle-pourpoint, on a oublié les filets de couleur sur le rebord des assiettes, le rouge et le bleu.  Allons-y fissa. Les seringues font blurp, c’est bourré de grumeaux, les tracés sont hasardeux et discontinus : c’est moche. Mais ça devient presque beau lorsque j’évoque le 14 juillet, les zincs de la Patrouille de France, les sillages pommelés bleu blanc rouge. Et zou ! Allons z’enfants de la Patrie, und so weiter.

stars en cuisine Sainte Maxime - octobre 2013 - le jury

Le jury, découvrant ce qu’on vient de lui servir : un mets de cuisine quantique, autrement plus goûteux et moderne que ce que propose la cuisine molléculaire, mais cependant plus difficile à saisir dans l’assiette si on use de couverts dont  conception et fabrication font appel à la seule mécanique newtonienne. Du plus dubitatif au moins (en l’occurrence une femme, à qui on ne la fait pas), on peut reconnaître qui on connaît.

Gott mit uns, me dis-je en VO alors que nous fonçons, une première assiette en main, sur notre cible, la table des jurés dont certains, à voir leurs mines aussi épanouies que celles riantes des bassins houillers des années 50, ont dû se jurer qu’on ne les y reprendrait plus. Et prions pour que, afin de tromper l’attente, chacun se soit généreusement humecté le corgnolon. C’est que, mine de rien, comme on dit à Montceau les Mines depuis qu’elles ont disparu du paysage, on n’est pas là que pour rigoler, comme le souligne d’un trait d’humour François ROBOTH, l’animateur en chef, qui n’en rate pas une, contrairement à d’autres au palmarès éloquent : le pêcheur au gros et moi-même. Courageux, les jurés, même s’ils n’ont parfois goûté que du bout des lèvres les mets des uns et des autres, ce qui se comprend. Téméraires ? Peut-être si on fait référence à la phalange qu’un adroit coup de pied a expédié en douce au panier ; à un légume qui, se prenant pour un gardon, s’est jeté hors de son assiette avant d’y retourner promptement, comme un voleur ; aux copeaux de chocolat, montés sur ressorts, plongeant dans un beurre de tomates qui, éclaboussures obligent, a tavelé d’un vilain rouge le beau nappage ainsi défiguré ; et autres maladresses qu’un oeil averti qui en vaut deux a relevées, mais que les lèvres ont préféré taire. Afin que nulle star en cuisine n’ait à numéroter ses abattis si les lièvres sont levés, ne restera plus qu’à procéder à la destruction des preuves. Intérêt du numérique, un copain hacker aura à cœur de s’en charger, ce qui évitera d’attendre un hypothétique et violent orage magnétique. Libérés de l’entrave de nos fourneaux, nous sirotons la énième coupe de Champagne de notre séjour maximois, tandis que le jury délibère.

Stars en cuisine Ste-Maxime 2013 - concurrents, jury, chefs, organisateurs

On reconnaît, ou pas (s’ils avaient mieux à faire en cet instant précis) et entre autres : Michel Hebreard, une dame dont j’ai perdu le nom dans la cohue -désolé !-, Jean Michel Thibaux, Danièle Evenou, Robert Monetti, Charlotte Valandrey, Dany Lambotin, Philippe Grimbert et sa (très) souriante épouse, Max Callégari,Stéphane Raimbault, Yves Thuriès, Guy Legay, Thierry Tiercelin, Gui Gedda, un chef (beau moustachu) dont le patronyme m’a hélas échappé, Bernard Bezzina et enfin François Roboth, le talentueux animateur à l’humour plus décapant qu’un décape-four, malgré sa composition 100% bio. Et l’auteur de ces lignes ? vous ois-je vous questionner, où c’est qu’il est ? vous demandez-vous sans vous rendre compte de la lourde faute que vous venez de commettre. Excès d’humilité vaut orgueil, je sais, mais on est pipol ou pas. Vaissière, comme dirait, parlant de lui, Léon Aladin, acteur célèbre qui vante les binocles d’un certain lunettier, est le 4e en partant de la gauche.

Dîner de gala. Un de plus, en quelque sorte. Car chaque repas de chaque jour nous voit être reçus autour d’excellentes tables, avec d’excellents convives, je ne peux dire le contraire, en étant. D’abord une coupette, entrée en matière pour la remise des coupes par un staff débonnaire, dans une ambiance où le sérieux n’est pas de mise, même si… Même si les productions culinaires, elles, ont été réalisées avec sérieux et application dans ce qui a parfois ressemblé à un joyeux petit bordel.

Le résutat de la compétition ? Quelle compétition ? 

À titre personnel, je remercie, dans l’ordre où ma mémoire veut bien restituer les noms, fonctions ou autres attributs : Oeuvrant partout à la fois, Gui GEDDA (le Pape de la cuisine provençale, rang nettement plus élevé –concernant les nourritures terrestres– que celui de Pape de la cuisine vaticane) ; Michel HEBREARD et son énergie tranquille apaisante ; les méchants gentils  membres conciliants du jury ; les chefs de toute taille et de tout gabarit qui, placides ou survoltés, mais toujours attentifs, ont virevolté en cuisine pour nous prêter main forte (y compris celui qui m’a marché sur le pied au moment où, casserole pleine à ras bord d’un produit aqueux bouillonnant dans lequel gisaient six encornets des jardins –en substance les fenouils–, j’allais le vider dans le vaste évier d’inox rutilant), etc. Sans oublier mon digne et courageux coéquipier sans lequel nous aurions été obligés d’ouvrir une boîte de sardines, bestiaux qu’un bain prolongé dans l’huile transmue en une pâtée quasiment oléifère qui aurait interdit tout maquillage efficace à l’éosine, composé aqueux comme nul ne l’ignore. « Des rougets, ça ? Vous vous foutez de qui ? » auraient persiflé en chœur les éminents membres du jury avant de se siffler une coupe de Champagne pour oublier l’affront.

* À l’origine, ce Stars en cuisine 2013 était orienté littérature, auteurs, écrivains. Thème que nous avons suivi avec notre recette de Rougets de l’île à la Marseillaise.

Stars en cuisine Ste-Maxime - Thibaux et Vaissière aux fourneaux

Quelques chefs., de gauche à droite : Thierry Thiercelin, de dos, en conversation avec une admiratrice (de qui ? on ne sait) ; Stéphane Raimbault, sérieux comme un pape, en raconte une bien bonne à Pierre Vaissière ; Yves Thuries, se réjouissant par avance du tour de cochon qu’il va jouer avec des copeaux de chocolat sauteurs.

Stars en cuisine Ste-Maxime 2013 - Charlotte Valendrey

Ploum ploum ploum ploum… François Roboth, au micro, à raison de 80 ploum à la minute, donne le rythme pour que les coeurs en chocolat alignent leurs pulsions d’amour sur cette fréquence idéale. Gui Gedda, montre en sautoir autour du cou, vérifie discrètement le bon déroulement des opérations. Bistouri en main, Charlotte Valandrey ouvre la voie du coeur pour assurer la meilleure circulation possible des beaux et doux sentiments. Yves Thurès contrôle souplesse et solidité des organes avant leur expédition là où on en a besoin, donc partout.

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6 octobre 2013 – Stars en cuisine, à Sainte-Maxime

Un rien critique quant aux émissions de télé qui, non seulement causent de cuisine et montrent des images, même qu’il y en a qui bougent, comme au cinéma, j’ai l’occasion aujourd’hui de m’y coller, hitoire de dire que je peux en causer, même si je ne sais pas de quoi je cause, ce qui me permettra de fermer le clapet à ces tristes sires, au demeurant peu brillants, qui feraient mieux de claquer au lieu de remettre en question les vraies vérités que j’assène, vérités qui ne remettent nullement en cause la société telle qu’elle est, c’est à dire parfaite.
C’est ainsi –mais je ne développerai pas ce que contient cet ainsi– que je me retrouve en ce jour du 6 octobre, à participer à cette manifestation culturo-culinaire : Stars en cuisine, dans la charmante cité de Sainte-Maxime, Var, 83120 pour être plus précis, en Provence, pour élargir le focus. Pas une émission de télé, mais on est dans le même esprit people. Sauf qu’ayant vu une vidéo, ce Star en cuisine a l’air très sympa.
Le sujet ? Présenter une recette ayant un rapport, cette année, à la littérature. Le but ? Se faire plaisir et faire plaisir aux papilles gustatives d’un jury composé de personnalités de la cuisine, celles-ci n’étant pas obligatoirement mollement allongées sur un plumard ou un canapé.
Six équipes de deux généralement issus, si ce n’est de la cuisse de Jupiter, de l’univers people ; six membres du jury, une foule en liesse : ça galège, ça rit, ça vit, les organisateurs et animateurs, Gui GEDDA et Michel HEBREARD, n’y étant pas pour rien, le site non plus, béni des dieux menés par Dionysos, et sous l’oeil attendri de Poséïdon.

Il est 14 heures. Avec mon équipier Jean Michel THIBAUX, auteur d’une tripotée de bouquins, que j’ai rencontré lors d’un office religieux au cours d’un voyage lointain alors qu’il signait un de ses nombreux ouvrages dans une librairie du  Blennoragistan oriental dans un bistrot, une toque sur le crâne pour éviter que nos neurones ne s’échappent, nous sommes aux fourneaux, sur le point de confectionner ce que l’Histoire retiendra comme n’étant pas rien, et même plus que ça, que nous avons titré Rouget de l’île à la marseillaise. En gros : un rouget local, de Lérins (si le pêcheur a qui nous avons confié la mission de ramener six beaux rougets barbets a pensé à faire sonner son réveil à l’heure adéquate) accompagné d’un flake (mi flan, mi cake) de légumes (céleri branche, courgette, poivron rouge, fenouil) à l’anis et à la lavande logé dans sa cuirasse de fenouil, avec canisse de poireau, citron confit au sel de sucre et gelée de citron, nœud d’algue, alphabet de pâtes tricolores, avec un beurrre de tomate servi dans une cuiller d’endive, ouf !

C’est parti : ça coupe, ça tranche, ça débite, ça mijote, ça bout, ça pourrait déborder, mais nous veillons au grain tandis que s’égrènent les minutes. Nous avons deux heures pour concocter notre plat. Pendant lesquelles journalistes et envoyés spéciaux des grandes chaînes locales (Le Provençal anisé – La Pétanque Indépendante – Télé Galèje – New York Times – etc.) se bousculent pour nous interviewer.
Jean Michel leur fait l’exposé qu’ils attendent et écoutent religieusement : il y a de quoi, et les explications valent leur pesant d’or, qu’on leur suggère de verser sur nos comptes en Suisse.
Je reprends, en gros, ses réponses à leurs légitimes questions, réponses qui, à en juger par l’air pénétré qu’ils prennent les éclaire sur un pan resté dans l’ombre de la gastronomie locale.
Je le cite :

« Le fenouil, avec ses « doigts » coupés, symbolise le peu de cas que les éditeurs faisaient de Rouget de Lisle. « J’ai les doigts qui m’en tombent » s’était-il plaint à un ami à qui il avait confié s’être fait rembarrer par un éditeur.
L’encornet étant pourvu de tentacules, des quasi doigts (un célèbre poète grec ne le nommait-il pas « le fenouil des mers » ?) et le fenouil pourvu de doigts, des quasi tentacules… la tentation était grande de présenter le fenouil dans la posture de l’encornet observant, ébaubi, l’énorme sardine bouchant le port de Marseille, posture qu’on lui connaît également lorsque, à la saison de la reproduction, donc du rut (juillet et août) il se mesure à un mâle adversaire. En outre, l’encornet des jardins, dans cette position, fait irrémédiablement penser au bonnet phrygien, ce qui n’a cependant rien à voir avec Giens, commune tout de même pas libre au point de la qualifier de phry, free maladroitement orthographié, on l’aura compris… et bla bla bla. »

« Pense quand même à égoutter les nouilles, au lieu de raconter tes salades » dis-je à mon équipier. «  Et enfourne donc les flakes, pas assez cuit, ça craint ! » j’ajoute un chouïa vénère.
C’est bien ça les people, à tchatcher et à se la jouer.
15h15. Fait chaud. Histoire de prendre un peu le frais, je prends le relai pour tenir la jambe aux journaleux. Jean Michel surveille les flakes qui montent tranquillement.

« Sctburg ost meatflugst kroen ys bloer ? » me demande un journaliste. « Blurgksk ! » lui dis-je, avant de lui répondre plus en détail en français, ma pratique de cette langue bizarre et orpheline qu’on parle au Blennoragistan étant des plus limitée :

 « Cette recette m’a été transmise par un ami, mon ami Roger, de Lille, qui la tient lui-même d’une amie de Noeux-les-Mines, nièce des patrons de la poissonnerie de la rue Roger Brun (poissonnerie qu’à Lille, on ne connaît que sous le nom de poissonnerie Roger), rue qui prolonge l’avenue de Toulon, ville où la poissonnerie Roger et Monique vendrait d’excellents rougets, non pas de Lille, mais de Toulon, cela s’entend. Ou d’Hyères, ce qui augure d’une fraîcheur relative, mais déjà mieux que ce qu’on peut trouver avant Hyères, voire même la semaine dernière où les poissons, rougets compris, ont peu de chances d’être frais comme des gardons. »

Il aura compris ce qu’il pourra. Les autres aussi, que je pousse gentiment en direction des autres concurrents.
 Il est 15h30. « Va falloir qu’on cuise les poiscailles » je dis à Jean Michel.
— Les poissons ? Quels poissons ? 
— Les rougets, c’te blague. Dans le frigo.

— Y’a rien dans le frigo. Rien de rien. 

15h32. 
Va expliquer quoi ? Que le pote pêcheur a dû s’aniser méchant hier soir et qu’il n’a pas entendu le réveil sonner ? Qu’on ne travaille que l’ultra frais et qu’avec l’automne super chaud de cette année, les rougets ont mauvaise mine et l’œil torve, et que, du coup, question fraîcheur…
« Roger et Monique » Jean Michel me souffle dans l’oreille. « Je leur passe un coup de fil ».
« Hyères est à une bonne centaine de bornes » je rétorque. « Mais ça doit être jouable. S’ils sont joignables, s’ils ont la marchandise, s’ils font la moitié du chemin et que tu vas à leur rencontre, si tu roules à fond la caisse, si les flics font la sieste, et si on passe les derniers devant le jury ».

15h35.
Mon partenaire part à la pêche. De l’alu sur la mangeaille, je la mets à tiédir. Penser à la surveiller. Je n’ai plus qu’à attendre. Question subsidiaire : il a quoi, comme bagnole, mon pote Jean Michel ?

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Un trottoir, des chaises, des voisins

La bouffe, y’a plus que ça qui compte, quand le reste est en berne, en Suisse comme ailleurs. Et quand on voit les émissions de télé qu’on nous sert sur canapé, un qu’a trente ans d’âge et qu’on changerait bien si on avait eu la bonne idée d’aller foutre le bordel dans ces antichambres où des planqués qui se la jouent moralistes t’obligent à ouvrir ton tiroir caisse plus vide que leurs couilles de planqués pour te rafler le pognon qu’ils t’ont déjà pris la veille et qu’ils partagent avec leurs potes banquiers ou autres gredins… je parlais de quoi ? des trucs à la télé qu’on nous prend pour des demeurés, j’t’en foutrais, qu’on sait pas pour combien de temps une demeure on en a encore une, y’a qu’à voir en Espagne, en Grèce, et pas qu’en Grèce, partout où des salopiots s’engraissent sur le dos de pauvres types, qui risquent pas, ceux-là, de mourir d’une indigestion de homard ou des oeufs de je sais pas quoi, un poisson i paraît, que c’est tellement loin de ce que je connais que je risque pas d’en savoir le nom, un machin qui coûte la peau des fesses, que t’as intérêt à avoir un gros cul si tu veux en avoir une cuiller un jour. Moi, j’ai rien contre le pognon, pis pour avoir quelque chose contre quelque chose, comme le pognon, faut encore en connaître la couleur, je parle même pas de l’odeur, qu’à ce qu’i paraît ça en a une, d’odeur, y en a qui disent que ça cocote comme le poisson pourri. Moi, l’odeur, ça me gênerait pas plus que ça. Les pauvres, c’est pas la finesse de l’odorat qui les étouffe. Les poissons, pour le moment, c’est nous, qu’on est ferrés comme des carpes, des carpes à la juive il y en a qui disent, c’est que de la mauvaiseté, faut pas croire, ça court autant les rues que les gueuses qu’il faut bien qu’elles bouffent si elles veulent pas s’en coller une, de gueuse, un bout de corde, plouf, et adieu la misère. La bouffe, même quand y a pas grand chose, c’est déjà ça et toujours ça, mais quand y a moins que pas grand chose,  autant dire que c’est misère. Et c’est pas avec un bout de corde que tu vas te sustenter, faut pas croire.
 Plus ça crève la dalle, plus ça te creuse et plus on te fait de la bouffe spectacle, de la nourriture par contumace, ce serait comme du virtuel, mais en pire. Les trucs de cuistot, je veux bien, mais ce que ça mijote derrière tout ça, c’est quoi ? J’en sais pas trop rien, mais question cirque, ça se pose là et ça a rien à envier aux Romains. Et alors, je t’assure qu’avec ta boîte de fayots que t’a refilée une bonne conscience qui a peut-être les mêmes, mais avec des saucisses dedans, avec ta boîte que tu bouffes, froide comme une chambre froide, on connaît, avec le charbon ou le bois qu’on n’a pas, face à un vieux miroir piqueté décati dans un chez toi que tu appelles ton chez toi mais qui n’est pas à toi, je t’assure que tu te sens con, très con, comme les misérables loquedus que tu croises dans les machins de bienfaisance. C’est bat, la bienfaisance, ça fait de mal à personne, surtout à celui qui la fait, la bienfaisance.
La télé, noir et blanc, surtout noir, qu’au bout d’un rien de temps y’a un truc qui doit déconner, ou alors c’est la cheminée qui refoule, mais ça m’étonnerait et c’est pas le feu que j’y fais qui fabrique de la suie. Bon, la suie, elle sait aussi venir d’ailleurs, garanti.
 Alors ils nous font quoi, ce soir, les chefs cuistots, comme recette, qu’il y a même plus de risque que ça te fasse baver. Ce serait moi, la télé espagnole, je te ferai un truc du genre Bouse de taureau royale, pas les bourses, c’est pour les nantis, ou un nom pareil, c’est l’idée qui compte. Tu prends une cuvette, une éponge, une pelle à poussière ou à charbon, celle que tu as elle fait les deux, et même plus, à part la pelle à tarte, que ça risque pas. Tu te faufiles dans l’arène, un jour de corrida. Au premier olé de la mise à mort de la bête, tu plonges l’éponge dans le sang, tu ramasses les bouses que la peur terrifiante ça lui a fait lâcher, à la bête, tu essores l’éponge sur la bouse, et t’as plus qu’à laisser cuire au feu doux du soleil andaloux. Remarque, si pour l’Andalousie ça fait cher le voyage, les Asturies ça peut faire, ou même ailleurs, si c’est l’Espagne. Chez nous, ce qui se prêterait le mieux, c’est des recettes comme le poulet aux amendes, pas compliqué à te l’offrir. La télé, le jour où ils donneront la recette du gratin de banquier aux pruneaux, je dis pas que je ferai pas un cambriolage pour aller au resto où ils y font. Ou la ratatouille de couilles de fripouilles, c’est peut-être pas tant goûteux, mais par les temps qui courent, on pourrait bien y priser autant que des cuisses de grenouille, de la tête de veau ravigote ou du navarrin d’agneau, des noms de mets qui me reviennent, comme ça, que je savais plus que ça avait même existé.
 Plein de choses, comme ça, qui ont disparu de ma case aux souvenirs. Tiens, comme celle-là, à la saint Sylvestre, qu’on allair déposer une bouteille de vin bouché aux pieds de l’agent de la circulation, qui faisait aussi gardien de la paix, garanti, c’est pas circulez qu’il disait, mais c’est si vous en avez d’autres, c’est pas de refus. Faut dire qu’à l’époque, la télé réalité, c’était ça, et les recettes, c’était bonjour m’sieurs dames, à ce soir avec les chaises, hein ! Les chaises, c’était pour se poser les fesses, un canapé en quelque sorte. On parlait, même si on disait pas grand chose, on envoyait les gamins se coucher, qu’à leur âge, ça a juste besoin de dormir comme il faut plus un peu d’ennui pour porter le sommeil qui porte les rêves qui fabriquent un monde avec des rêves, que celui d’aujourd’hui c’en est un avec des cauchemars. Sinon, pour manger, c’était patates, nouilles, patates, nouilles et un dimanche sur pas mal, un poulet si on avait le pot de pouvoir s’en acheter un, qu’aujourd’hui, si ça continue, faudra bientôt en choper un avec le pare choc, à condition d’avoir une bagnole, de plus en plus rares les bagnoles, remplacées par les autos puis par les tires, jusqu’à aujourd’hui où on dit plus que voiture, ça veut dire quoi ? Les réclames, c’est pareil, c’est fini, les publicités ont pris le pouvoir, je veux dire que les banquiers et leurs sous-fifres, ils leur ont donné le pouvoir. Le pouvoir, c’est une drôle de cuisine. De la cuisine moderne. Alors ça doit être pour ça que ça arrête pas de causer cuisine dans le poste.
Germaine, je lui ai demandé de me couper un bout de lard. Me reste un quignon, ça fera bien jusqu’à la prochaine. La télé s’est mise à broyer du noir. Je te lui ai foutu une avoinée qu’elle en a balbutié deux trois éclairs avant de te nous faire un de ces pets que j’ai cru m’être laissé aller. La vieillerie. Je l’ai balancée par delà la fenêtre. Ni corde ni gueuse. Elle s’est défaite par en bas dans la bouillasse, toute démantibulée. Puis elle s’est enfoncée avant de disparaître. Prends ta chaise, j’ai dit à Germaine, je prends la mienne.
On est descendus. En bas sur le trottoir, y’avait les voisins. Ça nous change, ils ont dit, quand je leur ai demandé pourquoi ils étaient là. Y’a pas que le temps qui fait, pour embrayer.

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Maître du monde

Une autre fois, je serai maître du monde, un maître du monde. Il faudra que j’apprenne à être arrogant, hautain, indigne, égoïste et salopard. Les modèles ne manquent pas : j’y arriverai.
Je saurai comment m’enrichir en exploitant jusqu’à l’usure les êtres et les choses qui devront plier sous ma férule et applaudir à mes discours pour s’attirer mes bonnes grâces. Liés par des arrangements tacites dictés par des intérêts communs, mes pairs et moi-même nous nous soutiendrons pour asseoir et préserver nos prérogatives et notre rang. Nous mentirons, nous manipulerons, nous dominerons, et la populace ébaudie à nos tours de passe-passe nous couvrira de louanges.
Prudent, je me défierai cependant de mes pairs, et pour éviter de tomber de haut, je ne manquerai pas la moindre occasion de les précipiter dans l’abîme de l’insignifiance puis de l’oubli. Pour cela je n’hésiterai pas à les salir, eux et leur mémoire, en dénonçant les agissements délictueux et criminels que, sachant miens, je saurai leur prêter. Ce dont la partie du peuple la plus vile me félicitera.
Distribuant quelques menues miettes aux pantins, bouffons ou utopistes naïfs à qui de stupides et inutiles élections auront donné une vaine bribe de pouvoir, ceux-ci, qu’ils le veuillent ou non, me voueront allégeance, notamment par souci de confort et pour leur propre intérêt. Ils dénonceront à voix haute les pouvoirs exorbitants qu’ils m’auront conférés, mais me salueront bien bas dans les antichambres confinées où les grands prêtres de mes amis et moi-même officierons à huis clos, lors de ces messes basses où se fera et se défera le monde, cette pièce de théâtre que nous mettrons en scène selon notre bon vouloir.
Nous distribuerons les rôles, récompenserons, punirons, ferons jeter aux oubliettes les trouble-fête. S’ils servent nos intérêts, nous mettrons en place ou soutiendrons des régimes dictatoriaux que nous n’hésiterons pas à faire tomber s’ils cessent d’être à notre service, voire à notre botte. Plus nous oeuvrerons dans ce sens, plus notre pouvoir grandira.
Bien sûr, nous aurons à faire avec d’autres instances pas toujours amies, mais bon an mal an, et l’intérêt nous guidant, les unes et les autres sauront fermer les yeux lorsqu’il le faudra, se taire lorsque la tension se fera trop forte, ou laisser le dernier mot à la nature qui saura, un temps, ramener la paix. Comme lorsque arrive un terrible cataclysme, tel un tsunami qui, emportant tout sur son passage, fait le ménage.

Mes notes sont prêtes pour ce jour où je serai maître du monde, un des maîtres du monde.
Je sais déjà ce que nous ferons au Moyen orient, comment nous établirons la paix ou le semblant de paix qui assiéra plus encore notre pouvoir et remplira nos caisses. Les dossiers Syrie, Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, Egypte, Libye, Mali, Algérie, Maroc, Soudan, Tunisie, Jordanie, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Turquie, Israël, Liban, Koweit, Yemen, Oman… sont ficelés. Le projet d’éradiquer une bonne partie des populations de certains coins devrait être d’une bonne rentabilité. Ce ne sera pas compliqué de mettre à profit le manque cruel d’eau pour attiser quelques haines et fomenter les troubles qui conduiront à une guerre bien rentable. Les gros dossiers concernant le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tajikistan, le Kyrgystan,le Turkmenistan, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie sont en cours de traitement.Et autant dire que de ce côté-ci, nous n’avons pas fini de tirer marrons du feu et menu profits. 2020 ou pas loin devrait sonner le glas pour la tranquillité relative de ces pays d’Asie centrale : il sera temps que cela change, car on ne peut pas éternellement se laisser passer sous le nez les promesses d’une si belle manne.

Le temps de mourrir d’ici quelque temps, et j’arrive, youpi !

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Commémoration

Pris d’une fringale irrépressible de commémorer, je ne dors plus. Il me faut commémorer à tout prix. Me reste cependant à trouver un objet de commémoration, car aucune commémoration n’a de sens sans le complément d’objet direct qui l’accompagne, plus simplement dit, sans son objet. Je m’imagine, emblème ou symbole lambda en main expliquant à qui veut l’entendre, car m’ayant demandé ce que je fais ainsi, lui annoncer que je commémore, point. Quel embarras !
Le 14 juillet, je ne suis pas contre, mais ça manque cruellement d’originalité et depuis le temps qu’on le commémore, c’est usé jusqu’à la corde. Pareil pour l’anniversaire de naissance du gars de Nazareth, çui qu’aurait un nom imprononçable, à ce qu’on dit. Ceci dit, puisque j’écris en silence et sans dire mot, cela ne me concerne pas vraiment. Puis, pas de risque, la prudence m’a fait taiseux. Pâques ? Trop compliqué, comme toutes les fêtes qui ne tiennent pas en place. L’Armistice ? Je ne serais pas contre, mais avec tous ceux qu’il y a eu, lequel ? Un armistice entre quels pays ? Je me vois en choisir un, me défoncer pour organiser la commémoration avec les invitations qui vont avec, pour me rendre compte qu’un des deux états n’existe plus depuis un bail, j’aurais l’air de quoi ? Commémorer la Coupe du monde de foot que tel ou tel autre pays a remportée ? Encore faudrait-il que j’aime le foot et que j’ai de la mémoire. J’ai pensé à commémorer la disparition ou la naissance de grands hommes, mais ceux d’avant l’invention du mètre, et qui valent peut-être ceux d’après, je fais comment pour savoir la taille qu’ils faisaient ? Les premiers pas de l’homme sur la Lune ? A ce compte, pourquoi pas la première plongée d’un sous-marin ?
La naissance du IIIe Reich ? Et pourquoi pas celle de Staline, d’Amin Dada sur mon bidet ou d’Al-Assad père et son galopin de rejeton ? 
Mais fichtre, que vais-je bien pouvoir commémorer ? Les commémorations elles-mêmes ? En ce cas, celles touchant à quoi ? Aux gens, aux événements, aux non événements –déjà objets d’un nombre incalculable de commémorations ? Et que prendre en compte entre naissances et morts, entre venues et disparitions, arrivées et départs, fins et débuts ?
Trouverai-je enfin l’objet idéal de commémoration qui m’évitera de commémorer encore et toujours la fin des haricots, comme je l’ai toujours fait en de telles occasions, étant toujours à court d’idées ?

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Les miroirs sont aveugles à la nudité

C’est en jetant un œil dans le miroir, comme ça, en passant, mine de rien et avec juste assez de prudence pour que ça ne m’éclabousse pas que j’ai vu qu’il n’y avait rien dedans, rien ni personne. Derrière pas plus, nada sur le côté, même si j’ai cru un instant voir quelque chose dans le cadre d’ivoire. Je l’ai décroché, l’ai retourné sous toutes ses faces, l’ai examiné sous toutes ses coutures, d’impeccables points façon sellier au véritable fil poissé, du cent pour cent fait mains, les deux.
L’inquiétude m’a pris, pensez donc ! mais rien ne vous y contraint, sachant bien que ça fatigue de penser.
Vous auriez fait quoi, vous, pour peu que vous teniez à vous autant que je tiens à moi ?
Je suis parti en chasse. Attention, pas sans avoir pris les précautions qui s’imposent. Un coup d’Ajax vitres ramené du supermarché de Troyes (Aube) où je fais mes courses ; un demi rouleau de papier Kraft, plus une feuille d’overcraft waterproof au cas où il se mette à pleuvoir. Bref : l’Ajax pour que la glace soit nickel ; les papiers Kraft –gommés– pour empêcher que n’importe quoi ne vienne s’immiscer dans une histoire qui ne le concerne pas, en se prélassant sur un tain qui ne lui est pas destiné… Chacun chez soi, et Saint-Gobain reconnaîtra les siens. Constat : c’est pas parce qu’on fait ce qu’on s’imagine devoir faire pour que ça roule ma poule que ça roule ma poule.

Ramassés mes clics et mes clacs, direction le rez-de-chaussée où, m’étais-je dit, j’aurai plus de chance de trouver un trottoir de proximité qu’au premier étage, le seul, de ma modeste demeure, une humble cabane de 16m2 (8 à l’étage, autant en dessous) en temps normal, frisant les 16,15m2 les jours de canicule, à cause du balatum et des poutres bouffées par les termites venues se mettre au frais : la dilatation ne touche pas que les rates et autres patates. De là j’emprunterai, j’espère avec un intérêt loin de toute usure, mon circuit habituel, m’étais-je encore dit, me félicitant de cet esprit pratique que les fabricants de commodes m’envient. 
Héliconiste de talent dans la clique municipale où on répète actuellement l’œuvre désormais célèbre de ce compositeur chinois non moins célèbre pour laquelle il avait été taxé de révisionnisme petit bourgeois, ce qui lui avait valu, à l’époque, une amende rondelette, forme qu’on ne trouve que rarement dans ce fruit, sauf justement chez les Chinois lorsqu’ils écarquillent les yeux… peut-être quelqu’un m’aura-il-vu à la dernière répétition. 
Eh ben non, personne ne m’y a vu. Ni entendu, preuve que je n’y étais réellement pas. Changement de trottoir.
Étape numéro 2 : la maison de passes par où j’ai l’habitude de passer, cela n’étonnera personne. Replié le clic-clac, clique d’un côté, claque de l’autre, Gigi, ma préférée ayant rendu l’âme, je me suis desespérément cherché partout, quand je dis partout, c’est partout.
Heinhhhh, c’est malin, vous croyez que je ne m’y attendais pas ? Le coup des WC, si vous voulez mon avis, c’est usé. La morgue ? Tiens donc, je n’y avais pas pensé. J’y cours. Elle est fermée. Y suis-je ou n’y suis-je point ? et si j’y suis, cela me rassurera-t-il ?
Ne me reste plus pour tout espoir que mon miroir de poche. Mais putain de bordel de merde cornegidouille qu’ai-je fait de ma poche ? J’en suis là de mon interrogation lorsque je me rends compte que je suis nu, à poil, ce qui est une façon de parler depuis que mon toubib m’a conseillé Superflu, le must du dépilatoire, pour lutter à armes égales contre l’hirsutisme dont je suis affublé, c’est terrible, si vous saviez. Et quoi ? Comment ça, “et quoi ?” Vous n’êtes pas au courant ? Un miroir qui renvoie l’image de la nudité, vous en avez déjà vu ? Ah oui ? Et où ça ?

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Identité, orgueil et présomption

On me dit que des escrocs se targuant de s’appeler Pierre Vaissière sévissent sur le net, comme quoi on aura tout vu, y compris des prétentieux. Question humilité, je ne crains personne, mais sans aller jusqu’à l’honorer, voire le sanctifier, j’ai quand même un ego, certes modeste, un ego à préserver et à défendre contre ce que j’estime, à juste titre, être des attaques autant viles, lâches, tordues, perverses, ignobles et lamentables que vouées à une défaite cuisante.
Des preuves de ce que j’avance ? Allez sur le Web, vous verrez. Bon, d’accord, je veux bien admettre que sur des milliards d’habitants il y ait quelques dizaines de malheureux Pierre Vaissière qui ne soient pas moi, tant pis pour eux. Mais qu’il y en ait une dizaine sur Facebook qui ne dépasse même pas les 350 millions d’utilisateurs dont 15 millions en France, ça me met en rage. Il est donc temps que cela cesse !
Aussi ai-je décidé de porter plainte contre ces usurpateurs dont plusieurs d’entre-eux, je le sais, sont si envieux qu’ils n’auront de cesse de prendre ma place, ma femme, mes maîtresses, mon compte en banque et mon génie. À qui je déclare solennellement : et puis quoi encore ?

C’est quoi ce petit sourire que vous affichez ?
Je vois… Parano-mégalo, vous dites vous stupidement.
Si c’était le cas, j’aurais déjà porté plainte contre les Henri, Ernest, Julien, Robert, Claude, etc. Vaissière. Et contre les Pierre Machin, Pierre Truc, Pierre Bidule, Pierre Bouzin, etc., ce qui n’est pas le cas. Alors, ravalez votre sourire narquois et laissez tomber. Vous n’y êtes pas du tout, car seuls les Pierre Vaissière me crispent et m’escagacent.

« Porter plainte est une chose, mais gagner un procès en est une autre », vous entends-je me morguer. Holà, la belle affaire ! ne puis-je m’empêcher de vous rétorquer de cet air hautain qui me va si bien, m’adressant à des paltoquets. J’admets cependant que l’issue du procès puisse ne pas m’être favorable. Et alors ? Nul n’est éternel et allez savoir si une épidémie salvatrice ne serait pas sur le point de se déclarer. 
C’est quoi, ce « ben voyons outrecuidant ? » Et ce sourire narquois ? Et d’abord, vous vous appelez comment, hein ? C’est quoi votre nom ? Vous êtes qui ?

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L’affaire Tapie, rien que des jaloux

Tapi derrière un écran de fumée, Nanard, 1e roi de l’esbroufe, qui, entre autres, vend du paradis pas cher, je veux dire des bidules de consommation, sous prétexte avoué de faire faire des éconocroques aux clampins et sous celui, plus discret, de gagner quelques menus fifrelins sur leur dos, n’en revient manifestement pas de ce qui lui arrive. tapie_volant

Qu’on mette les choses au clair : c’est pas moi qui y dit, et c’est pas moi qui risque de lui jeter la pierre, qu’il en a pas fait plus que d’autres et que, si ça se trouve, c’est lui qui s’est fait arnaquer, qu’on lui a trompé sa confiance. Et mon œil ? m’a dit mon ophtalmo qui s’y connaît en illusions d’optique. Crois-y, m’a assuré une relation, assureur de son état, ancien dentiste, bonimenteur assermenté, qui sait ce qui se cache derrière l’assurance qu’affichent les margoulins comme Nanard.
Moi, j’en sais trop rien si mon pote Nanard est un enfoiré de margoulin ou un escroc de haut vol, même s’il y en a qui l’ont baptisé le Tapie Volant. Il y en a qui devraient arrêter de fumer la moquette ou feraient mieux de prendre rendez-vous chez mon ophtalmo, parce que le Nanard, je l’ai encore jamais vu passer dans le ciel, puis ça se saurait. Tapie Volant, n’importe quoi.
M’est avis que ceux qui lui causent ces petits désagréments, c’est par pure jalousie, ce que je comprends, quand on est un gagne petit à 15000€ le mois, soit je sais pas combien de fois moins que le Nanard, et peut-être même encore en dessous. Des envieux, qu’à mon avis c’est du socialo que, si ça a la main sur le cœur, c’est au cas où il y ait un coup de vent et qu’il tourne, que le portefeuille s’envole pas. Des convoiteux qui racontent des carabistouilles sur son compte ses comptes, lui cherchent des noises, des querelles et des poux, et vont même jusqu’à l’accuser de malversations, on aura tout vu. Y en a qui ne manquent pas d’imagination, j’te jure.
Mais diantre, que ne lui fout-on la paix à ce brave et honnête commerçant dont la préoccupation, bien au-dessus des contingences bassement matérielles et juridiques, est de nous sauver du ras de marée des chemises brunes, qui nous menace, que c’est autrement important, et que le marron, je veux pas dire, mais question esthétique, c’est plutôt merdique.
Et je vais même dire que, on aurait des Nanard à la tête du pays, ça serait moins un gouvernement nanard, nom de dieu. Imagine en plus du Gay Lussac, avec sa moralité molarité Cahuzac à la pompe à finances et du Strauss Cane Kahn à la culbute culture ou pas loin, bref un truc où faut connaître la musique, sûr qu’il y aurait moins de couacs au gouvernement et que la France, ça repartirait sur les chapeaux de roue.
C’est encore du socialo ? Tu crois ? Mouais, plus ou moins… Et alors ?

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Un infernal cycle de vie

La meilleure idée que j’avais eue, dans ma dernière vie, ça avait été de souffler à ma mère qu’elle prenne un contraceptif. Mais tête en l’air comme j’étais, je n’avais pas pensé à lui en faire part au moment adéquat, et c’est d’emblée à côté de mes pompes que j’avais débarqué, menant une vie parsemée de tuiles où j’avais ramassé plus de tôles qu’un apprenti couvreur n’en ramasse. Avec ce sentiment d’être empégué dans le coaltar poisseux des plombiers-zingueurs. Une vie où, vu son immense intérêt, j’avais passé le plus clair de mon temps, s’il était dégagé, à  m’absenter.
 Les idées, en vue de changer le cours de ma vie, c’est pourtant pas ce qui m’avait manqué. Si les plus fumeuses étaient suivies d’effets, généralement rapides, les tiroirs où étaient rangées les rares lumineuses semblaient définitivement coincés, résultat d’une idée idiote qui m’avait amené à utiliser un bois plus sec qu’un coup de trique (garantie pour que les assemblages, tenons et mortaises, ne bougent pas), mettant de côté la latitude et la longitude de mon lieu de presque vie :  2° 30′ 01″ N – 53° 18′ 24″ W, c’est pour dire ! Lieu de vie que, faisant confiance à ma bonne étoile, j’avais choisi au pifomètre, sûrement pendant une période de rhume qui, une fois que j’eus rejoint mon nouveau lieu de résidence qui m’assurerait confort de vie et félicité, s’était mué en une sinusite amazonienne, les pires. Que de gentils Shuaras m’avaient proposé de me faire passer. Définitivement, suite à un contentieux à propos d’un certain trafic où mes commanditaires –un panel de DRH peu au fait des réalités– avaient confondu chasseurs de têtes (leur profession) et réducteurs de têtes (l’activité de travailleur indépendant de ces Shuaras), comme d’aucuns confondent confondre (déconcerter, stupéfier) et confondre (démasquer). Pas question de rendre mes émoluments, quelques jolis rubis que j’avais glissés dans ma poche revolver.
L’idée géniale de prendre mes jambes à mon coup, pour me sortir d’une situation qui ne tarderait pas à être fâcheuse, s’était avérée catastrophique, car bien évidemment casse-gueule : essayez. Déséquilibré, j’avais débaroulé, débagoulant de tout mon saoul un flot d’invectives trop longtemps contenues. Abasourdis, les Shuaras avaient fait volte-pile et s’étaient carapatés dare-dare. Ouf ! m’étais-je rassuré, avant d’entendre un énorme plouf qui m’avait amené à reconnaître l’action mouillante de l’eau, plus celle mordante des piranhas. Maman ! avais-je imploré, sans croire un instant qu’elle viendrait à ma rescousse, sachant qu’elle était morte en couche, Dieu est grand et miséricordieux.
On n’avait jamais su si j’étais mort noyé ou croqué.

Les limbes.
On y apprend vite que c’est un lieu sans mémoire. Sauf si on paie rubis sur l’ongle le droit d’accès à la médiathèque. Vivre ici sans mémoire, et parce que nous ne cessons de faire des allers-retours sur les vagues du temps, c’est ne rien savoir de ce qui nous attend. Comme une nouvelle vie où, vu son immense intérêt, on passerait le plus clair de son temps à  s’absenter : non merci.
Les piranhas m’ayant proprement déchiqueté, mes rubis, reçus en paiement de mes honnêtes services n’avaient pu que sombrer au fond du fleuve. Ce n’est qu’après de longues tractations et après signature d’un contrat (où il est stipulé que main basse sera faite sur mes rubis et autres biens, sans que j’aie le moindre recours) qu’enfin je peux franchir les portes de la médiathèque où, planté devant une carte de l’Afghanistan et brandissant la photo de ceux qui seront mes géniteurs –des Talibans–, un responsable m’apprend ce qui m’attend : je suis piégé.

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Téléphone au volant et Sécurité routière

Téléphoner au volant, vrai de vrai que c’est dangereux, et qui plus est très con. À moins d’avoir un volant super intelligent, doué de parole et tant qu’à faire, qui ait des choses à dire et ait envie de parler. Et pour un peu qu’on soit dur de la feuille, sûr qu’en lui parlant on le regardera pour lire sur ses lèvres.
De toute façon, rien que parler lorsqu’on est au volant, c’est super dangereux. Tu te parles tranquillement, et tout attentif à ce que tu te racontes, tu ne vois pas les deux costauds en blanc, croix rouges sur leur blouse, qui te doublent dans une fourgonnette blanche et te regardent méchant. Queue de poisson. Tu as juste le temps de voir ce qui est écrit sur la porte arrière qui s’ouvre fissa : Hôpital psychiatrique, et te voilà encamisolé, direction les dingues. Quand je disais que c’est dangereux de parler quand on conduit.
Avec des passagers, c’est du pareil au même. On cause, on s’échauffe, on n’est pas d’accord, on s’engueule, on se traite de noms d’oiseaux qu’il faut les répéter pour que ce soit bien entendu. Viens me le dire en face, ce que tu viens de me traiter, on finit par gueuler en lâchant le volant pour se préparer à une distribution de mandales. Deux trois directs, et c’est l’accident. La parlotte, en bagnole, pire que dangereux, c’est périlleux. Périlleux, ça veut dire que ça te met en péril, comme le saut du même nom, surtout si tu le pratiques dans ta cuisine où ta bonne femme elle t’a seriné pour que tu poses du carrelage, que toi, le lino, ça faisait autant l’affaire, même qu’ils en font du imitation carrelage.
On cause, on cause, mais y’a pire que de parler au volant. Déjà les GPS, que non seulement ils parlent, mais en plus ils font télé. Y’a qu’à voir les bagnoles qui se rentrent dedans sans retenue, surtout en ville, à cause que les conducteurs ils sont plongés dans leur GPS. Et je parle pas des embouteillages, cinq minutes, passe encore, mais une demie heure, ce qui fait 30 minutes, tu fais quoi pour t’occuper, une fois que tu as téléphoné au volant, que tu as cherché sur ton GPS le meilleur itinéraire pour être à l’heure à ton rancard, que tu t’es consciencieusement ramoné les naseaux et que tu t’es fait des boulettes en faisant gaffe de ne pas t’en mettre partout, surtout pas sur le volant, que tu pourrais tout aussi bien lui boucher les esgourdes. Tu fais quoi ? Bon, tu te grattes deux ou trois fois les couilles, mais y en a pas pour la vie des rats, vu qu’on en a que deux. Tu baîlles un coup ou deux, ça te prend combien de temps ? Dix secondes à tout casser. Quoi, les oreilles ? Désolé, je me balade pas avec ma boîte de Q-Tips. Tu te mouches ? Mouais, s’il reste de quoi, pour pas plus de cinq secondes, une misère. Voui, on peut klaxonner aussi, mais avec le bousin que ça fait, tu n’insistes pas plus de 30 secondes. Pas con, tu as pensé au sandwich. La rocade, tu la connais, et pas rare que l’embouteillage joue les prolongations. Alors tu te le descends, plus un coup de jaja, pour faire passer. Gaffe aux flics qui se pointeraient sur la bande d’arrêt d’urgence, les perfides.
Mais des fois, c’est pas suffisant pour t’occuper. L’embouteillage, pas con, tu comprends que c’est un accident. Loin devant toi, dans le mauvais sens, celui où tu poireautes, ça gyrophare du bleu à l’orange et ça pimponne, qu’on dirait la fête de la musique. Le A magnétique sur ta bagnole, y’a un bail que tu l’as refilé à ton gamin qui l’a refilé au sien, et un feu d’artifice comme celui que tu vois, tu sais ce que ça veut dire : tranquille une demie heure, hors taxes, et au prix du carburant… Tu coupes le moteur, tu sors ton bigophone, merde, pas de réseau. Tu te fais deux minutes de conversation ; trois de vidange des narines ; une à faire des paniers dans le cendrier ; pas cinq pour le casse-dalle et le quart de rouge que tu n’oublies jamais d’embarquer, au cas où ; plus une dernière minute de grattage de coucougnettes. Tuer le temps, c’est pas de la tarte, tu te dis en levant les yeux dans le rétroviseur, occupation pas plus tartignole qu’une autre, surtout si un joli minois se dessine dans le miroir. C’est le cas. Une jolie brunette, ah nom de dieu ! Genre pas farouche, même si ça veut rien dire, mais d’un sex appeal, que les siennes, de piles, sûr que tu les rechargerais si elle était en rade. La file de guimbardes n’a pas avancé d’un pouce et ça clignote toujours autant là-bas : c’est pas demain la veille que ça va décoincer. L’idée d’une petite branlette te passe par la tête, vite abandonnée, pas pour cause de non envie, mais pour cause que –ah, les cons !– la rocade est sous surveillance vidéo et une caméra renifleuse (le tout dernier modèle) plantée à pas dix mètres te reluque et te snife du haut de son pylône blindé. Quoi faire pour tuer les minutes qui s’égrènent moins vite que des pavés du nord dans un sablier ? S’emmerder ? C’est ce que tu fais en bayant aux corneilles les yeux au plafond de ta tire, en laissant ta main, livrée à elle-même, tripoter ce qui ressemble au frein à main. Lorsqu’une sale secousse et le sale bruit qui va avec te tire de ta torpeur et de tes réflexions nécessairement métaphysiques. Preuve, s’il en fallait encore, que se raconter des trucs, ne serait-ce que par la pensée, est dangereux lorsqu’on est au volant.
Aussi ne puis-je qu’encourager ces responsables qui œuvrent pour une interdiction totale du téléphone au volant, en souhaitant qu’ils n’en restent pas là quant aux mesures à prendre pour renforcer la sécurité routière et renflouer les caisses de l’état.

Alors, que l’interdiction de téléphoner en voiture soit suivie par  les interdictions :

D’utiliser tout type de GPS, avertisseur de radar ou similaires ;
d’écouter la radio et surtout d’introduire ou d »extraire un CD d’un quelconque appareil de diffusion du son ;
de prendre livraison de quelque nourriture que ce soit dans un drive ;
de poster son courrier sans se lever le cul du siège, alors que tourne le moteur ;
de grignoter, faire bombance, fumer, boire, se shooter, avaler des médicaments ;
d’éternuer, tousser, péter, rire et pleurer ;
de se gratter les parties génitales et l’orifice anal ;
d’avoir la diarrhée ;
de se masturber, se faire masturber, voire mieux ;
de se curer ongles, narines, oreilles, doigts de pied, se faire les ongles ;
de se doucher sous prétexte qu’on est en décapotable et qu’il pleut ;
de jouer aux cartes, échecs ou tout autre jeu de société ;
de tricoter, faire du tricotin, broder à l’aiguille ou au crochet, denteller au tambour ou au fuseau ;
d’extraire de quelque contenant que ce soit ou l’y remiser argent comme carte bancaire avant et après péage ;
de pratiquer toute forme de prière, plus particulièrment chez les musulmans ;
de mourir (un mort au volant serait, dit-on, plus dangereux pour les autres usagers qu’une personne vivante)

Et surtout, que tout véhicule soit obligatoirement équipé d’un mouchard (Boîte noire), et tout conducteur d’une puce électronique dans le cul, qui dénonce ses agissements.

Pour Le Conseil national de la débilité routière : PCJV

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Drames quotidiens et cellules d’écoute

Alors qu’il circulait à bord d’un véhicule équipé d’un pare-brise sur l’autoroute B52 avec ses deux enfants à bord, dont un mineur, un automobiliste, de surcroit père de famille, a heurté un moucheron. Ce dernier, qui n’avait pas vu arriver le véhicule roulant à plus de 35 kilomètres heure, s’est violemment écrasé sur le pare-brise. Des témoins ont fait appel aux services de protection de l’enfance qui ont aussitôt mis en place une cellule d’écoute. Choqués, les enfants n’ont pu jusqu’à présent être entendus. On se demande vraiment à quoi peuvent bien servir ces cellules d’écoute.

Alors qu’il lui demandait de présenter une pièce d’identité, un gendarme s’est fait vertement incendier et ignominieusement insulter par un voyou. Très choqué, le gendarme n’a pu qu’envoyer se faire foutre le journaliste qui l’interviewait. Une cellule d’écoute a été mise en place par les services préfectoraux. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ignorons qui, du gendarme ou du journaliste bénéficiera de cette écoute qui, n’en doutons pas, sera des plus attentives et utiles.
On attend toujours les pompiers.

Alors que, pacifiquement, il relaçait ses brodequins au cours d’une opération de maintien de l’ordre et de pacification en Afghanistan, un militaire de carrière a perdu la vie. Malgré les recherches entreprises pour la retrouver, à l’aide de ses camarades sous les ordres de l’adjudant-chef X, il a été impossible de remettre la main dessus. Une cellule d’écoute a été mise en place, dont on n’a aucune nouvelle, les réseaux de téléphonie mobile fonctionnant très mal dans la région.

Un prêtre a été mis en examen pour atouchements sur mineur. Une cellule d’écoute a été mise en place dans son confessionnal.

Les manifestations se poursuivent en Turquie où une cellule d’écoute et de soutien a été mise en place par les autorités.

Après lui avoir demandé pour la énième fois de lui apporter une bière, et plus vite que ça, un  homme a houspillé sa femme avant de lui infliger une rouste de tous les diables quand elle lui avait répondu que, occupée qu’elle était à torcher le petit dernier tout en faisant la vaisselle d’une main et passant l’aspirateur de l’autre, elle n’avait, de ce fait, pu répondre à sa supplique, le taux élevé de décibels ayant fait barrage à la demande de son homme. Pour soutenir le malheureux mari, une cellule d’écoute a été mise en place.

Pour contenir le sentiment d’impuissance qui a frappé une cellule d’écoute à laquelle aucune des victimes de l’accident de chasse relaté dans notre article d’hier n’a voulu se confier, une cellule d’écoute a été mise en place par les services sociaux de la commune.

Etc.

— C’est où qu’on va, chérie ?
— Parle-moi mieux que ça si tu ne veux pas un drame et qu’on nous colle une cellule d’écoute dans les pattes.

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Politique, cirque et élections

— Ton parti, c’est bien beau, mais c’est pas le tout, parce que si tu veux que les gens votent pour lui, faut qu’il soit connu, et si tu veux qu’il soit connu, faut faire de la réclame.
— Le Dubonnet, comment c’est qu’on en aurait bu si on y avait pas su que ça existait, et comment c’est qu’on aurait su que ça existait si on avait pas vu la réclame.
— Et comment on l’aurait vue, la réclame, si on avait pas pris la nationale 7. Ou le métro.
— D’toute façon, sans les congés payés, y’aurait pas eu de nationale 7.
—  Et sans le Front populaire, dans le cul les congés payés.

Fallait bien qu’on s’y attende, et sûr qu’on avait eu raison de dire que, finalement, les élections, ça attendrait, d’autant que c’était pas l’heure. Pas qu’il y eut pas péril en la demeure, genre feu qui couve, mais du moment que les pompiers étaient encore vaillants et la caserne encore debout, ça risquait pas tant.
C’est à l’enseigne Chez Dédé, qu’on l’avait fondé, notre parti, les gars et moi. Des sacrées fondations ! « Pierrot, président – Pierrot, président » ils avaient gueulé. Tu m’étonnes, avec les tournées que je leur offrais, pas de risque qu’ils en prennent un autre. Mes économies feraient de moi un bon président qui durerait bien autant que les meubles Lévitan. Bien l’bonjour, monsieur Lévitan.politique cirque elections
 Le Dédé ? Entre le bistrot et sa bourgeoise, dangereux, avaient pensé les gars, un coup à voir débarquer la ligue anti-alcoolique. Lucien ou Bébert auraient pu faire l’affaire, mais élire un mort qui aurait à voter à son tour, ça manquait de chrétienté. Pedro, l’ancien instit de Nœud-lès-Verges, aurait attiré les foudres des punaises de bénitier, tandis que les Jojo, Justin, Fred et autre Nénesse s’étaient avoué ne pas être à la hauteur de telles responsabilités. Ils accepteraient cependant d’être au conseil municipal, le temps de faire leurs armes pour le ministère qui leur échoirait le jour où notre parti remporterait haut la main les élections. Simone serait au Budget ; Germaine à l’Économie. Personne n’avait évoqué le nom de Fernand, desespérément con, et de surcroit, gendarme ; ni celui de Momo, plus assez Maghrébin, à notre goût, pour que ça emmouscaille à souhait nos rares petits nazillards locaux, dont le charcutier.

« venez tous les…tits z’enfants ce… oir …rade ……. du village. Ce soir, un specta… …noubliable avec le Grrrrand Cirque Oncemar, et son clown Rigolarrrrdo qui enchantera petits et grands … … la parade, … ménagerie. Bonzour les petits z’enfants, ce soir, à 21 heures, ne ratez pas le spectacle inoubliable du Grrrrrand cirque Oncemar, avec son clown Rigolarrrdoooo. »

C’est quoi, ce cirque ? avait râlé Dédé, on s’entend plus causer. Le cirque, j’avais répondu, en comprenant que, notre réclame, on la tenait. Entre la vieille guimbarde de Bébert que sa veuve nous prêterait –une C4 mise au rancart sous un tas de foin, en 39, pour cause de dissimulation à l’appétit ennemi–, le tracteur d’un des gars, les bestiaux d’un autre,  on t’en ferait une, de parade, que celle du cirque serait une douce rigolade. Ce que j’avais expliqué.

« Pas couillon, c’t’affaire, sauf qu’il nous faut un cornac, un clown, quèques athlètes, jongleurs, acrobates, plus un prestidigitateur, deux ou trois fauves et un mégaphone, t’as pensé à un mégaphone ? » avait objecté Dédé, au lieu de faire son boulot, genre remplir les godets.
Ça avait fusé de tous bords.

— Le cornac, je suis pas contre. Pour l’éléphant, ma jument fera l’affaire. Doit bien me rester 2 ou 3 mètres de tuyaux de chantier, du machin annelé en plastoc gris, nickel pour la trompe.
— M’est avis que la Berthe ferait mieux l’affaire. Ou pour un des fauves. Tu lui mets un slip léopard, et comme l’épilation c’est pas son truc…
— Un clown sans nez rouge, c’est pas un clown. T’en penses quoi, Dédé ?
— Dédé il a le pif cramoisi qu’il faut, mais j’le vois plutôt en prestidigitateur. Faut voir comme il te fait disparaître un godet rempli à ras bord et encore plus vite le bifton que tu poses sur le comptoir.

« Hola, les gars, allez-y mollo. La politique c’est quand même pas du cirque ! » avait interrompu Fernand. Ce ne pouvait être que lui, à ainsi gendarmer.
« Tiens donc, et depuis quand ? » on lui avait répondu.

Après, il avait fallu qu’on trouve un slogan, et avant ça, un nom pour notre parti. Pas une mince affaire. Je ne dirai pas par quelles circonvolutions de l’esprit on était passé, mais sûr que les neurones avaient frisé l’apoplexie. Par toutes les voix contre aucune on avait dit oui au nom qu’avait suggéré on ne sut jamais qui, comme quoi les miracles existent.
DUCONOT serait le nom de notre parti. Plutôt qu’un slogan imbécile, et s’inspirant du coup de génie du sieur Adolphe Jean Marie Mouron, avec son DUBO DUBON DUBONNET, on avait imaginé quelque chose qui ne laisserait personne indifférent et qui, marquant les esprits, s’y imprimerait à jamais, du moins le temps que les dits esprits nous donnent leurs voix : DUCO – DUCON – DUCONNOT. DUCONNOT, chacun l’aura compris, étant l’acronyme de Décideurs Unilatéraux Coopératifs (à) Obligations Narcissiques Niaises Obsolètes (et) Taiseuses, un truc comme ça ou pas loin.

Le temps des élections venu, parce que tout vient à temps, surtout ce qui change rien, on avait posé pour les photos officielles et les affiches, on avait paradé –éléphant et tout–, on avait fait la réclame, on avait été élus –honnêtement– puis on avait démissionné, par honnêteté. Bref, on avait fait le cirque. Un peu comme en politique, mais eux, ils sont mieux rodés.

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Notre mot d’ordre du mois : Mincir et bronzer

Et allons-y que téloche, magazines, radios nous refont le coup du printemps, cette saison qui vient juste avant l’été. L’été où on va se remettre la couenne au soleil, la crème solaire sur la couenne pour se choper une gentille allergie (ou, si on est chanceux, un cancer), et les arpions à l’air, histoire de virer les importuns qui se pointeraient dans notre espace vital. Je sais, et à condition de ne pas se coller les narines entre les doigts de pied d’un autre que soi-même, tout un chacun ne pue pas des pieds.
L’été, c’est fait pour se pavaner, faire le paon. Pas de ceux qui auraient perdu leurs plumes à force de se les faire cueillir par quelque horticulteur créatif, mais de ceux qui se savent beaux, minces, radieux, royaux et qui le montrent. Pas de ces boudins aux pépites de lard gras et farcis d’oignons, à taille de canneloni, mais de ceux antillais aux rondeurs plus modestes. Passé l’hiver, tout sera fait pour tenter de faire fondre le bloc de saindoux qu’on sera devenu, avant d’oser s’exposer dans la poële à frire d’une plage brûlée de soleil, à se faire dorer la pillule et parfaire le bronzage.
Le printemps, c’est le temps des régimes, celui sans sel, sans alcool, sans bouffe, sans grignotage, sans rien, et celui des crudités imbéciles qui escagacent gaster et boyaux. Régime quasi conforme à celui qui fit fureur : le régime de Vichy –qui évoque les carottes, lorsqu’elles sont cuites… au Vichy–, sans lequel les lignes de démarcation du maillot seraient autant d’affronts aux canons de l’esthétique. Vichy 1940 –cela s’entend–, un egzélent cru.
Bronzez, mes frères ; autobronzez, mes sœurs ; daubez-vous en même temps que vous empoisonnez la mer et ses hôtes ; offrez en pâture vos corps marchandises au vorace appétit des industries cosmétiques qui vous veulent tant de bien en trichant sur le beau ; et comme d’autres applaudirent des deux mains cet autre dictat des années 40, plébiscitez aux côtés des médias celui de la vanité et de la connerie réunies. Mais pas avant d’avoir perdu vos kilos hivernaux !
Déjà 11 heures ? Et les potes qui m’attendent Chez Dédé, le bistrot ombragé de la place des platanes..

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Ouf ! Bientôt la Pentecôte

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Disparus ou encore en vie –et tant pis pour certains–, prions, mes frères, pour qu’ils aient enfin la lumière à tous les étages. Amen.

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Mariage pour tous, avec tout et n’importe quoi

Encore mieux que me marier avec qui je veux, je vais pouvoir me marier avec ce que je veux. Et ça va en emmerder plus d’un, plus d’une, et plus d’autres. Tant pis, faudra bien qu’ils fassent avec. Avec tous les pervers esseulés qui traînent flemme, charentaises et solitude au parlement –ce machin qui porte à merveille son nom puisqu’on y parlemente, qu’on y parle, qu’on y ment et qu’on y bonimente, à condition que le gueuleton de midi soit bien passé–, pas étonnant que la loi soit passée. Les lois, c’est des règles qu’ils votent pour, si ça les arrange, et contre si ça les arrange pas. Celle qui fait qu’on peut désormais convoler avec n’importe quoi –hominidé, bestiau, chambre à air, alien, cornet de frites ou acoustique, cucurbitacé, préservatif ou balai de chiottes– fallait pas s’attendre à ce qu’elle ne passe pas un jour ou l’autre, et c’est ce qui est arrivé. Il y avait bien quelques opposants, toujours les mêmes, du faux derche teint de navet, les mêmes qui avaient rejeté à la corbeille la loi Prout (du nom de son éminent rédacteur), visant à inciter, par une allocation confortable, les mariages entre nonagénaires. Les opposants avaient prétexté que le coït entre vieux débris était une atteinte à la salubrité publique, les anus et autres organes artificiels, made in China, n’étant pas d’une fiabilité à toute épreuve.
Bon, et enfin, la loi est passée, et je vais, moi aussi, pouvoir convoler, coïter et plus avec ce que je veux. Liste établie des partenaires sur lesquels je pouvais jeter un paquet de dévolus, j’ai procédé à un premier tri, éliminé les moins fiables, souligné les plus endurants, entouré ceux dont la maintenance me semblait aisée et peu onéreuse. Pour finir par me retrouver  avec cinq nominés : un poêle à mazout – un toaster – un alien – un matelas pneumatique (voyant qu’aucune rustine, ni ensemble bonde-siphon n’étaient compris dans le pourtant beau petit lot, j’avais biffé la poupée gonflable) – une biquette. Aucun hominidé, avais-je constaté,finalement peu surpris. Eliminé le toaster, à cause des grèves eudéeffe trop fréquentes depuis l’application d’un certain décret gouvernemental inique, injuste et idiot –comme le sont nombre de décrets–, me restaient quatre possiblités. Livrée sans bottes, ni commode et perclus de rhumatismes que je suis, l’usage d’une biquette m’avait semblé malcommode. Le poêle à mazout ? C’était compter sans le réchauffement climatique et sans le prix exorbitant du fuel. Rayé. Séduit un instant par le matelas pneumatique, quoi que présentant une certaine dangerosité, j’avais longuement hésité, mais inéluctablement attiré par l’alien qui me souriait par ma foi assez bizarrement, je m’étais dégonflé.
Et hop ! direction l’hôtel de ville en faisant un crochet par l’autel –croyez-le ou pas, je suis croyant– où un drôle de type avec de drôles de vêtements blancs aux petits motifs rouges soigneusement brodés sur son bonnet en coton des Vosges, nous a donné vendu sa bénédiction pour un écu symbolique. Crotte de bique, les alliances ! m’étais-je écrié un rien marri, pensant un instant les avoir oubliées au cabinet d’assurances et d’administration de biens, plus autres entourloupes. Quoique amère et un rien déçue, la biquette, qui avait accepté d’être notre témoin, me les avait tendues, la coquine qui avait tu les avoir enfouies entre deux touffes de poils de sa douce toison.
Ne seraient-ce quelques maladroits jets de cailloux lancés par des opposants au mariage pour tous, avec tout et n’importe quoi, une bien belle journée.
 Rebelote en mairie, plus remise du carnet de famille, vœux de prospérité et souhaits municipaux d’une ribambelle de descendants, à défaut de vrais enfants. Sus ! avaient hurlé les mêmes opposants en se ruant sur nous, à qui mon alien chéri(e-s) avait répondu dans sa verte langue qu’elle y comptait bien, avant de leur administrer une légitime dérouillée.
Après ce fut la fête, la plus belle des fêtes. Jusqu’à ce que mon alien chérie(e-s) m’avoue l’inavouable. Aussitôt nous nous séparâmes puis divorçames, ainsi va la vie.
La tête du curé et du maire, lorsque j’étais repassé devant eux avec la biquette ! Si le fait d’être divorcé avait posé un problème ? Diantre non, et ce serait sans compter sur l’ouverture de l’église qu’un nouveau pape avait sortie de l’obscurantisme.

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La peur de ne pas y arriver

Peur de ne pas y arriver. Je ne suis pas le seul ? Et alors ! Par ailleurs, qui trouverait rassurant d’être un imbécile parmi d’autres du même acabit ?
L’immensité des tâches à accomplir me fait penser à ces océans sans rives, ni continents pour les cerner. Une fièvre qui m’oblige à garder le lit, pas celui de la rivière, qui la contraint à s’écouler vers d’autres cieux ouverts et sans limites, celui de cette aqueuse étendue tout à la fois intérieure et extérieure. Salée. Un lit impérial où attendre que plus rien ne se passe, enfin.
Cloué par deux clous de lumière, transi d’effroi, la stupeur m’a pris. Un viol. Traqué par des phares, tel une bête surprise et affolée, les yeux comme deux ronds de flan, j’attends que “ça” me tombe dessus, ce qui, mettant un terme définitif à ce qui se conjugue au futur, en mettra un autre aux verbes qui se conjuguent au présent. Ceux, surtout, qui parlent d’effroi, l’enfoncent au creux de la gorge, faisant germer puis s’épanouir la panique, celle aux doigts de ronces, puis celle au cœur de coaltar qui fleurit en nausées. 
Avant, juste avant que le “ça” de la délivrance survienne –mais il sera trop tard–, la décision d’enfin ne plus en faire autant. Plus jamais.

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Frustration

S’il y a une chose dont je ne suis pas frustré, c’est bien de la frustration.
Quoi-t-est-ce que la frustration ? vous entends-je penser, pas même envieux de n’avoir pas ce mot à votre vocabulaire, n’en ayant pas l’usage. La frustration c’est le contraire de ce que vous ressentez présentement, là, ici et maintenant, comme disent ceux qui ne savent pas quoi dire, si ce ne sont des poncifs pontilénifiants.
Éclairage de lanternes : il fait nuit. Vous souhaitez allumer la lumière pour connaître l’heure, celle de l’instant d’alors. Hélas, vous n’avez pas pensé à faire installer le moindre interrupteur dans votre chambre au papier peint désuet, et l’ampoule, affichant pourtant une puissance de 100 watts, reste desespérément noire. Noire parce qu’il fait nuit. Frustration.

Un deuxième exemple : Il doit être dans les 2 heures du matin, heure à laquelle vos soucis n’ont pas encore fait relâche, tout comme vous. Cependant, vous souhaitez savoir quelle heure exacte il est, ou pour être plus logique, quelle heure exacte elle est, heure étant du genre féminin. Vous actionnez l’interrupteur qui, cette fois-ci, plutôt que d’interrompre le flot de lumière comme tout interrupteur est censé le faire, le fait jaillir, avec pour conséquence la pièce qui s’éclaire. Vos yeux cherchent le réveil matin (rappelez-vous : il est 2 heures du matin et, s’il avait été 14 ou 23 heures, il n’aurait servi à rien de le chercher), lorsque, horreur !  vous vous rendez compte que vous n’avez ni montre, ni horloge, et pas plus de réveil matin, réveil midi, après-midi ou soir. Des années qu’il en est ainsi, et autant  d’années où, nuit après nuit, à cause de vos soucis, vous avez tenté l’impossible : lire l’heure alors que vous n’avez jamais possédé la moindre machine, fut-elle modeste, qui le permette. Les étoiles ? Pourquoi pas, mais franchement, question précision (à cause de leur éloignement), ça n’est pas évident.
Cela est non seulement frustrant, mais aussi rageant. De rage, vous envoyez valdinguer une de vos chaussures là où aurait dû se trouver votre réveil, celui où une poule idiote passe son temps à picorer, ce qui vous empêche d’avoir un sommeil réparateur, quel que tardif qu’il soit à cause de vos tracas.

Vous souhaiteriez d’autres exemples ? Non. Et ni menaces, ni suppliques ne me feront revenir sur mon non décisionnel.
Frustrés ?

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Vente de pauvres aux enchères

vente_de_pauvres_aux_encheresJe suis un con.  Y’avait une vente aux enchères, et je me suis pointé à la bourre. Une vente de pauvres, pas une pauvre vente, gros malin !
Un paquet de pauvres aux enchères, sauf que je me suis fait souffler le lot. Pourtant pas faute d’avoir fait sonner le réveil, les réveils. Un paquet de réveils made in China payé ce que ça vaut, trois fois rien, aux enchères, of course. Des marrants, les Chinois. Je ne sais pas combien de secondes ils mettent dans une minute, ni combien de minutes ils casent dans une heure, mais certainement pas soixante.
Dring, dring, dring. Sonneries à tous les étages. Je me suis fait propre beau, ai descendu tranquillement les escaliers, me suis fait faire un café turc par ma bonniche, une du même coin, récoltée à la salle des ventes du patelin d’à-côté. Si j’avais le temps au lieu de traînasser ? D’après mes réveils, oui. Alors j’ai pris mon temps. Et c’est comme ça que j’ai loupé la vente, une affaire, si j’ai bien compris, à voir le sourire sur la tronche de l’acquéreur et la gueule de six pieds de long des autres.
C’est pas parce que j’ai loupé la vente que je dois en faire toute une histoire ? Et pourquoi pas, je vous le demande. Parce que vous imaginez que c’est tous les jours qu’on peut se faire des couilles en or ?
Vous avez la moindre idée de ce que ça rapporte d’avoir à disposition un cheptel de pauvres ?
 Les multinationales, d’après vous, elles font quoi ? Prenez la première qui vous vient, une qui fait dans l’agro-alimentaire, par exemple. Je sais, on pourrait en prendre une qui fait dans le pharmaceutique, la flotte, ou l’armement, pourquoi pas. De toute façon, les grands groupes, c’est des touche à tout. Va même savoir s’il n’y en a pas qui feraient un petit peu dans la drogue ou la prostitution.
Alors, elles font quoi, les multinationales ? Elles achètent des paquets de pauvres aux enchères, et si elles le font, c’est que c’est juteux, juteux à souhait. Et vu les accords et ententes, je ne vous dis pas à quel prix, généralement à un prix en dessous de celui du marché, et comme le marché c’est elles qui le fixent… vous avez tout compris. Si les commissaires priseurs sont de mèche avec les grands groupes ? Bah, je peux pas l’affirmer, mais vous en pensez quoi, vous ?

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