Prise d’otages et manière forte

Fallait s’y attendre, et ça n’a pas traîné. Dans ces pays de sauvages, rare que ça traîne. Alors fallait aussi s’attendre à ce que le pouvoir ne tergiverse pas, faut quand même pas déconner. Et moi, je serais le pouvoir, c’est ce que j’aurais fait : foncer dans le tas, et merde, quoi ! On n’a pas à se gêner avec ceux qui se gênent pas, hein ! Parce que, tout à fait entre nous, pas gênés, les barbus, avec leur espèce de galurin à la con, leurs couteaux mal peints en rouge, avec des coulées que tu te dis qu’ils sont pas prêts d’avoir leur CAP, et leur futal que je sais pas ce qu’ils planquent dedans, mais imagine que ce soit leur casse-dalle, un sandwich au jambon, tu vois le tableau et tu sens l’odeur ? Moi, ce que je dis, soit c’est des soixante-huitards attardés, soit des pédés ou des artistes de rien, soit je sais pas quoi ou des nègres, à moins que ce soit des youpins ou, va savoir, pire, des mahométans. Pas facile à savoir, à cause des barbes, justement. Puis du cache-misère qu’ils se collent sur le dos, une espèce de manteau en poil de bête, et pas des bêtes de chez nous, suffit de renifler l’odeur.
Bref, ils se sont pointés chez Gégé. Gégé, c’est le droguiste quincailler du coin qui tient aussi la station service. Avec ses je sais pas combien d’employés, c’est la plus grosse boîte du patelin. Plein aux as, le Gégé, et ça, c’est de la fabrique de jaloux. Déjà que pour moi c’est pas si facile avec mon épicerie qui fait des envieux, pas étonnant que ce soit pire pour lui. En plus, si on considère que c’est la dernière station avant l’autoroute, on aura compris.
D’après les barbus, c’est magouille et compagnie qui font qu’il se l’est offert, son commerce. Moi j’en sais trop rien, mais ça m’étonnerait pas. D’ailleurs, y’a qu’à voir les drôles de clients qui se pointent chez lui, le soir. C’est pas en 2 Pattes qu’ils se pointent, les cocos, ni en 404, même si la Pigeot, y’a que ça de vrai, pas aussi bien qu’un chameau, à cause de ce que ça tétouille, mais mieux qu’une femme que, question de porter biftons et munitions, ça vaut pas un clou. C’est pas dans des 4×4 pourris qu’ils se trimballent, ces salopards en affaire avec Gégé. Tu me diras, sa propriété à l’étranger, piscine, chambres meublées –90-60-90– et tout, faut pas se demander où il a trouvé le pognon.

Revenons à nos barbus, comme ils disent eux-mêmes, toujours prêts à raser gratis, rapide et près du col. Eux, c’est pas de la berline de luxe, mais c’est pas non plus de la trotinette ou de la bagnole à pédale en mauvaise tôle. Vingt places, frigo, vitres teintées, GPS, Oueb, DCA plus un Exocet par tête de pipe. C’est dans du deux fois 4×4 qu’ils se trimballent. C’est dangereux, vous me direz, de se trimballer sur des chemins cahoteux avec de la pétoire XXL. Sans doute, mais ces gonzes-là, les cahotements et le chaos, ils s’en foutent comme de leur premier burnous et s’en contrefoutent comme du premier otage qu’ils ont saigné. Saigner les otages, c’est leur truc, ça doit être que le boudin de cochon, ils n’y goûtent pas tant, soit-disant que ça donne la brûle à l’estomac, à cause que c’est impur. Ce sidi Ceci dit, je veux bien le croire, quand on voit les cochonneries qu’ils font et celles qu’ils avalent. Moi, je me vois pas trop bouffer du boudin d’otage, mais enfin, chacun ses goûts, sans compter que, quand tu as la soif, tu vas pas cracher sur un petit canon de rouge. Cependant, même si ça ne pend plus, comme quand la fantaisie de tout raser les a pris, leur spécialité de boudin d’otage farci, faudrait quand même me payer cher pour que je m’en paie une tranche. À quoi c’est farci ? Ben tiens !

Gégé, c’est un ancien de l’Indo. Pour pas qu’on l’emmerde et que n’importe qui se pointe à l’improviste sans carton d’invitation, il a embauché un agent de sécurité et fait suspendre des boîtes de conserve sur des fils de fer barbelé. Qu’ils y viennent, les cons, se casser les dents, qu’il menace, Gégé. Tu parles !
Mieux qu’au cinoche, les barbus. Quatre quatre quatre, Yahvé y avait. Les boîtes de conserve et les barbelés ont valdingué de tous les côtés. Le Gégé, sa bonne femme pourra toujours tricoter des cotes de mailles avec ce qu’il en reste. Ça a pas eu à défourailler longtemps, et en moins de temps qu’il en faut pour faire pas grand chose, employés et clients ont été un petit peu tués pour pas mal d’entre eux, ceux qui faisaient pas tache, des blancs, quoi, et bouclés à quadruple tour pour les autres, des un peu moins blancs ou moins propres sur eux, allant de l’écru au noiraud, en passant par le bistre. Pour faire plus court, les barbus ont scarifié quelques gorges, peut-être un peu profond, et pris en otage ceux qui avaient eu la bonne idée de ne pas perdre la tête.
Si l’agent de sécurité a réagi ? Un peu, mon neveu, en se carapatant en douce. Y en a qui disent qu’il est cul et chemise avec les barbus qui l’auraient prévenu. Pas l’ombre du gars, donc pas de gars. Gégé, le patron ? Faut pas pousser Momo dans les crottes de camélidé : quand tu as une affaire qui tourne, du personnel à ta botte et une propriété où tu peux te mettre les doigts de pied en éventail, je dis pas que tu t’occupes pas de tes affaires, mais tu t’en occupes de loin. Gégé, sa boutique, il y est deux jours par an les années bisextiles. Les autres, je laisse deviner. Donc pas de Gégé. Merde alors ! qu’ils ont dû se dire les barbus ? Pas si sûr, parce que rien ne dit qu’il n’y ait pas d’accords tacites entre eux et lui. On te fout la paix, tu raques et basta !
En Euros ? Et puis quoi ?

Bon, les otages à l’abri, les barbus se sont amusés à casser les joujoux de Gégé, et voilà-t-i pas que des branleurs en uniforme, le même que celui des barbus, débarquent, les cernent, les coincent et tirent dans le tas. Des militaires aguerris, comme on dit quand c’est pas vraiment des pacifistes. Des jeunots qu’on leur a dit que c’était la fête foraine. Tac-tac-tac, une rangée de pipes qui explose ; pan-pan-pan, des baudruches multicolores qui pètent ; boum ! tout un tas de calebasses qui s’envoient en l’air, un vrai feu d’artifice –ô la belle rouge !
Prends une série de pruneaux dans le lard et tu verras que tu feras moins le fier. C’est ce qui arrive aux barbus qui n’ont ni le temps de crier maman, ni celui de faire une causette. Ça vaut peut-être mieux pour les uns, les autres et ceux que j’aurais oubliés.

Après, juste histoire de pas avoir de munitions à ramener, à cause des quotas, ça a tiraillé encore un peu. En aveugle. Quand on travaille en gros, on fait pas de détail, alors on tire dans le tas. Dieu reconnaîtra les siens. Avec l’avantage qu’on ne se fatigue pas la vue.

Les otages ont été libérés, ceux qui ont été tués encore plus. Ça a fait causer dans les chaumières, ça a fait couler de l’encre rouge plus quelques larmes surtout de colère puis, le vent s’étant levé, la page s’est tournée.
Le plus rigolo, c’est qu’au final, il y a un max de gus qui y ont trouvé leur compte.

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Nouvel an, voeux, grippe et gastroentérite

Paraît que nous serions passés d’une année décatie à une autre flambant neuve. Il était temps, parce que ça commençait à bien faire. Je dirais plutôt que ça finissait à bigrement trop mal faire, et pas qu’un peu. Les années qui s’évertuent à s’éterniser, sous prétexte qu’elle doivent atteindre les 364 ou 365 jours avant d’aller se vaire voir ailleurs, avec leurs éphémérides qui me narguent, ça me tue. Et mettre rageusement à la corbeille des liasses de feuilles numérotées de papier bible pour accélérer le processus n’y change rien : chaque année ne prend fin qu’une fois sonnés les 12 coups de minuit de la saint Sylvestre. Et c’est reparti pour une nouvelle année qui, ne desespérons pas, sera tout aussi tartignole que la précédente. Les grandes joies n’attendent pas : avant même l’Épihanie, les factures s’accumulent, de plus en plus lourdes, sans miracle ; la grippe débarquée dès Noël se transforme en bronchite pour les plus chanceux, en pneumonie pour les autres, les nécessiteux, à qui le gaz a été coupé pour faute d’impayé, ça leur apprendra.
Mais le pire est à venir, si ce n’est déjà fait. Héritières des astronomiques excès gastronomiques, des beuveries et autres imprudences, c’est le tour des gastroentérites dont l’avantage est de relancer l’économie, à se demander si les groupes agro-alimentaires qui font aussi bien dans la bouffe et les médocs que dans le papier hygiénique ne sont pas de mèche. Cerise sur le gâteau Mol étron supplémentaire dans la cuvette des WC, et le hasard faisant bien les choses, il se trouve que ce sont les mêmes groupes qui font dans le savon, celui avec lequel on est censé se laver les mains le temps d’une clope, si on ne veut pas se retrouver les miches gravées de l’ovale de la lunette, miches que des selles acides mettent à feu et à sang si elles n’ont pas encore été tannées par le temps.
On comprend alors qu’on ait de cesse de s’échanger des vœux, ceux de bonne santé tenant la première place. On a beau être riche comme Crésus, vivre dans le confort et être entouré des êtres aimés autant qu’aimants, rien n’est plus terrible et détestable que de recevoir en étrennes une grippe carabinée doublée d’une gastro, de celles qui font amèrement regretter de ne pas dormir seul et peinard dans un plumard, qu’après tout, il est bien légitime de souiller si besoin, comme on dit.
Les derniers feuillets de la précédente éphéméride arrachés à la hâte, on se félicitait de mettre un terme à une année de chiotte, sans penser, naïfs que nous sommes, que, rançon des âges qui s’accumulent et de la vieillerie qui s’installe, l’année qui suivrait serait pire. Pire encore pour ces inconscients qui, après avoir sacrifié aux festives agapes des fêtes de fin d’année sans penser à leurs dramatiques conséquences, n’ont pas jugé utile de refaire le stock de papier toilette, pas plus que celui des mouchoirs issus de l’industrie de la cellulose.

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Nativité

— Il y a vraiment des trucs qui m’échappent.
— Comme quoi ?
— Noël, le p’tit Jésus, Joseph, l’âne. Et les biquettes. L’était légionnaire Joseph ?
— Et Marie, elle t’échapperait pas, des fois ?
— Marie aussi, pour sûr ! Y’avait des biquettes dans la crèche ?
— Si c’est de la crèche de la Nativité que tu causes, je suis point sûr, mais j’crois bien. Les ânes, ça donne pas tant de lait, à part çui d’ânesse, mais pour ça, faut être une femelle. Alors le p’tiot, si sa mère c’est un ange qui lui a fait son affaire, m’est avis que c’était ceinture pour la tété. Des biquettes, i d’vait y’en avoir, sinon l’aurait point duré, le p’tit gars.
— Gabriel il y est pour rien dans c’t’histoire. Il lui a juste dit, à Marie, qu’elle attendait un moutard. Le fils de Dieu, qu’elle lui a annoncé, que le père c’était l’Esprit saint. Moi, on m’aurait dit ça… Et le bœuf, il vient faire quoi dans c’t’histoire, à part le chauffage ?
— J’en sais point trop rien, sauf que, si on réfléchit bien, c’est un peu le pendant de Joseph.
— À cause des cornes ? Tu me diras, un mâle qu’on les lui a coupées, je comprends que sa donzelle elle aille voir ailleurs, même si c’est avec un ange ou avec l’esprit saint. L’a bien le droit, après tout. Ça viendrait pas de là qu’on dit « être aux anges ? ».
— Va savoir… À cause des cornes, peut-être, mais à cause du reste, surtout quand c’est plus que des restes, c’est bien possible. Y’a un psy-chose, il dit que c’est pour ça que Jésus il a mal fini. Sentiment de culpabilité ou de honte lié au père, un truc comme ça, qu’il fallait qu’il paie.
— C’est pas de bol, qu’il y avait pas la pilule. Y’en aurait eu, ça se serait peut-être pas passé comme ça. Pareil si y’aurait eu des capotes. Tu me diras, un ange qui s’enfile un préservatif, j’ai du mal à y imaginer, et ça doit pas être rien. 
— Pas pire qu’un bœuf ou que Joseph.
— Mais l’ange, il y est pour rien du tout, on y sait. Ou alors c’en est un autre que Gabriel. J’aurais pas aimé être Joseph. Un moutard à c’t’âge-là, qu’en plus c’est même pas le tien.
— L’esprit qui a engrossé Marie, on sait à quoi il ressemblait ?
— Non, parce que paraît que ça ressemble à rien un esprit. Pas de tête, pas de tronc, pas de jambes et pas de bras non plus. Rien. Encore moins que Joseph. Sauf des fois, sur des photos, c’est comme de la fumée, rien que de la fumée.
— Comme celle des apôtres avec les langues de feu ?
— Ben non, y’avait pas de fumée. En tout cas, personne en parle. 

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Prendre de bonnes résolutions

Tagada, tagada, tagada. La fin d’année arrive à fond de train les galipettes, rapide comme une marée montante qui fonce à la vitesse d’un cheval au galop sur une pente descendante. C’est l’hiver et le sale temps des bilans, celui du verglas, des batteries à plat, je ne parle pas que de celles des bagnoles. On se survitamine, se surchauffe, se surbourre, se survêt si on a de quoi.
Le regard ailleurs, on se déleste de quelque menue monnaie hâtivement jetée dans l’escarcelle cabossée d’un crève-la-faim. Ça fait bling-bling, un très joli son cristallin. On fait les grands magasins ou, selon les moyens, les petits où on achète ce dont on a nul besoin, du toc, du clinquant, du hightech, du superflu qu’on aura vite fait de rendre en ce lieu qu’ils n’auraient jamais dû quitter : les chiottes. On s’en mettra plein la lampe jusqu’à en être malade. Ce qui ne changera pas grand chose puisqu’on est déjà de grands malades.
 Échange de procédés aussi douteux que l’intégrité d’un politicard, on se fera des cadeaux, on en fera, et même ceux qui tendent à n’en point faire (et s’en réjouissent), en feront. L’affection se mesurant à l’aune des ronds de jambe, services rendus donnant donnant, tu paies tu m’aimes, je paie tu m’apprécies, va falloir les ouvrir les portefeuilles et faire semblant d’ouvrir les cœurs. Quel boulot !
 Des enfants seront émerveillés devant la pléthore de jouets que ce nigaud de père Noël leur aura apportés, tandis que d’autres auront pour présent de quoi caler un coin d’estomac plutôt que l’ordinaire d’une soupe à la grimace. Joie inneffable, certains recevront le câlin desespéré d’une mère transie rendue muette par la froidure et la honte. Emmurés derrière ses lèvres closes, les mots ne sortiront pas, ou si peu. Peut-être, de ses doigts boudinés par le froid et les crevasses, caressera-t-elle la tête de son petit, peut-être lui glissera-t-elle à l’oreille un tristounet « Mon tout petit…» Que nul n’entendra.

Un sentiment de révolte, vite remplacé par celui d’impuissance me fera supporter cette gêne qu’on éprouve face à qui est dans la gêne. La conscience allégée, je pourrai tourner les talons et poursuivre mon chemin. Une pensée émue pour les mal lotis me viendra, vite balayée par une lame de bise. Remontant le col de mon manteau, je me couperai du vent et de ces errants dérangeants.

Dans la chaleur de mon chez moi, les pieds calés dans mes charentaises, conscience en éveil et âme en peine –façon de payer mon tribut aux miséreux–, je m’inventerai de bonnes résolutions pour que les mots partage, générosité, altruisme, plus d’autres que je feins d’ignorer, ne soient jamais rayés du dictionnaire.

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Un bon voisinage

10 centimètres de neige, il est tombé. Ma bagnole, je la gare sur le trottoir, pas que ce soit bien pratique, mais comme ça emmerde la voisine, c’est une raison suffisante. Histoire de ne pas coincer ma porte d’entrée, je me gare plutôt devant la sienne. Aujourd’hui c’est dimanche, et comme tous les dimanches elle file à l’église, 10 heures pétantes, pour la grand messe. Une bigote, la voisine, mère chat, mère chien, mémère à son toutou qui ne se gêne pas pour lui faire faire ses cro-crottes sur mon trottoir. Une garce ! Et avec la neige, pas sûr que je ne me fasse pas piéger.
Crrrrr, clic. Elle vient d’ouvrir sa serrure. Une serrure toute neuve qu’un malfaisant l’a obligée à changer. Les colles à deux composants, ça a fait de ces progrès, et vu le prix, je ne peux pas dire que je me sois ruiné !  Je l’entends passer l’huis. Crrrrr, clac. Elle maugrée dans sa barbe, une histoire de bagnole, que ça commence à bien faire et tout… Les micros haute sensibilité que j’ai installés fonctionnent à merveille, pour peu que les piles soient chargées. J’y veille et les ai justement remplacées dimanche dernier par celles de son détecteur de fumée, engin qui ne risque plus de me réveiller. Il ne débitait pas des tonnes de décibels, mais c’est grâce à mes micros qu’un mois auparavant, oyant l’alarme, l’occasion m’avait été donnée d’enfoncer sa porte pour lui venir en aide. À grand renfort de seaux d’eau j’avais maîtrisé le départ de feu d’une cigarette coupable mal écrasée dans son cendrier d’ébonite. Cette andouille n’avait pas eu d’autre choix que celui de me remercier pour ma promptitude à jouer le pompier de service. Je déteste les bondieuseries, raison pour laquelle j’avais copieusement arrosé une vieillerie de bible crasseuse trônant sur sa table de nuit ; sa lampe de chevet peinte d’une main malhabile (sans doute celle d’un paralysé que la grâce avait oublié de toucher) représentant Bernadette Soubirous en lévitation dans sa grotte, œuvre majeure ramenée d’un voyage à Lourdes qu’elle avait entrepris au sein d’un groupe de paroissiennes en mal de B.A. ; son édredon lustré que les outrages des ans et de la bave avaient fini par réduire à l’état de charpie là où devait mollement s’avachir son menton que trois terribles poireaux rajoutent à sa disgrâce. Petit, déjà, j’exécrais les poireaux que les vieilles tantes me collaient sous le nez une fois l’an, contact dégoûtant que je devais supporter pour mériter mes étrennes.

1 heure 30 devant moi, le temps que dure la grand messe. J’entre chez elle. Pas compliqué car, depuis ma prestation de sapeur-pompier, j’ai grimpé dans son estime et gagné sa confiance. C’est gentil de veiller sur moi, m’avait-elle déclaré. Parce qu’on ne sait jamais, elle m’avait dit, je vous remets un double de mes clés. C’est vrai que je veille sur elle, plus que ce qu’elle imagine.
 Miaou et remiaou lorsque je file un coup de pied, avec juste ce qu’il faut de force, à sa saloperie de matou qui me regarde d’un sale œil, allez savoir pourquoi… Direction sa caisse où il se réfugie. Une caisse d’où émane une odeur nauséabonde. Offrande bien involontaire, je vomis mon petit déjeuner sur le parquet de chêne que des couches de mauvaise encaustique ont encrassé. Vrai cadeau celui-ci, je vide par dessus quelques menues merdes de chat que la litière fait ressember à des cornes de gazelle peu ragoûtantes. En toute logique, le minou recevra une raclée, sa raclée du dimanche, et je le verrai filocher par l’huis entrebaîllé de la vieille. Ah mais, c’est que les chats, ça n’en fait qu’à leur tête.
 Le chien. Il n’a pas moufté, mais tremble comme une feuille, force du rituel. Sa gamelle d’eau renversée –quel maladroit je fais !–, je contemple les dégâts : mineurs. Un placard à hauteur de chien m’appelle. Je l’ouvre. Merveille, j’y découvre paquets de farine et de vermicelles entamés plus, miracle, des biscottes en vrac. De quoi faire une très jolie composition, une fois balancées les denrées dans la nappe d’eau qui a pris ses aises, denrées que je piétine allègrement.
Un chemisier col Claudine laissé sur la planche à repasser rejoint ma création artistique éphémère que la vieille ne manquera pas de me montrer, comme elle l’a fait les fois précédentes, en se plaignant de ses sales bêtes, qu’elle finira par excuser. Faut les comprendre, les malheureuses, c’est que le dimanche c’est presque deux heures que je les laisse seules.
 Je contemple le travail, ouvre le buffet où roupillent des bouteilles de vin cuit dont l’allure, lors de mon premier passage, m’avait montré qu’elles n’avaient plus vu le jour depuis la communion d’une arrière petite nièce. Une vieille de cette marque, ça ne reçoit pas. Le goulot fait l’affaire.
Le chat s’est carapaté sous le buffet. Marraouuu ! J’ai juste senti un truc mou au bout du manche à balai.
 Tout est ok, je m’en retourne chez moi, content de moi. La panade sous mes godasses ? Je m’en suis débarrassé en les essuyant sur le clébard. Arf, arf. Ce stupide corniaud a dû s’imaginer que je le caressais.

Autre chose à faire que de veiller au retour de la vieille. J’ai poussé le potentiomètre, je ne pourrai pas la rater, ni rater ses bêlements, le bruit du seau en fer blanc sous le robinet, celui du balai brosse, ni les leçons de morale qu’inévitablement elle adressera à ses bestiaux comme elle le fait chaque dimanche.

Le soleil revenu, la neige a commencé à fondre, dégageant une déjection du clébard que je n’avais pas vue. Je la dépose sur son seuil, la recouvre délicatement d’une légère couche de neige.
Tout à l’heure, sur les coups de midi trente, lorsqu’elle aura remis de l’ordre dans le gourbi, elle toquera à ma porte. Je la suivrai chez elle où elle m’expliquera en long et en large ce que ses satanés bestiaux ont fait comme dégâts. Pire que dimanche dernier, soulignera-t-elle en les sermonnant. Le minou et le clébard se ratatineront dans un trou de souris en se faisant le plus discrets possible. Elle se plaindra, je compatirai. Elle m’offrira un minuscule verre de vin cuit et, pourquoi pas, me retiendra à déjeuner en remerciant le bon dieu d’avoir un tel voisin.

J’adore les dimanches. Surtout les dimanches matin.

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Peut-on rire de tout ?

Peut-on rire de tout ? Oui, si c’est drôle et encore mieux si c’est désopilant. Sinon, c’est idiot.

Quand je lis dans le projet de constitution en Égypte que la torture sera désormais interdite, saisissant à quel point c’est désopilant, je ne peux que me marrer comme un bossu comme une baleine.

Lorsque une soldatesque étrangère lance des chiens aux trousses de résistants rebelles terroristes d’un pays de sauvages où on vit comme au moyen-âge, avouons qu’il y a de quoi se taper sur les cuisses.

L’accord signé entre le gouvernement et ArcelorMittall m’envahit d’un four rire inextinguible auquel seul un pernicieux mal de côtes, signe d’une franche rigolade, met un léger bémol.

Apprendre que Sarko est payé pour raconter des sottises et faire des pitreries devant des assemblées d’imbéciles me laisse sur le cul, dans un premier temps, puis comprenant rapidement qu’il ne s’agit pas d’une blague,  me fait glousser puis piquer une crise de rire dont j’ai bien du mal à me relever. Cependant je ne trouve pas drôle du tout le fait qu’il ne m’invite pas à ses conférences ; comme quoi on ne peut pas rire de tout.

Les couacs à répétition que s’ingénient à produire nos gouvernants me plongent dans un état extatique de rifougnage dont j’ai bien du mal à me dépétrer. Mon cardiologue m’a désormais recommandé de ne plus prêter attention au baratin des uns et des autres.

Les dessins obscènes qui représentent le prophète ne me font pas rire, pas plus que ceux qui représentent le pape dans des positions peu chrétiennes. Non pas que la drôlerie en soit toujours absente, mais je n’ai nulle envie de me retrouver avec ce trop fameux sourire arabe, pas plus que je n’ai envie qu’on m’introduise de force une hostie en quelque partie de mon anatomie pour en chasser le démon qui s’y installé à demeure.

Bachar al-Assad me fait pisser de rire lorsqu’il ose se comparer à son géniteur. Un tel père est indépassable, comme est indépassable le record de 30 000 morts à son actif, si on peut parler d’actif, score que le vieux réalisa en deux coups de cuiller à pot, contrairement à son fiston qui a mis plus de deux ans d’un travail laborieux pour atteindre le même chiffre, somme toute minable.

À part quelques malheureux impayables qui crachent dans la soupe qui les nourrit –ce qui me déclenche tout de même un léger sourire–, pas un ecclésiastique ou un catho bon teint coincés de la braguette qui ne me fassent poiler dès lors qu’ils se mettent à évoquer le sexe. Dilatage de rate assuré si l’un d’entre eux, pris d’une soudaine inspiration peut-être nourrie par un doux souvenir, cite la soit-disant parole christique : Laissez venir à moi les petits enfants.

Poutine. Son apparition m’est tout bonnement miracle, plus encore que celle de Sarko. Nul besoin qu’il prenne la parole pour que, déjà, je me marre doucement, mais s’il se met à raconter ses sempiternels bobards, ma boyauterie se déchaîne et mes côtes s’entrechoquent. C’est sans doute ce qui explique cette propension à la dive bouteille qu’ont les Russes, l’alcool étant un excellent analgésique.

Quoi d’autre ? Les exemples ne manquent pas, mais je n’aurais pas assez d’une vie pour lister toutes les raisons de se taper le cul par terre. Il en est pourtant une dernière à laquelle vous n’échapperez pas : cette histoire d’échappatoire bugarachienne à la fin du monde du 21 de ce mois et de cette année fatidiques : décembre 2012. Quoi ? Vous avez réservé votre place sur ce tas de cailloux du Bugarach ? Sans blague ? Félicitations.

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L’ombre de l’UMP : un monde ramené au néant

Avant, quand je m’étais engagé dans la Milice parce que la Résistance n’avait pas voulu de moi sous prétexte qu’en 18 mon père avait été décoré par Pétain, on avait d’abord été très gentil avec moi, peut-être à cause de services que je rendais aux uns et aux autres puis, quand le vent avait tourné, parce que toujours le vent tourne, on s’était détourné de moi, on avait chuchoté dans mon dos, on m’avait désigné d’un doigt vengeur, puis on m’avait pendu.
Avant, quand j’avais pris ma carte au Parti Communiste et que j’en étais devenu un responsable pour m’offrir des vacances à l’œil dans une datcha de la Mer noire, les gens changeaient de trottoir quand ils me croisaient, balançaient des pots de peinture rouge sur la porte d’entrée de mon appartement, et le curé avait refusé de faire faire leur communion à mes gamins.
Avant, quand j’avais milité au sein de Laissez les Vivre, parce que j’étais contre l’avortement, en même temps que je soutenais le MLF et que je travaillais au Planing familial, je me faisais prendre à partie de tous bords jusqu’à ce que, petit à petit, toutes les portes se ferment devant moi. Du coup je m’étais fait ermite.
Avant, quand je m’étais fait ermite pour ne plus avoir à m’interroger sur les vicissitudes de la vie, les télés, radios et la presse écrite débarquaient sans cesse dans la grotte que j’avais sommairement aménagée pour m’interviewer sur cette drôle de vie que je vivais sans confort, retiré du monde et coupé de toute vie sociale. Alors j’étais tombé malade et je m’étais endormi pour toujours.
 Avant, quand je m’étais fait homosexuel pour embistrouiller les culs serrés infoutus d’avouer qu’un petit suppositoire dans le derche ne fait pas de mal, tout compte fait, on me tombait dessus à bras raccourcis en me couvrant d’injures dont une, pédé –abréviation de pédéraste–, quelque peu déplacée, les enfants, avec leur manque d’expérience, ne m’ayant jamais intéressé.
Avant, à une époque où, toute jeune j’avais couru le vaste monde pour en découvrir toute sa diversité, j’avais eu les pires ennuis avec la justice du Blennoragistan, un pays perdu aux confins du vide qui s’étend tout au bout de la Terre. La baisse de natalité avait amené le pouvoir en place à édicter une loi obligeant les jeunes filles nubiles à enfanter, loi qu’ignorait l’étrangère de passage que j’étais. Accoutumée aux lois de mon pays d’origine qui, à cause d’une surpopulation à la fécondité remarquable, interdisaient tout rapport sexuel avant complète maturité physiologique et psychologique – maturité fixée à l’âge de 25 ans–,  le ventre plat de la jeune fille nubile de 12 ans que j’arborais était pure provocation aux yeux de la population locale qui n’avait pas tardé à me dénoncer. J’avais été promptement traduite en justice puis conduite en un lieu ou j’avais été tout aussi promptement engrossée.
Avant, quand j’avais adhéré au Front National pour faire caguer les bobos qui se la jouent bohème mais pètent dans la soie et suivent les cours de la bourse en attendant que tombent les dividendes dans leur escarcelle d’airain, on me traitait de réac, de pétainiste, de facho et quand on m’interviewait, mystères de l’électronique, les micros tombaient en panne.
Avant, quand je prenais parti pour Kadhafi ou Bachar al-Assad, histoire d’emmerder BHL et ces soit-disant libéraux, chantres chancres de la démocratie et d’une morale occidentale dévoyée guidée par le profit que les vieilles puissances à bout de souffle pouvaient tirer de régimes où le libéralisme mercantilisme serait roi, on brûlait d’envie de me lapider et, ce qui est supposé arriver arrivant, on me lapida.
Avant, quand j’étais devenu avocat pour défendre les indéfendables salopards coupables de quelques viols, meurtres et autres gentillesses, je possédais sans doute la plus vaste collection de crachats qu’on eut jamais vue. Une violente explosion m’expédia ad patres en même temps qu’elle envoya ma BMW à la casse.
Avant, quand je trouvais scandaleux qu’on publie les caricatures du Prophète et celles du pape que j’avais habilement dessinées de ma main, la presse libertaire me houspillait, tandis que celle liberticide m’encensait pour ma courageuse prise de position. Mon éditeur ayant vendu la mèche pour une somme rondelette à un journal catho intégriste en même temps qu’à un groupuscule proche des Frères musulmans, je n’eus pas le temps de savoir à quoi je dus la mort : à l’impact dans le crâne d’une balle de 7mm ou à la profonde entaille que fit un coutelas dans ma gorge.
Avant, quand je battais ma femme ou mes gosses si, au lieu d’être à la maison elle traînassait je ne savais où…
Avant, quand j’avais un emploi, que je servais à quelque chose et aussi à moi-même pour pouvoir me nourrir…
Avant, quand j’étais récompensé par une belle médaille pour le meurtre d’un inconnu qui avait eu le tort de ne pas tirer le premier…
Avant, quand on m’avait mis aux fers pour avoir chipé une pomme…
Avant, quand on m’avait guillotiné pour avoir tué un marchand d’esclaves…
Avant, quand on m’avait honoré pour m’être enrichi grâce au trafic d’esclaves d’ébène…

Mais ça, c’était avant.
Aujourd’hui, plus rien n’a d’importance, ni de poids, ni de profondeur, ni de goût, ni de couleur, ni de texture, ni de dimension.
Aujourd’hui, une ombre terrifiante occulte passé, présent et devenir, plongeant le monde dans les ténèbres et l’oubli, le ramenant au néant.
Elle a déployé ses ailes, elle emplit l’espace, elle se nomme UMP.

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Mariage homosexuel, Femen, fachos et fossiles

Supposons que je sois une nana. J’aurais pu dire meuf – traduction gonzesse–, pétasse –traduction pouffe–, greluche, gerce, voire femme. En tant que femme, nana me convient, passons. Une nana féministe jusqu’au bout des ongles, militante de Femen et homosexuelle de surcroît. Et supposons que des gros bras qui manquent de coucougnettes –je parle de ces butors dont l’érection est soumise à la violence qu’ils exercent sur plus faibles qu’eux –entre autres les femmes– soient commis au service d’ordre de désordre d’une manifestation de bons chrétiens anti mariage homosexuel . Sachant qu’ils sont une ribambelle et qu’avec mes copines on est loin d’être un régiment, me dépoilerais-je à moitié et les provoquerais-je en les invectivant de façon injurieuse ? Ou attirée, et pourquoi pas excitée par leur mâle virilité, me précipiterais-je entre leurs bras câlins  pour m’y blottir,  m’y réconforter et me faire consoler  d’être née femme ? Que dalle, que tchi, nada et nenni, putain de bordel de merde ! Puis d’abord, mes charmes, manquerait plus que ça que je les offre à l’oeil, à l’oeil allumé de voyeurs en mal de se soulager à l’oeil, cette salope, elle l’a cherché ! Alors si jamais je devais me frotter à une manif, d’autant plus si sabres et goupillons sont brandis au nom d’un dieu qui aurait oublié les saintes paroles christiques de son fils bien aimé –paroles d’amour, de paix et de compassion–, j’enfilerais, avant de m’y rendre,  un slip une culotte et un sous-tif en zinc, des collants en coton, une jupe en laine tricotée main, un chemisier col claudine en popeline blanche et je me mettrais un duffle-coat bleu marine en kevlar. Plus socquettes blanches et trotteurs en nubuck, cuir que la souplesse rend apte à la fuite. Un béret bordeaux d’où sortiraient mes nattes (blondes) parachèverait mon apparence de gentille nigaude.
Bref, pas tout à fait conne, quoique blondasse, ça n’est pas mon genre d’aller me fourer dans la gueule du loup de loulous qui se la jouent justiciers –un comble !– voyous qu’ignorance et stupidité maladive portent au fascisme et qui n’auraient pas vécu si leur mère avait eu la bonne idée d’avorter.

Les Femen sont maladroites ? Un peu connes ? Très connes ? D’une finesse douteuse ? Peut-être Sans doute. Dangereuses ? Allez savoir… Supposons que je sois un mec, un vrai, couillu à souhait, soldat du Christ, un de ces bras armé de l’église et fer de lance de la vraie morale chrétienne, fervent admirateur de l’ordre –l’ordre nouveau, qu’on s’entende bien– exhibant les attributs de mes convictions : tatouages où une habile composition mêlerait coeur sacré de Jésus, croix du même, poisson (rouge sang), croix camée gammée, le portrait de Pétain en surimpression de la francisque, j’en passe… Supposons qu’avec quelques Kameraden nous marchions tranquillement au pas en chantant innocemment le Horst Wessel Lied…

…Die Straße frei
Den braunen Bataillonen
Die Straße frei
Dem Sturmabteilungsmann!
Es schau’n aufs Hakenkreuz voll Hoffnung schon Millionen…

La rue libre
Pour les bataillons bruns.
La rue libre
Pour l’homme de la SA !
Des millions déjà pleins d’espérants admirent la croix gammée…

…et que nous tombions nez à nez avec une troupe de grognasses du Femen excitées comme un pou pubien affamé. Nous sommes dix, elles sont cent. Que ferais-je alors, avec mes Kameraden ?
Injurierais-je ces pétasses  ? Les affronterais-je au risque de me faire couper mes mâles attributs, sièges de mes pensées abyssales ? Nein ! Je prendrais mes jambes à mon cou et me carapaterais fissa rejoindre la manif anti mariage gay où nous devons assurer le serfice d’ordre afec meinen Kameraden. Où nous attendrions de pied ferme ces harpies.

Supposons maintenant que je sois un de ces prélats qui se prélassent dans leur conformisme et pètent dans la soie de la certitude. Supposons que, faisant ingérence dans les affaires d’un état souverain, j’ai donné ma bénédiction aux opposants au mariage homosexuel et les ai encouragés poussés à manifester contre ce mariage contre nature (oubliant que la notion même de mariage naturel existe autant qu’existe la vérité), voire à la désobéissance civique. Sous les prétextes fallacieux que l’on sait et en usant allègrement –mais on ne se refait pas lorsqu’on estime être détenteur de la Vérité–, de sophismes et approximations, tout en ayant l’oubli facile. Et vas-y mon gars que je te baratine sur l’aspect sacré de la vie, sur le bon équilibre des enfants que seule la famille hétérosexuelle peut leur apporter ; que je dégoise en pronostiquant qu’une des conséquences de l’ouverture du mariage pour tous sera que l’interdiction de l’inceste tombera ; que je délire en estimant que cette abomination est une volonté prométhéenne de reconstruire l’humanité.
L’intérêt des enfants. Parlons-en, amis pédophiles, amis prélats qui closîtes vos lèvres pour ne pas ébruiter ce que vous saviez des pédophiles de votre gent, comme d’autres closirent leur braguette après avoir assouvi leurs bas instincts en détruisant les âmes et les corps de ceux qu’aujourd’hui vos pairs prétendent vouloir protéger. De qui se moque-t-on ?

Si j’étais moi –ce qu’au final je préférerais, même si être soi est moins aisé que de ne pas l’être–, je dirais simplement que les sociétés changent et que, quoi que pensent et fassent les uns et les autres, tout un chacun et toute une chacune pourra se marier avec qui bon lui semble et selon ses propres désirs ou besoins, y compris avec un bestiau, si telle est sa décision. Quelques siècles en arrière, on décrétait que les femmes n’avaient pas d’âme ; un petit siècle en arrière, on “assassinait” les filles-mères ;  il y a cinquante ans, on agonissait d’injures et on traduisait en justice les femmes qui avortaient et ceux ou celles qui les y aidait ; il y a quarante ans, on stigmatisait les enfants de divorcés ; il y a quinze ans, on villipendait, à défaut de les pendre, les tenants du Pacs. Il n’y a pas si longtemps que cela, les femmes ne pouvaient voter, ni éditer un chèque. Le bon temps, quoi… Les choses évoluent, c’est ainsi, n’en déplaise aux fossiles.

Supposons que je sois moi. Si j’étais moi, et contrairement à d’autres, je pourrais me regarder dans un miroir sans avoir honte de ce que je suis. Et si, le hasard faisant parfois mal les choses, j’étais… le pape, par exemple, soit je fermerais ma gueule, soit je me tirerais une rafale d’hosties dans la carcasse, en remettant mon âme à Dieu.

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Circulation automobile et goulot d’étranglement

Tac tac tac tac etc. fait la pluie, one ze rôde eugueïne. Ça roule pépère, du 180 à l’heure. Faut pas croire, mais une deudeuche gonflée à bloc à la gnôle, ça dépote, comme dit mon pote Gégé, céramiste de son état. Gégé, il est du midi, comme moi, alors qu’on nous emmerde pas si on en rajoute un peu.
 Tac flop tac flop fait la pluie. Les flop, c’est les grosses gouttes de pluie qui s’écrasent sur la capote qui ne l’est pas encore, malgré ses 40 ans d’âge. Je sais, c’est capot qu’on dit, à cause que c’est une flexion invariable, non mais qu’est-ce que vous croyez ?
 Tac flop tac flop tac tac flop spalsh et anti-splash, one ze rôde eugueïne. Le ruban asphaltique défile sous le plancher. Dans pas une heure on aura parcouru les 90 bornes d’autoroute qui nous séparent de là où on se rend, conséquence navrante de notre défaite au picole-dames qui nous oblige à rendre les armes malgré notre réticence.  C’est vrai, quoi, payer le restau à deux gugusses qui, à tous les coups, ont triché, merci. Bref, on a retenu une table chez Fred, un mâchon de haut vol, comme la note qu’on nous y présente, salée.
Tac flop tac fop tac tac flop splalsh splash tac tac, one ze rôde eugueïne. Les splashs, c’est des saloperies de flaques, mais avec la deux-pattes, pas de risques qu’on aquaplane. Plus que 5 bornes, et on y est.

Fshhhhhhhhiiiiiiii-i-i-i-iiiii tacapoum tacapoum. Tacapoum, c’est quand on freine sec et que la guimbarde joue les cabris. Du rouge orangé devant nous, file ininterrompue.
Merde, on s’est fait baiser grogne Gégé en essayant tout de même de se faufiler entre les bagnoles. Sauf que l’autoroute, c’est pas fait pour le cabotage. Du coup, bien obligé de panurger en lambinant.
On est à combien ? il me demande. 4 bornes 950, à un poil près, il se répond. Me dites pas que ça ne vous arrive jamais de vous répondre, parfois même en conjectures. Répandre ? Si vous y tenez…
 Deux panneaux de Noël clignotti, clignotta, nous informent que c’est un bouchon, au cas où on ne s’en serait pas aperçu. Un en haut, l’autre en bas, noyé dans l’asphalte. Pareil pour les bagnoles qui viennent de faire des petits. C’est tellement beau qu’on en est tout aveuglé. Joie suprême, on est à l’arrêt, ce qui permet d’en prendre à loisir plein les mirettes. Une pure merveille.
 Sur place. On fait du sur place. Un sur place entrecoupé de quelques sauts de puce quand un conducteur qui baîlle aux corneilles ou s’enguirlande avec sa copine –une pichenette–, nous rentre dedans. Ch’tavais dit de pas prendre la rocade, mais monsieur en fait qu’à sa tête. Sauf que le monsieur, il sait pertinemment qu’il n’y a pas d’autre solution. On te dégomme les petites routes qui entraient en étoile dans l’agglo, on te bricole des rocades à la con, entonnoirs et goulots d’étranglement, et démerde-toi avec ça.
On est à combien ? se redemande Gégé. 4 bornes 940 je lui réponds en lui coupant l’herbe sous le pied.

Nos 4 bornes 940, on a mis une heure pour les parcourir. L’allure d’un petit marcheur fatigué. Les potes n’ont pas fait mieux, et le patron du restau s’attendait à pire. Et encore vous vous en êtes bien sortis, il nous rassure en prenant la commande des apéros. Une Rocade ? il nous suggère. Va pour la Rocade, on lui répond.
Quoi ? Vous ne connaissez pas ? 1/3 de Martini blanc dry, 1/3 de Gin, 1/3 de San Pellegrino, 2 pruneaux d’Agen, 3 ou 4 grains de muscat, plus une olive verte. À avaler cul-sec. C’est ça, la Rocade.
Avec les noyaux ? À vous de voir, mais si vous voulez un conseil, essayez d’abord sans.

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Sandy & Katrina, New-York & New Orleans, Dieu

Mais qu’est-ce donc qu’ils ont fait au bon dieu, les américains ? Pas tous, hein, mais les pas bien pensants, les feignasses, les bronzés –que c’est pas par hasard s’ils le sont à force de glander au soleil–, les largués de la conso, les loquedus, les pauvres, quoi. Pis les drogués aussi, mais c’est les mêmes, surtout les obèses. Les autres, d’accord, retrouver ses charentaises trempées comme la serpillère de la bonne hispano, y’a mieux, mais elle les essorera, la bonniche, elle les fera  sécher et les mettra aux pieds de son bon maître, ben merde, il manquerait plus que ça qu’elle y fasse pas.
Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire pour mériter ça ? Parce que si ça leur est arrivé, c’est bien parce qu’ils le méritaient, non ? Si !
J’allais pour me renseigner sur le Oueb. Drôlement bien, le Oueb. Tu tapes un seul mot, et en échange tu en reçois une chiée que tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir en faire. C’est pas des conneries. Tiens, un exemple : tu tapes usa ou USA, pour le oueb c’est du pareil au même et vice-versa. C’est d’ailleurs en tapant usa que j’ai appris, pour les américains, la tempête, les inondations et tout. Même des photos, des vagues que ça risque pas qu’on ait les mêmes par chez nous, parce que les ricains, plus fortiches qu’eux, faut courir le 100m en moins de 10 secondes pour les dépasser. Bref, des USA, pas que ça, mais surtout des USA, ça en a vomi pendant des heures, et même avec des variantes. Par contre, quand tu tapes usa comme j’y ai fait, on te dit pas que c’est aussi la deuxième personne du singulier du verbe user. J’use, tu uses, il use, ça c’est le présent, et j’usai, tu usais, il usa, c’est avant que le présent ait eu lieu, même si ça dit rien quant au machin qu’on a usé.
 Des réponses, en veux-tu en voilà, mais rien qui cause de ce que je voulais savoir, à savoir : qu’est-ce qu’ils ont bien pu foutre pour morfler comme ils ont morflé, et encore, on sait pas tout sur combien il y a eu de morts. Qu’on me dise pas que les pauvres ça compte autant que les autres, alors pour savoir combien il en est resté sur le carreau, c’est pas demain la veille. Et va savoir si on en aurait pas balancé quèques uns à la baille pour faire baisser les statistiques, ça m’étonnerait pas, qu’après on dira que, question sécurité et protection civile, ça rigole pas là-bas, merde, c’est pas une démocratie pour rien ni un pays riche pour deux fois rien.

J’ai rien trouvé qui vaille. Alors j’ai réfléchi. Si.
Tiens donc, que je m’ai dit, comment c’est que ça s’était passé dans l’autre ville, je sais plus laquelle, mais je vois très bien laquelle c’était et à peu près où elle était avant qu’elle y soit encore aujourd’hui, mais en moins grande. Orléansville ou un machin comme ça. Non, ça c’était un tremblement de terre, en 54. La Nouvelle Orléans, Louisiane. Un peu plus de 1000 morts, qu’ils avaient dit. Tu parles ! De toute façon, un nègre tu fais comment pour pas y confondre avec un tronc d’arbre. 1000 morts, qu’il y aurait eu, et pas loin de 3000 troncs d’arbre qu’on a jamais su d’où ils venaient.  Ils avaient fait quoi pour mériter ça ? Parce que qu’on me dise pas qu’ils étaient clairs comme de l’eau de roche. La Nouvelle Orléans, on y sait, c’était le stupre, le vice, les drogués et pire, la faignasserie. Vous pensez, avec les bouibouis enfumés où ça joue de la trompette à nous casser les oreilles et où ça se saoûle encore plus qu’en Pologne. C’était ça, la Nouvelle Orléans. Sodome et Gomorrhe en plus fort, normal, on est en amérique et ils font pas les choses à moitié. Je parle pas de la prostitution, que c’est une honte, avec les seringues et tout, qu’on se demande où ils vont chercher autant de vices.

Et quoi ? Punition divine, point. Faut me nettoyer tout ça, qu’il a dit, le boss, le bon dieu. Alors il t’a envoyé Katrina, c’est comme ça qu’ils l’avaient appelé. C’eut été moi j’aurais écrit Catherina, mais enfin, l’ouragan, j’y étais pour rien, c’était le leur, alors si Katrina ça leur plaisait… Et je vais te dire, la preuve que c’est une punition divine contre ces salopiots sans morale, c’est qu’avant c’était une ville avec pratiquement rien que des noirs, alors qu’aujourd’hui, c’est une ville presque toute blanche, et la peinture y est pour pas grand chose, garanti.
Et New-York, si tu veux savoir, c’est la même histoire. C’est même pas qu’on verra, c’est tout vu. Compte-les les habitants de New-York. Tu vas voir qu’il en manque, mais qu’ils vont vite être remplacés par des mieux qu’avant, des pas nègres, des pas drogués, des pas pauvres et tout, que ça fait tache, faut le reconnaître. Alors quand c’est du bronzé qu’a pas une tune et qui se drogue, qu’on se demande où il trouve le pognon, je dis pas.
 Un grand nettoyage, du grand art, le Kärcher peut aller se rhabiller, voilà ce que j’en dis. À la flotte et à la brosse. 
 Et la date où c’est arrivé, qu’on me dise pas que c’est le hasard. Elles ont lieu quand, les élections, je vous le demande. À qui ça va profiter ?
Ben voyons !

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Une foire aux cochons

Leur père, je l’avais tué après qu’il eut dévoré Big Pink Pig, mon cochon préféré, le dernier qu’il m’avait été donné de conserver pour en faire ce qu’on est censé faire d’un cochon si on est sensé. Les terrines vides que j’avais achetées resteraient vides, le saloir ne contiendrait jamais le moindre gramme de sel, et je n’aurais pas à planter de clous dans la ferme centrale du grenier pour y pendre les deux jambons qui m’avaient fait saliver en rêve.
Pour un peu, à cause du vent du nord dans les planes et les fayards, je n’aurais pas entendu les piaillements. C’est en battant les taillis et en y jetant un œil que je les avais aperçus. Me voyant, le plus grand des trois s’était mis à grogner en me faisant face, tandis que les deux autres avaient tenté, sans succès, de disparaître dans un fatras inextricable de ronces.
Impensable de les laisser là, à la merci de n’importe quel prédateur ou de n’importe quoi, d’autant que ce ne sont pas les grands ducs qui manquent, par ici.
Alors je les avais ramenés à la ferme. Pas une mince affaire !

Je les avais installés dans le poulailler, depuis lontemps déserté à cause de cette saloperie de goupil. Il avait tant pris goût aux poulettes qu’il les avait croquées les unes après les autres, ne laissant sur place que quelques morceaux épars de leurs jolies robes en plumes. Le coq ? Un sacré salopard de prétentieux et une poule mouillée : il s’était carapaté et je ne l’avais jamais revu. Valait mieux pour lui.
Trois petits loups –des louvards– qui crèvent de faim, ça fait du ramdam et ça ne manque pas d’appétit. Sauf qu’il faut leur mâcher le travail. Mastiquer des kilos de barbaque pour les régurgiter, très peu pour moi. Le hachoir électrique  tombait à pic. J’en avais fait l’acquisition auprès de Porcifood, une boîte qui avait renouvelé son matériel, en prévision des mètres de saucisses que j’aurais dû fabriquer, une fois le cochon passé à la casserole, façon de parler. 
En moins de temps qu’il en faut pour qu’une femme mette bas un gamin, mes trois lascars avaient pris et repris du poil de la bête. Faut dire que tout y passait, question nourriture : les pluches, les vieux croûtons de pain, les choux et salades qui avaient trop levé, un peu de viande quand même, jusqu’aux granulés Porcinet, bourrés de vitamines et de sels minéraux, que mon vétérinaire, je veux dire celui du cochon, avait refilé à Big Pink Pig. Vous verrez, il m’avait dit, ça en fera pas un hippopotame, mais pas loin.
Les trois bestiaux étaient devenus de vrais grands loups adultes. Ah, c’est qu’ils avaient profité, les cochons, au point qu’ils étaient devenus gras comme des porcs. Le poulailler ? Bien sûr qu’il m’avait fallu le consolider. Des parpaings et du fil de fer barbelé avaient fait l’affaire.
Puis ça avait été février, le mois du cochon, par chez nous. La fête du cochon, par chez nous, c’est le troisième vendredi du mois, précédé, une semaine plus tôt, de la foire. La foire aux cochons. 
Le loup, en jambon, saucisse ou rillettes, je sais point trop ce que ça donne, mais va savoir si mes trois gorets, je ne pourrais pas en tirer un bon prix. 
Le poulailler transformé en salon de coiffure et institut de beauté, je te les ai tondus, je te les ai teint en rose culotte, je te leur ai bricolé les oreilles, mis quelques bons coups de sabot dans le museau pour que ça fasse comme un groin, tirebouchonné et empesé la queue, maquillé par ci, par là, et zou ! direction la foire. S’ils avaient gueulé ? Je  veux, qu’ils avaient gueulé, et pas qu’un peu. Gueulé et hurlé, comme des loups, cette blague !  Deux trois torgnoles sur le groin, ils s’étaient vite calmés. Et c’était pas la première fois, pour les torgnoles.

Le marché, par chez nous, ce qui s’y vend le plus, si on met de côté les bestiaux, c’est le pinard. Blanc limé pour les femelles, rouge râpé râpeux pour les hommes. Jusque vers le début d’après-midi, je peux pas dire que le chaland s’était bien bousculé devant mon banc. Pour que mes gorets se tiennent peinards et ne fassent pas de ramdam, genre hurler à la mort, je m’étais enquéri d’un stand de cochonnailles d’où j’avais ramené des pieds de porc passés de date et un paquet de tripes tout pareil, mais un peu plus vert. C’est encore ce qu’il y a de moins cher, même si c’est pas rien, mais un petit geste, ça fait de mal à personne. C’est qu’ils s’étaient régalés, les lascars. 
Après, ça avait commencé à se bousculer. Et tituber. Le pinard, les apéros, la tortore du midi et les digeos avaient commencé à faire effet. En deux temps trois mouvements j’avais réussi à refiler un bon prix mes trois gorets. Quand je dis un bon prix, c’est un bon prix.
« C’est d’où qu’elles viennent-y donc vos bêtes ? » m’avait demandé mon acheteur en se cramponnant à la barre d’attache. « Jamais point vu de bestiaux pareils » il avait ajouté en les tâtant de tous côtés. 
« C’est du cochon de Poméranie. Un croisement entre le cochon des Carpathes et celui de Sibérie » je lui avais répondu en gardant mon sérieux, malgré l’image d’un loulou de Poméranie qui s’était imposée. « Solide, dur à la tâche et gras comme un hippopotame. Ça fait même chien de garde » j’avais rajouté à l’oreille du  gars pendant qu’il ramassait par terre la liasse de billets qui lui avait glissé des mains. La trogne rubiconde il s’était redressé, avait chancelé, avait payé sans rechigner. 
Alors que, ses trois bêtes tenues en laisse, il s’éloignait, je l’avais entendu répéter « Ah ben ça alors ! Ah nom ti dieu, ça alors ! Poméranie et chien de garde. Ah nom ti dieu ! »

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Une Europe qui file du mauvais coton

L’Europe file du très mauvais coton. Ou plutôt elle n’en file plus du tout. C’est à cause des Chinois. Ils sont forts les Chinois, on dirait pas, qu’ils auraient même supplanté les Russes en tant que boucs émissaires. Dans les années 60, les vieux de par chez nous, quand quèque chose marchait pas, c’est un coup des Russes, qu’ils disaient. Le temps pourri ? C’est un coup des Russes, avec c’qu’ils envoient là-haut. Les patates qu’ont pas donné, c’t’année ? C’est un coup des Russes, à cause qu’ils détraquent le temps, avec leurs saloperies qu’ils balancent là-haut. Et les impôts qu’ont encore augmenté, sûr que c’est encore un coup des Russes, avec les politicards qui sont cul et ch’mise avec eux.
S’en sortent bien les Russes, aujourd’hui, que les boucs émissaires, c’est les Chinois qu’ont pris le rôle. D’accord, ça durera p’têt pas la vie des rats, paraît que ça remue là-bas, que le peuple, les conneries du Parti, ça commence à bien faire.
 C’est pas que j’ai quèque chose contre les Chinois et c’est pas non plus que c’est le contraire, mais quand même, leur bouffe, c’est pas ça. Comme leurs frusques, parce qu’il faut voir ça… Quatre caleçons, que je m’ai retrouvé le cul marron, que ça a déteint. Le coton, c’est nous qu’on devrait y faire, comme on y faisait avant, au lieu de leur faire du transfert de technologie, qu’ils disent. Tiens, qu’ils en fabriquent des avions et des trains, sans les usines clés en main qu’on leur donne, jusqu’aux plans. Le coton qu’ils faisaient à Roubaix et dans le coin, c’était p’têt pas bien ? Même les mouchoirs de Cholet, je vais te dire, c’est là-bas qu’ils y fabriquent, c’est sûr. Ils y font venir en avion, ceux qu’ils ont fabriqué avec les plans qu’on leur a donnés. La lutherie de Mirecourt, vous croyez quoi, qu’elle vient de Mirecourt ? Ben voyons ! Et j’aime autant pas parler de la dentelle du Puy, des andouilles de Vire, des bêtises de Cambrai, du Bleu d’Auvergne, de la moutarde de Dijon, du nougat de Montélimar, des Calissons d’Aix, de l’eau de Vichy, des saucisses de Strasbourg, du crottin de Chavignol,  de l’andouillette de Troyes, du cassoulet de Castelnaudary, de la Bergamote de Nancy, des mogettes de Charente, du vase de Soissons et du pont d’Avignon. Oui, çui de Nantes aussi. Du Gard, de Tancarville, tout pareil. Du pont d’Ain, si tu veux. Tout du made in China, que c’est écrit dessus en tout petit, et en chinois, comme ça tu comprends pas où c’est fabriqué, et comme ton charcutier c’est de l’andouille de Vire que tu lui as demandé, tu crois que c’en est, tu fais confiance.

Tu me diras, l’Europe avec le coton qu’elle fait plus, c’est pareil pour l’acier, comme pour la hifi, comme pour le papier, comme pour les meubles, comme pour tout, et bientôt, je vais te dire, ça sera le tour des gonzesses. C’est pas des conneries, c’que je dis. Les gonzesses, ça sera aussi du made in China, marqué dessus. Et pas cons, les Chinois, leurs gonzesses qu’ils vont envoyer, finis les yeux bridés et tout ça, qu’on pourra croire qu’elles viennent de la Creuse, du Cantal ou même de Bretagne. À moins que ces cons, on leur aurait vendu une usine clé en main de gonzesses  de Plougastel Daoulas, qu’on verrait bien qu’elles viennent de Chine et pas de Bretagne, si jamais elles portaient une coiffe. Pas une coiffe en dentelle du Puy, ça je peux y assurer. Je dis les gonzesses, mais ils commencent à faire pareil avec les mecs, que tu parierais pas que c’est du cent pour cent pur sang limougeot, mais que ça ferait bien assez l’affaire.

Ils sont balaizes, les Chinois. Ils nous vendent leur saloperies qu’on paie la peau des fesses, vu ce qu’ils paient leur main d’œuvre, que c’est honteux, et avec les bénefs, ils font quoi ? Ils s’offrent tout ce qu’ils veulent ici, de par chez nous. Quand je dis tout, c’est tout : les usines, les immeubles, les hôtels, les terrains, les rues, les rivières, les lacs, le pays tout entier, quoi. Pis avec les gonzesses qu’ils infiltrent, c’est pas plus compliqué que de manger leurs saloperies avec des baguettes.
Et après on va devenir quoi, plutôt que de continuer à filer du coton ? Des esclaves qu’on aura juste à nettoyer les chiottes des parcs d’attraction. Parce que l’Europe, ça sera plus qu’un grand parc d’attraction, avec même des cimetières, que bientôt ils auront plus de place chez eux pour enterrer leurs morts. Des esclaves et on aura intérêt à filer coton, moi je vous le dis. Les Chinois, c’est à la baguette que ça fait marcher les choses. Y’a qu’à voir chez eux.

Les Chinois, il n’y a pas qu’eux ?  Je veux, qu’il y a pas qu’eux, fichtre ! Avec les Indiens, les Brésiliens aussi, la relève est prète. Eux, c’est p’têt bien  la Chine qu’ils s’offriront, ben tiens !

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29 sept, fête des saints archanges Michel, Raphaël, Gabriel

Crotte, alors ! J’avais mis le réveil à 9h30 pour me rendre à la messe d’onze heures moins le quart et des bricoles, le temps de boire un ch’tit coup avec mon copain de curé, et quoi ? v’là que je suis à la bourre. Saloperie de poule, l’a encore trop baffré de graines, tic-tac, tic-tac. Attends que je lui lâche un renard, à celle-la ! À moince qu’elle ait une indigestion de vers, la garce, plus goulue que la cancanière du Moulin rouge. C’était dans les 1900 moince quelques bougies, du temps que le jus, tu l’avais pas à tous les étages, sauf si la fée Electricité s’était penchée sur ton berceau en même temps que la Fée Pognon. Goulue, ma poule, mais question danser la gigue et le french-cancan, elle peut toujours repasser.
10h30. J’enfile une chemise, froissée, c’te blague. Mon dernier fer à repasser, de la bonne fonte bien de chez nous, je l’avais expédié ad patres sur ce putain de réveil qu’avait déjà sonné en retard, l’autre jour, que j’avais un rancard avec un brin de fille, une danseuse étoile, place du général de Gaulle.Vous voyez pas le rapport, moi si. L’été frivole venait de débarquer, alors vous pensez ! Le fer s’était colleté avec le mur où il avait explosé le calendrier des Pététés que j’avais mis sous verre, que j’entende pas miauler les chats qu’étaient dessus. Des pompiers avec leur camion, le facteur en avait plus. Sinon, j’ai aussi des petits chiens, il m’avait dit. Des clébards, non, je lui avais répondu, à cause de la poule. C’étaient rien que des bergers allemands, l’air pas commode, et le réveil, avec sa poulette, j’y tenais quand même.
Pas bien réveillé que j’étais, non seulement le gallinacé s’en était bien sorti, mais il m’avait regardé méchamment en se moquant. Que ne l’ai-je foutu au rancart ce jour-là !
Le grimpant. Je me rappelle l’avoir mis sous le matelas, bien à plat. Je l’enfile. Mes pompes : ça tombe bien, je suis glaireux à souhait. Un coup de brosse à reluire, et basta.
Un coup de peigne dans le miroir, et tant qu’à faire sur ma tignasse ; un coup de brosse sur le veston, et zou, je file.
On est le 29 septembre, fête de saint Gabriel, saint Michel et saint Raphaël, mes saints patrons. Trois saint patrons, c’est du luxe ? Pas pour moi, croyez-moi, avec tout ce qui m’arrive dans la vie, c’est pas de trop, et j’aurais su pour le réveil, je me serais recommandé à saint Eloi, çui qui met les pendules à l’heure, le saint patron des horlogers.

Je fonce chez le curé. Salut m’sieur l’curé, que je lui dis pour le faire bisquer. On trinque. À Gaby, à Michou, à Raph et à nous, faut pas oublier l’essentiel.
Fiel ! qu’il me dit, à cause qu’il vovote, l’heure tourne et mes vouailles m’attendent.
Direction l’église, presqu’autant délabrée que nous. Cinq godets d’Apremont derrière la cravate, ça pardonne moins que le bon Dieu.
Douze clampins qui tirent la gueule nous attendent. Le temps de passer dans le cagibi qui sert de sacristie, le pote curé se nippe pendant que je lui remplis ses burettes. De l’Abyme.  D’après lui, ça aide à la contemplation et ça dissout les graisses. Ceux qui faisaient les enfants de chœur, à plus de quarante berges, y’a belle lurette que c’est plus des enfants de chœur. De toute façon, tous ont quitté le patelin. Alors je fais office de servant de messe pour l’office du samedi, le seul qui a résisté aux tentations du monde moderne : PMU, week-ends idiots où des idiots partent en ouiquènde dans leur maison de campagne, alors qu’ils y sont, à la campagne, les cons. Et attention, pas tous les samedis, seulement ceux où la seule messe en est une grande, donc les jours de fête. Comme aujourd’hui où on fête les trois archanges. Une vingtaine de messes par an, un peu plus les années bisextiles, si le bon Dieu s’en est mêlé.
 Trente minutes d’un latin auquel personne ne comprend rien, pas plus mon curé qui l’a perdu, à force de se laisser imbiber par des blancs de Savoie qui manquent sacrément d’indulgence pour les neurones. Cinq minutes d’un prêchi-prêcha clos par un amen peu amène dont l’intérêt est qu’il réveille de sa torpeur le cageot d’huîtres pas très frais venu se donner bonne conscience contre quelques pièces jaunes jetées sans honte dans la corbeille de quête.

Son « Ite miffa eft » résonne dans une église désertée par ses fidèles qu’un rôti attend au chaud dans le four. Son « foyez ven paix, mes bien fers frères » sonne plus creux que celui que nous avons à l’estomac. Et ta sœur ? je lui dis en rifougnant et en lui asticotant les côtes. Elle bat le beurre et nous vattend pour l’apéro, il me répond. Invariablement.

Un rigolo, le pote cureton. Il a mis le temps, à cause que les Raphaël et les Gabriel ça court pas tant les rues, mais il a fini par en trouver un de chaque. Pas de toute jeunesse, du mûr, juste encore vert là où il faut. Pour les Michel, c’est moins compliqué. Suffit de suivre un greffier égaré, et un jour ou l’autre, tu en trouves un. C’est une Michèle qu’il a dégotée. Une jeunesse, toute mimi, de soixante-cinq printemps qui se marre comme une bossue aux blagues de ces potaches qu’on est, affublés de nos quatre-vingts hivers, et qu’on lui raconte.
Et comme chaque 29 septembre, il les a convoqués, mes trois saints patrons. Les faints, faut les honorer, il me répète. Et les saintes ? je lui avais demandé. Les faintes auffi, mais f’est ton affaire, pas la mienne. La sienne, d’affaire –sa sœur, à l’en croire– pas sûr qu’elle fasse que battre le beurre. Mais c’est son affaire, pas la mienne.

Ça hume bon le cassoulet, ça fleure bon le serpolet et le thym sauvage. Z’en avez mis du temps, les gars, c’est-i que ça aurait communié ? interroge la dite frangine. Rien de rien, comme d’hab, on lui répond, pendant qu’elle nous sert un Château Yquem, une petite merveille qui fait oublier le Savoie. Raphaël et Gabriel se sont chargés du pinard, bon poids pour leurs frêles épaules d’octogénaires, mais on est courageux ou pas.
Table étant mise, nous reste à passer aux choses sérieuses avant d’attaquer le divin cassoulet.
À Raph, à m’sieur le curé, à Paule –c’est sa frangine–, à Gaby, à ma Michou et à moi, nom ti dieu ! je lance à la cantonade en levant mon verre.

Si dans le village ça jase ? Non, ça moufte pas, et ça risque pas. Des saints patrons comme ça, des archanges, ça rigole pas. Faut pas oublier leur relation toute particulière avec le bon Dieu. Et encore moins un 29 septembre !

 

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Lettre aux croyants, fidèles et infidèles

Lettre aux croyants qui croient en l’incroyable, à ceux qui, en escadrilles de charognards coassent de joie à la vue des cadavres dont ils sont directement responsables, et à ceux qui, populace bien pensante qui s’ébat dans un bénitier, croassent en chœur, en ânonnant des louanges à la bêtise. 
Lettre à ces grands prêtres de toutes confessions qui observent, et surtout font observer, à la lettre –qu’aucun Dieu ne leur a jamais expédiée– des préceptes édictés pour leur propre confort, leur propre pouvoir, leur seuls intérêts et ceux des pleutres qui leur sont inféodés et leur ont fait allégeance… préceptes édictés par ces princes auto investis ou investis par cooptation de leurs pairs, d’une autorité que Dieu, dans sa grande sagesse, ne leur a jamais donnée. 
Pas plus habile des neurones que de mes mains fébriles et bourrées de crampes à force de contenir l’envie de distribuer des baffes plus que des friandises –car qui aime bien châtie bien–, beaucoup de choses m’échappent, plus encore que les flatulences que je suis bien obligé d’évacuer après avoir ingéré, par mégarde, les discours indigestes de ces croyants –en quoi?– en mal d’en découdre.

Chacun a le droit de croire, du moins, chacun est-il censé avoir le droit de croire en ce qu’il veut, pour ne pas dire en ce qu’il peut. Y compris en ce que certains nomment xxxx, mot pratique pour désigner l’inexprimable. Bizarre ! Si je fais référence à יהוה, c’est-à-dire YHWH, je peux l’écrire, mais le prononcer serait de l’irrespect à son endroit (je ne dis pas image, sinon je risque de me faire vilipender, voire lapider par un de ces charognards qui ne goûtent guère mes baîllements… aux corneilles). Qu’à cela ne tienne, les hautes instances, à travers les dogmes qu’elles ont concoctés pour mieux asseoir leur pouvoir et leur domination sur les cancres, je veux dire sur leurs ouailles, ont inventé d’autres noms pour le nommer. Dieu, par exemple. Nom dont je peux user, aucune loi ne me l’interdisant, ce que je fais si j’ai besoin de faire appel à Lui ou à Son concept, chose par ma foi beaucoup plus rare qu’une lueur d’humanité dans les yeux d’un fou de dieu. Que je m’interdis, ici, nom de dieu !de majusculer.

Ailleurs, c’est par le nom d’Allah qu’on désigne Dieu. Ou qu’on le nomme, ce qui est préférable si on veut éviter de se retrouver piégé puis occis sous un tumulus de bons gros cailloux maculés de sang, tellement goûteux s’il est celui d’un innocent naïf. Désigner, c’est montrer, indiquer, mais c’est aussi symboliser. Et du symbole au dessin, d’une représentation mentale au design –mot que j’utilise à dessein–, il n’y a qu’un pas que les décharnés de l’esprit franchissent allègrement. Ils montent l’affaire en épingle, condamnent sans autre jugement que le leur, et surtout pas celui d’un quelconque dieu et, tenants de la violence meurtrière, attisent une haine qui, sans eux, se serait éteinte, une fois lapidée la première victime expiatoire.

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Prononcer le nom de Dieu est une offense qui se doit d’être punie. Ça n’est pas bien de l’invoquer ou l’évoquer à tire-larigot. Cela lui met les nerfs et le fatigue. Seul Dieu lui-même est habilité à prononcer son nom (ce en quoi je ne vois pas où est le problème, aucun homme ne connaissant son identité, à moins d’user de la gégène, instrument qui, mis entre de bonnes mains, descelle sans attendre les lèvres de toute personne atteinte de mutisme. Mais qui, en tout état de cause, ne pouvant qu’écorcher Son nom, en sera pour ses frais et devra régler la facture pour ce péché d’orgueil, non mais !)
Pourtant… on le cite à tout bout de champ et bouts de chants, on le met à toutes les sauces, et moins on a d’arguments pour soutenir un discours, plus on fait appel et référence à Lui. Surtout Ses élus qui, sans vergogne, l’utilisent comme sésame.

Le représenter, comme aussi représenter ce qui est au ciel, voire même sur terre et partout ailleurs est un terrible péché de présomption, qui se doit d’être puni. S’agissant de Sa représentation, et fut-ce un artiste confirmé qui Le croque, nul ne peut Le représenter tel qu’Il est ou est censé être, car il est inconcevable d’en percevoir, d’une part Sa splendeur, d’autre part Son immensité, tant Sa beauté est de divine nature et tant Il est grand, car Dieu est grand, qu’on se le dise et redise. Le représenter revient nécessairement à le diminuer, aucune toile à dessin ne pouvant le contenir.
Pourtant… on Le représente sous de nombreuses formes, et si on ne Le représente pas à proprement parler, on Se Le représente. Et partout, on représente bel et bien ces choses qui sont en haut des cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.

Se prendre pour Lui, tel celui-là qui se fait idôlatrer, est un crime de lèse majesté qui se doit d’être doublement puni. Pourtant… pas rare que de grands prêtres –papes, popes, rabbins, oulémas, mollahs, chantres du dogme et grands serviteurs des Lois–, soient adulés, voire idôlatrés par leurs ouailles. Enfoiré de Satan qui a introduit la people-isation dans les sphères religieuses !

Tuer une créature de Dieu est une abomination qui le met de fort méchante humeur. C’est un très méchant crime qui mérite une très méchante punition. Pourtant… Est-il vraiment utile de revenir là-dessus ? Est-il vraiment utile de rappeler les crimes de sang, meurtres, assassinats, tueries conscientes faites par des hommes de Dieu sur des être de Dieu, pour le soi-disant compte de Dieu et en Son nom ?

Convoiter la femme et les biens de son prochain, est vraiment très mal, et doit être puni. Pourtant… Bah, inutile de revenir aux croisades en tout genre, à l’esclavagisme, aux viols collectifs, aux pillages et autres actes de barbarie et vandalisme commis en Son nom. Après tout, chacun ne déclare-t-il pas « Dieu est avec nous » ?

Commettre l’adultère ou forniquer, faire de faux témoignages, ne pas honorer son père et sa mère sont de très vilaines choses qui doivent être punies. D’accord, mais on n’est pas obligé de le chanter sur les toits, comme Ève, la charmante (seconde ?) épouse d’Adam qui, non contente d’être une adepte de l’adultère, le fut aussi, conséquemment, de l’inceste, la bougresse ! Qui n’est pas la seule à avoir commis cette faute. Par crainte d’être quelque peu chahuté et qu’on me jette la première pierre, pas de crainte, je ne dénoncerai personne, même pas vous qui venez de vous reconnaître, vous qui savez très bien quel honteux péché vous avez commis. Et par pitié pour votre âme, ne niez pas : ce serait mentir, ce qui ressemble fortement à du faux témoignage, vous l’admettrez. 

 

Au fait, je voulais en venir où ?
Ah oui : culs bénis, punaises de bénitier, croyants intolérants, ayatollahs de tout poil, censeurs vindicatifs, inquisiteurs ou fous de dieu animés par la haine… qui vous servez de lui pour justifier vos vils agissements, que Dieu vous pardonne pour votre manque total de clémence, de miséricorde, de mansuétude et d’humanité. Et qu’Il vous fasse la grâce de vous envoyer Sa lumière afin que vous sortiez des ténèbres. Amen.
Et tant qu’il y est, s’il a plus d’humour que ceux qui en vivent au détriment de simples gens habilement et mochement manipulés, qu’Il leur pardonne aussi, après leur avoir fichu un coup de pied au cul.

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La réincarnation pour dépasser ses peurs

J’ai trouvé un moyen de dépasser mes peurs : mourir.
Celui aussi d’arrêter de pourrir, ou de vieillir, c’est pas loin. Comme celui de désespérer de n’avoir que des nèfles, clous et autres subsides pour toute nourriture. Méthode qui devrait surtout me permettre de vivre une autre vie, celle qui me fut donnée de vivre n’ayant pas été particulièrement affriolante, quoi qu’en pensent les nombreuses maîtresses qui se glissèrent entre mes draps, ma chienne qui fit de même, mon banquier qui bidouilla mes comptes parce qu’il y trouvait son compte et mon confesseur, mais ne comptez pas sur moi pour en détailler les raisons quelque peu déraisonnables, je n’en dirai pas plus.

Dans un premier temps j’ai sérieusement envisagé de renaître sous la forme d’un oiseau. Mais le risque de me retrouver albatros avec ailes de géant à la con qui l’empêche de voler m’a fait virer de bord. Mouette rieuse m’avait effleuré, pour la joie qu’elle peut avoir à déféquer de ci de là sur les promeneurs, ces gens qui imaginent pouvoir tromper un ennui mortel en allant se balader en bord de mer, mais comme ils sont généralement accompagnés d’un chien, voire plusieurs, et que j’aurais tenu à préserver cette joie qui me caractérise, j’ai laissé tomber. Voler en rond pour s’être fait bouffer une aile par une de ces sales bêtes, merci.

Un avion, me suis-je dit. Un avion, ça vole, et je ne vois pas comment un clébard, fut-il vif, alerte et rapide pourrait m’attaquer dans le but de se sustenter. Avion ou hélicoptère, plus maniable. Ainsi, dans le cas où un chien particulièrement habile réussirait à s’approcher de moi, une pirouette, un coup de pales dans le bestiau, et adieu. Pour plus de confort, je volerai en escadrille. Armée de l’air, qui plus est, de la Confédaration Helvétique, pays où les risques de guerre sont limités, non seulement grâce à sa situation géographique, mais aussi à sa situation bancaire. Avantage indéniable, suisse comme on est là-bas, nul doute que je serais entretenu. J’ai toujours rêvé d’être entretenu.
Oui mais, car il y a un oui mais. S’il n’y en avait pas, je n’en parlerais pas. Paraît-il qu’on se fait royalement chier en Suisse. Pas de l’ennui à proprement parler, et Dieu sait si, question propreté les Helvètes se posent là, mais question morale, ce genre de morale qui casse le moral. Pour me choper une dépression ? Tu n’y penses pas, me suis-je dit. Une dépression au sol, ça n’est déjà pas la joie, mais en l’air, en plein vol, c’est un coup à se crasher et à se briser les ailes. Pire que se les faire bouffer par un clébard errant qui n’aurait pas encore été abattu par la milice. La Suisse est milicienne, c’est du moins ce que certains ressortissants, et non des moindres, m’ont affirmé.

Pourquoi pas un lave-vaisselle ? m’a glissé une petite voix intérieure un tantinet… comment dirais-je ? Un tantinet bizarre. Bof ! Ai-je anônné, ne sachant braire. Mais si ! a repris la petite voix, repas à l’oeil, canons de rouge itou, il y a toujours des restes. Je ne te parle même pas des vibrations, un régal, que des comme ça, tu peux les noter en rouge dans les annales. Récupérer des miettes, merci, lui ai-je rétorqué pour lui faire clore son clapet. Et l’odeur de vinasse, tu y as pensé ? Les seules voies intérieures auxquelles j’obéis sont celles de mon appareil urinaire, ai-je fini pour mettre un terme à cette vaine discussion, et toc. Et les mégots, hein, les mégots ! ai-je ajouté. Plus les croûtes mollassonnes de fromage et le reste.

Et franchement, devenir un lave-vaisselle me garantit-il de dépasser mes peurs ? Comme celle d’être mis au rebut, sans ménagement, dans un obscur appentis mal couvert, à cause du prix exorbitant des ardoises d’Angers, et où de pernicieuses infiltrations d’eau de pluie acide attenteraient à mon intégrité physique en me rouillant jusqu’à la moelle, cette substance molle et graisseuse qu’on déniche à l’intérieur des os, à condition qu’ils soient à moelle. Moelle qui n’a rien à voir ni à entendre avec celle de cette expression dont la poésie me met en émoi : à la mords moi l’.
Récupération, pourriez-vous m’opposer en me renvoyant la balle que vous aimeriez sans doute meurtrière. Quoi ? On ferait de moi une aile de voiture, ou pire, un pare-choc ? Une casserole ? Une louche ? Des rayons de roue de vélo ? Une selle de tracteur ? Une prothèse mammaire pour une robote qui aurait rouillé à cause qu’on l’aurait remisée dans un appentis dont la couverture, etc.? Du fil de fer barbelé ? Une semelle de fer à repasser ?
Ben tiens, je vous y verrais…

Pas en manque d’idée. Ah que n’inventerai-je pas pour dépasser mes peurs ! Sachant que pour les dépasser il suffit de mourir, mourir impliquant de renaître, comme nul ne peut l’ignorer, mis à part les ignorants.
J’ai cherché, j’ai réfléchi, je me suis plongé en moi comme un thermomètre médical plonge dans son bain d’alcool à 90°, pour de stupides raisons d’hygiène.
 Et j’ai enfin trouvé. Je ne dirai pas de quoi il s’agit, de quelle vie il s’agit, car les places sont chères. A vrai dire il n’y en a qu’une, et je détesterais qu’on me la prenne.

Je peux cependant vous donner quelques clés, juste histoire de vous allécher. Cependant, n’espérez pas trop décrocher le Graal.
Des clés sous la forme d’une liste de vies possibles. Que voilà.

Court-bouillon (d’onze heures, par simple esprit de vengeance), bombe H, puce, page blanche, nombre premier (le dernier), étang chimérique, manivelle, agenda, oie sauvage, belette, piano à queue, poële à frire, poil à gratter, gare SNCF, gendarme (insecte), ascenseur, échafaud, sale temps, morue, merlan, chimpanzé, nénuphar, patate, oignon, doigt de pied, chaussette, croix de première communiante, bannière, soupe au lait, lapereau, MST, missel, citrouille, cancer du capricorne, soleil vert, soleil levant, pleine lune, rat, extincteur, lyre, roi, mignon, pêché, évêque, latrines, canard au sang, tortue, mouche, jambe de force en bois, linteau, arc du Bhoutan, pince à linge, pince-mi & pince-moi (remarquer le ET commercial aussi incongru ici que l’arobase ailleurs), le R&B, occiput –borgne– (pour les connoisseurs comme le disent les amateurs de Brandy), moules frites (à ne pas confondre avec moules-frites), saharienne, vierge, enfant Jésus, ange déchu, Ménorah, Belle de Cadix, trounichon, tour Montparnasse (19), Lyon (69), andouille plus ou moins bien virée (ou mal, ce qui reveint au même), etc. Toutes clés que je délivre à chacun, et ô merveille, sans rien attendre en retour. Généreux, non ?

Je donnerai des nouvelles d’ici une paire de dizaines d’années. Ou avant, si tel est mon destin ou celui de l’humanité.

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Une guerre sainte au nom du dieu Pognon

Malbrough s’en va-t-en guerre, les deux pieds les deux mains dans la merde, Malbrough s’en va-t-en guerre, ne sait quand reviendra, ne sait quand reviendra…
Ô joie ineffable des chansons enfantines que nous détournions, conscients que nous étions de la vaine fatuité des choses, des grands de ce monde, des vieux qui bavaient leurs insanités ou leurs morales dans nos oreilles et des va-t-en guerre, souvent les mêmes. Une bonne guerre, c’est ça qu’il leur faut, qu’ils vomissaient, s’excluant des futures victimes, mais sans penser à leurs petits enfants. Si ?
Aujourd’hui, au nom de la démocratie –dont le dos est plus large que le détroit qui sépare nos grands décisionnaires du moindre bon sens et de celui de la justesse des choses–  à qui on fait dire et faire n’importe quoi, c’est Marlobro (excusez ma dyslexie) et comparses, je veux parler de ces sociétés phares, les grands groupes, les multinationales qui symbolisent nos démocraties autant modernes qu’occidentales, Morrlabo (re-excusez la même chose)  et comparses, disais-je, qui, veillant au grain et à leurs (bonnes ?) actions partent en guerre. Au nom du libre échange, des grands marchés (de dupes), donc disons-le tout de go, de la Liberté.  Dont on a coupé les ailes, malgré les apparences (son L majuscule). Grands groupes qui vendent de la merde, mais pas seulement, comme on peut aisément l’imaginer sans avoir à culbuter nos neurones et à leur faire faire des heures sup. Une guerre dans le but, pour ceux qui la mènent, mais diantre, c’est bien normal, et personne ne ferait autrement… dans le but de sauvegarder leurs intérêts. En somme, une guerre bien légitime.
Et contre qui, contre quoi ? Contre ce et ceux qui menacent les dits intérêts de ces distributeurs de biens (!) et rêves impudiques superfétatoires.
On a connu l’Irak, l’Afghanistan, l’Égypte (par interposés discrets), l’Alibi la Libye (par interposés un peu moins discrets, les abrutis ! Non, je n’ai pas cité Béhachaile), mais ça n’est pas suffisant pour asseoir une véritable hégémonie de l’occident marchand sur l’orient attardé qui pourrait tout de même faire un effort et se la fermer gentiment.

Quoi ? Veulent pas se tenir cois ces enfoirés de Syriens ou Iraniens ? Attends qu’on y mette au pas, non mais ! Leur faut vraiment du plomb dans le crâne.
Bon, ça n’est pas si simple, reconnaissons-le, et c’est que ça en fait des bombes du pognon des bombes à lâcher pour mettre au pas ces arriérés, qu’il y en a ils savent même pas qu’il y a mieux que le Zam Zam Cola, j’t’en foutrais ! Et mieux que leurs futures centrales nucléaires, comme à tout hasard AREVA dont la seule évocation fait cauchemarder rêver douter caquer espérer que cette planète qui n’en fait qu’à sa tête mette un bémol à ses tremblements et autres soubresauts stupides et aqueux tels ceux, fripons, du Japon.
Certes, ça risque de coûter bonbon d’aller titiller quelques arabes non encore acquis à la grande Cause des marchands… arabes ou autres primitifs de la planète (parce qu’à terme, c’est bien de cela qu’il s’agit), mais on a rien sans rien, et sachant qu’à terme ça peut rapporter gros…

Ben non, je n’ai rien de spécial contre Morbralo (tant pis, je n’y arrive pas) et ses comportements de cow-boy rustaud, ni contre Caco, ni d’ailleurs contre cola, j’adore croiser (oui, je sais, Colas, ça s’écrit avec une S lorsqu’il est associé à Alain). Croiser, ça vient de croisière, mais pas toujours, et pas seulement.

Malbrough s’en va-t-en guerre, les deux pieds les deux mains dans la merde, etc.
Si on en croit Chateaubriand, l’air de cette pimpante chansonnette aurait été emprunté aux Arabes, durant les croisades.  Par les Croisés, c’te blague.
Pince-moi, je rêve.

Ne sait quand reviendra, ne sait quand reviendra
Il reviendra t’a Pâques, mironton mironton mirontaine
Il reviendra t’à Pâques, ou à la Trinité (sur mer ?)

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Reprise de service

À l’hosto, ça glisse dans des sabots roses, verts ou bleus, des fois pire, jusqu’au rose culotte si pâle qu’on se dit que certains vont pieds nus. Des sabots en caoutchouc, ou tout pareil.
Quand ils antidérapent, ils s’accrochent au sol en plastique, ou tout comme, et plus rien ne va, plus rien ne glisse, sauf le plateau repas qui se retrouve les quatre fers en l’air, une deux trois, un pas de valse. C’est l’aide soignante qui va pas être contente que la fille de salle elle ait mal fait son travail.

À l’hosto il y a un service qu’on se croirait à un concours de carillonneurs, avec des longueurs jusqu’à tard dans la nuit et même plus loin, à cause des machines pour maintenir en vie, que malgré qu’elles existent, c’est pas demain la veille que les fossoyeurs ils auront plus de boulot. Les machines, ça fatigue pas, ça tourne sans relâche, même quand ces salopiots de l’eudéeffe ils font grève, qu’ils prennent les usager en otage, si c’est pas honteux !
La réa, ça s’appelle, le service en question, bourré de carillons et des trucs qui font comme SOS en morse, ou pas loin, des bip bip bip qui font qu’il y en a qui préfèrent débrancher la machine à vivre plus longtemps qu’on le voudrait, c’est pas si rare. Moi  je préfère les cloches, mais c’est comme ça.

A la période des promos, au printemps, ça gesticule, ça court à la bouscule, ça prend des airs graves et tout. Quand je dis tout, c’est quand l’espoir il est derrière et qu’on se rend compte que c’était de la bêtise d’y croire ou de faire semblant, sans blague, en rigolant que c’est pas demain la veille que la vieille sous assistance respiratoire, cœur artificiel, machine à pisser automatique et cerveau plus fragmenté qu’un disque dur HS… reprendra du service. Les carabins, ça adore la rigolade. Elle leur fait oublier qu’ils sont moins drôles qu’on le croit et pas plus que la vieille qui en finit pas de finir.

Moi, j’y étais bien à l’hosto. A part les bip bip qu’on a toujours l’impression qu’on va être en retard et qu’il faut y aller. Et à part la p’tite nouvelle pas encore diplômée, qui posait les cathétères comme un apprenti picador plante ses piques dans le premier taureau auquel il ait jamais été confronté, pauvre bête ! c’était pas pire. C’est la première fois que j’y fais, qu’elle m’a dit. Criez-le pas sur les toits, je lui ai répondu, sinon ce sera la dernière, à cause que les toits, c’est casse-gueule, surtout avec des sabots en caoutchouc qui adhèrent quand il vaudrait mieux pas.
Faisait chaud, en été c’est pas si rare, mais à cause de la clim, et ne pensant qu’à leurs bronches dont je me serais bien occupé, ces radines de jolies frimousses qui me dorlotaient avaient conservé leur t-shirt et leur jean. La technologie, c’est tout aussi triste que l’égoïsme, et ça y mène. Le paradis n’est pas sur Terre, aussi sûr que 2 et 2 font 22 ; 4 et 4, 44 ; 6 et 9, 69.

J’aurais pu passer l’arme à gauche, comme on dit chez les transfuges de droite, mais pas sûr que les pleureuses fussent prètes à remplir leur tâche et à saloper le linceul, qu’on y paie déjà bien assez cher et que c’est pas si facile que ça à y donner un deuxième emploi. Alors j’ai tenu le coup, tant pis pour mes héritiers, faudra bien qu’ils s’y fassent.
Pourtant, les toubibs ont bien essayé de me faire avaler mon extrait de naissance : le doigt qui fait guili-guili dans le fondement pour voir si on est enceinte ou si c’est une appendicite, c’est pas leur truc. Sans un deuxième scanner, un teint de talc Morhange (jaune pisseux à cause de sa date de péremption remontant aux années 70), une fièvre de cheval qui aurait bouffé du canasson et ma chérie qui s’y connaît en luttes intestinales, les chirurgiens qui se perdaient en conjectures en dubitativant vainement auraient peut-être fini par pratiquer une vie-ectomie, acte chirurgical qui consiste à débrancher le moribond et dont l’effet secondaire est une réduction notoire du montant de la facture eudéeffe. L’ignorance des spécialistes et leur prétention conduit à la morgue, c’est connu.

Las, je m’en suis sorti, et mon transit intestinal redevenu un exemple de perfection a définitivement tiré un hygiénique trait sur cette malencontreuse appendicite doublée d’une vicieuse péritonite, pet paix à son âme. Ce qui me permet désormais de revenir fleurir la toile de mes scripturales productions qui enchanteront de nouveau vos mornes soirées.
Des réclamations ? Adressez-vous à mon supérieur.

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Condamné à mort

« Affaire suivante » a gueulé un des types en unifrme kaki, celui assis de l’autre côté de la barrière tout en haut de l’estrade, au beau milieu. Quand je dis kaki, c’est en faisant abstraction des kilos de médailles qui lui pendaient de tous bords.
Si je n’avais pas reçu un coup de pied au cul et un coup de ce satané bâton, je n’aurais pas compris que c’était mon tour et je serais resté à attendre avec les autres. Les coups de bâton, à la longue, ça renforce les épaules et le dos.
« Nam ù krisnam » a gueulé en moins fort un autre type en costume en moche kaki, avec un béret, mais avec moins de sardines sur les manches de sa vareuse et seulement une médaille.
Deux violents coups de bâton sur les épaules. « No répeta dué. Nam ù krisnam »
Des nom et prénom, j’en ai jamais eus. Faut des moyens pour ça, et c’est pas avec là d’où je viens que je risque d’en avoir. Mon père non plus en a jamais eu, encore moins ma mère. Du coup, j’ai jamais eu la garantie que ce bonhomme était mon père, mais de là où je viens, ça serait pas une preuve non plus.
Au camp, il y avait que les gardes pour avoir des noms, encore qu’il y en a plein qui avaient le même. Des noms qu’ils partageaient, comme Zolda ou Kaporal. Des Zolda, rien que dans notre zone, c’est pas loin de 50 qu’il y en avait, pour pas plus de 10 Kaporal. Les autres, dès qu’ils avaient des dessins sur les manches ou au revers de leur vareuse, ils avaient un nom presque à eux tout seul, mais pas complètement. Serjon, y’en avait six pour seulement quatre Serjmayor et deux Nadjupète : un vieux briscard et un autre brisecouille. Brisecouille, c’est le nom qu’on leur donnait à tous ces salopards de garde-chiourmes : Brisecouille as, Briscouille roi, Brisecouille valet, selon leur rang dans la connerie et la sauvagerie. Une idée de Gégé, un mec qu’avait écopé de 250 ans hors taxes, pour pas avoir été dans le moule, comme nous tous. 250 ans ou moins, ça comptait pas, puisqu’on était tous gentiment conviés à la pendaison. Au-dessus des Nadjupète, y’avait un dénommé Pitène, un gras-du-bide qui pavanait dans le camp les jours où où il était pas bourré. Les autres jours n’existaient pas. Bref, plus ils avaient de dessins, de badges et de bimbeloterie sur la poitrine, plus ils avaient leur nom en propre, rien qu’à eux. 
120 ans j’ai pris. Quand je pense qu’il y en a qui râlent que la vie est trop courte ou trop longue, ça me fait marrer. Ici, la vie n’est ni courte ni longue : elle n’existe pas, elle n’existe plus.
Pan ! a fait le marteau du juge. Condamné à 120 ans et à mort en même temps. Comme si je ne m’y attendais pas.
Alors on m’a amené au gibet. Brisecouille valet m’a poussé au-dessus de la trappe, m’a passé la corde au cou, a actionné l’ingénieux système qui m’a fait passer de la mort au trépas. J’ai trépassé, sans m’en rendre compte, sans appeler ni ma mère, ni mon père. Va appeler tes parents quand tu ne connais pas leur nom parce qu’ils n’en ont jamais eu.
Des nom et prénom, j’en ai jamais eus. Faut des moyens pour ça, et c’est pas avec là d’où je viens que je risque d’en avoir. Mon père non plus en a jamais eu, encore moins ma mère. Du coup, j’ai jamais eu la garantie que ce bonhomme était mon père, mais de là où je viens, ça serait pas une preuve non plus. Comme pour ma mère, parce que nos mères, on nous les collait comme ça, au hasard.
Juste avant de m’éteindre, j’ai eu la chance et le temps de voir un soleil rouge sang se coucher derrière les montagnes.

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Hollande, ISF, infarctus, réfugié politique aux Seychelles

Vous ne perdez rien pour attendre. Tenez-vous le pour dit, vingt ou plus, selon vos moyens et la taxe de luxe d’ont j’ai oublié le pourcentage, mais qui apparaîtra sur votre prochaine facture, n’en doutez pas. D’autres miens écrits viendront en rajouter à votre désespérance.

Ayant eu quelques problèmes de tuyauterie cardio-vasculaire et autres, sans doute à la suite des élections présidentielles, j’ai dû faire appel à une entreprise de plomberie. Chalumeau, soudure à l’étain certifiée conforme aux normes européennes, colle epoxy et boudin ressortoïdal ont mis un terme à un défaut de fabrication initial que n’a pas arrangé une consommation excessive de topinambours et trompettes de la mort, dieu merci, daubés. Membre honoraire de la confrérie des consommateurs émérites de Médoc, ma position au sein de cette ONG m’a éloigné de tout risque (provisoire) de mise en bière, ce que j’aurais fort peu goûté préférant celle de mars, guerrière, à celle de juin, par trop maréchaliste à mon goût, à laquelle d’autres que moi ont aussi échappé. Le bleu marine avec ses vagues croisières me donne la nausée. Tout autant que le blanc rouge bleu de l’uhèmepet, à peine plus que le rose culotte du péhèsse.
Résultat : pas pire qu’un autre, ce qui veut tout dire, mais une accalmie dans mes délires verbaux.

Mieux vaut l’avoir dans l’artère, m’a affirmé un fabricant de ressorts, que dans le cul, a confirmé ce célèbre nippon  fabricant de préparation H, qui s’y connaît en dégâts collatéraux et anaux. 
Un vache de répit, repos mérité selon des proches (mort à Paris, Seine, le 18 avril 1988, quel con !) qui confondent retraite et flambeau.  Flamber ne sert à rien, comme l’éructait Adolf contemplant les mornes plaines polonaises qu’égayaient de jolies volutes vert de gris s’échappant des cheminées élancées, quoique germaniquement construites de briques et de broc. Certes, mais flamber, ça fait joli dans la nuit, et même si ça ne fait que ça, ça le fait. Flamber pas plus qu’écrire, autre façon de flamber.
Brûler la chandelle par les deux bouts, ça se paie. Erreur, lorsqu’on est un assuré social. J’adore ce terme, plus encore que ceux de Baden-Baden, d’Aachen ou d’Aix-les-Eaux, cité balnéaire d’où partent les nefs libératrices (et libératoires, concernant l’impôt) s’allant voguer vers d’autres cieux plus cléments.

Après, c’est quoi que je m’ai dit, c’est quoi que je médis, ou sur quoi sur qui, c’est quoi que je médite ?
Que sans cesse écrire n’est pas pire que de ne le point faire. Ouf !
D’où cette décision de n’en point prendre. Re-ouf ! 
Exprimer cette pensée profonde d’une autre manière ? Mouais, je le puis : si vraiment, mais vraiment si vraiment j’ai besoin, je parle bien de besoin et non d’envie, si vraiment j’ai besoin de pisser un coup, je le fais. Pour aligner des lettres qui feront des mots qui feront des phrases qui feront des paragraphes qui feront qu’on se demande à quoi ça sert de gâcher du papier, que nom de dieu, la déforestation on en est tous responsables, mais c’est pas grave (qui vaut largement le Médoc), c’est du pareil au même, voire vice versa, donc du même au pareil.

Une dernière chose, avant de vous laisser poireauter jusqu’à la prochaine récolte. Payé 1€ les 10 mots, vous comprendrez que j’ai la plume alerte. Et rentable. C’est scandaleux, vous entends-je vous indigner. C’est vrai. C’est pourquoi, sensible à votre indignation et préoccupé par votre bien-être, serait-il bien mal acquis, je m’en vais taire quelque peu ce créatif bouillonnement littéraire qui tout entier m’habite. Toutefois (même si c’est la seule et unique fois),  ce n’est pas parce que j’ai mis une parenthèse provisoire à ma condition de nécessiteux que je ne la gommerai pas un jour ou l’autre. En attendant, reposez-vous, comme je me repose sur les lauriers fleuris du jardin de ma paire mes pairs mon père. 

Le prisonnier de Hollande (chanson plus connue sous le titre Auprès de ma blonde)
Au jardin de mon père, les lauriers sont fleuris, 
Tous les oiseaux du monde viennent y faire leur nid,
La caille, la tourterelle, et la jolie perdrix.
Et ma gentille colombe qui chante jour et nuit.
Qui chante pour les filles qui n’ont point de mari.
Pour moi ne chante guère, car j’en ons un joli
Dites-nous donc, la belle, où donc est vot’ mari ?
Il est dans la Hollande, les Hollandois l’ont pris.
Que donneriez-vous belle, pour avoir votre ami ?
Je donnerions Versailles Paris et Saint-Denis.
Les tours de Notre-Dame, et ma colombe aussi.
Auprès de ma blonde,
Qu’il fait bon, fait bon, fait bon.
Auprès de ma blonde,
Qu’il fait bon dormir!

Traduction pour les incultes :
Au cas où vous ne l’auriez pas saisi, comme disent les huissiers de justice (tu parles !), écrire est rentable. Les énormes revenus qui me reviennent grâce aux lettres qui font des mots, qui font des phrases, etc. m’ont porté non seulement à la célébrité (amplement méritée), mais aussi à une vraie aisance, bien loin d’être fosse, laquelle a incité les services fiscaux de ce gouvernement de gauche dont on ne dira jamais assez ô combien il est adroit, à me soumettre à l’ISF, l’impôt devin de vin sur la fortune. Ceci expliquant cela. 
Me dites pas que vous ignorez le nom de notre président !
Bref, mon précédent baragouin est un verbiage dont le seul but est de me faire plaindre, car, croyez-le ou pas, mon statut de réfugié politique aux Seychelles pour échapper à l’ISF, à cause des risques de tsun plus ou moins ami, est moins enviable que vous l’imaginez. Soyez-en assuré, social ou pas. 

Tout cela pour dire que les Seychelles, c’est pas la porte à côté, d’où le temps que mettront mes prochains écrits pour vous parvenir de là-bas. Cependant, un tsunami en cachant un autre, cessez de desespérer : je reviendrai.
Plus mouillé que jamais ? 

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Les dangers du bronzage

On l’a dans le baba, j’entends dire au bistrot un gonze imbibé de rhum que t’aurais dit la Martinique à lui tout seul.
Je te l’ai traîné au poste. Les mecs qui disent des trucs comme ça, faut pas les louper. Je parle des bronzés.
Ouaille ? l’ai-je gégèné, sachant que sans ça, même qu’heureusement qu’on y a pas tout foutu à la décharge, il aurait fermé son clapet, ce qui, parenthèse, n’aurait pas été une mauvaise chose, son haleine alcoolisée de bestiau de ch’sais pas où ayant un petit truc à voir avec celle des chacaux. Fais pas chier, je sais que chacaux, ça s’écrit pas comme ça., mais si on n’a même plus le droit d’être singulier, on va où ?
J’ai manivellé plus vite, ouf, ouf. Faut dire qu’avec la gégène, y’a pas que le gus que tu veux faire causer qui en sue, que tu te demandes si c’est pas de la pisse. Tiens, fais-y donc, si t’y crois pas. Là où y’a de la gégène, y’a pas de plaisir, j’aime autant te dire que c’est pas du bidon. Ô les cons qui s’imaginent que si, j’aimerais te les y voir.
Bon. Le gars, il insiste lourdement. Je tourne plus vite.
Et tu sais quoi ? Il déballe, le con.
Je te dis pas le matos. Les noms, prénoms, surnoms, taille de la taille, tour de taille, âge de la première communion et de la première branlette, si sa mère trompe son père et si vice versa, sa frangine c’est quoi qu’elle fout à 2 heures du mat à traîner qu’on sait même pas où, et tout et tout. Il a pas de père ? Tu m’étonnes,
Pas fier, le gars, j’te l’dis. Maman, qu’il gueulait, pire qu’un pourceau, et nom de dieu, c’est pas les pourceaux que j’ai égorgés qui manquent. Enfin, si, parce qu’à c’jour, sûr qu’ils manquent à l’appel. Maman ou un truc tout pareil. Ces gars là, c’est pas le français qui leur écorche la langue.
Tu vas avouer, oui ou merde. Quand je leur dis ça, je me marre, parce qu’ils ont déjà tout déballé, tu parles. Notre vitrine est petite, mais notre choix est grand. Sauf que sa vitrine, sûr qu’il y a eu un casse.
Le mec i’m’regarde. Moi je l’regarde et j’te lui en tire une que c’est bizarre que sa tête ait pas fait deux fois le tour. Pas normal. Alors je remets ça.
Le train-train, quoi.
Les négres, c’est génial, à cause que les bleus ça se voit pas tant que ça.. Et même d’autres choses. De toutes façons, vaut mieux pour eux qu’ils se la ferment.

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