Bellisssssimmmmo escapada – Échappée belle

Je n’y connais rien en italien et je m’en balança. Puis le problèmo n’esta pas là, et d’ailleurs, il n’y a pas de problèmo, ou s’il y en eut, finito il problemo. Kaput.

— I nous échappe, i nous échappe !

Deux tarés, cape noire, même pas foutus de prononcer le sujet de la troisième personne au singulier de façon convenable. Armés de faux, des vraies, tranchantes et luisantes sous la pâle lueur d’une lune plus desespérante que desespérée.
Un oeil à droite, l’autre à gauche –normal je louche– pour me rendre compte que je suis le seul à baguenauder dans cette bande dessinée de la Big pomme –Big Apple–, plus blette qu’une blète qu’on aurait oubliée dans le fond du bac à légume du frigo (ce qui est aussi bête que nigaud, comme dirait JPF) et, pas de bol, un orage d’enfer a fait sauter le disjoncteur pendant les vacances.
Doute : aucun. Je me compte, je suis seul. C’est après moi qu’ils en veulent.
Prendre mes jambes à mon cou pour me péter la gueule sur un de ces trottoirs défoncé où ça se défonçait deux heures plus tôt ? Pas question.

« Fais face, mon gars » m’encourageai-je façon méthode Coué.

Je fais face.

« C’t’à quel sujet ? » les questionnai-je l’oeil gauche mauvais, l’autre pas vraiment tendre, mais façon flics, tu sais, le gentil qui en fait va te mettre profond et le méchant tellement con que le temps qu’il comprenne que son partenaire a le pouvoir, il se retrouve à la circulation avec un wagon de chauffards en train de lui foncer dessus.
Le chef –parce qu’il y a toujours un chef dès qu’on est plus d’un– bombe le torse, rajuste sa faux, en lustre la lame d’un coup de basane après l’avoir embuée de son haleine acide et perfide (des taches de rouille maculent la lame, s’en disputant la surface avec quelque sanie sanguinolente), toussote en se râchant la gorge et me sort, quelque peu décontenancé par mon attitude un rien british :

« Ben… C’est nous qu’on s’y colle ce soir. La Camarde s’est barrée en week-end. Et le sale boulot, c’est nous qu’on y fait. Désolés ».
— Mmouais… Et vous êtes payés combien pour le travail ?

Hésitation. Leurs cours, ils les ont potassés. Savent très bien que si ça commence à tchatcher avec le client, l’affaire n’est pas dans le sac. Cependant…

« Ben…» dit le second en jetant un regard perdu en direction du chef, tête baissée. Le second, c’est celui qui se planque derrière le premier, mais c’est lui qui reçoit les coups et qui se retrouve, on l’a vu, à la circulation avec un bâton blanc en mains, qu’il y en a qui lui demandent s’il veut de l’aide pour traverser la 69th avenue. Non merci, circulez, leur dit-il alors, tout de même gêné.
Un peu désemparés, les gars. Alors je leur explique :

« Bon. Je vois. Pas lourd de paie, si je comprends bien. On vous roule dans la farine. Vous faites le sale boulot et qui c’est qui tire les marrons du feu ? »
— Ben, c’est pas nous, ça c’est sûr.
— C’est pas nous ça c’est sûr, c’est pas nous ça c’est sûr. Seriez pas un peu cons ?
« On s’demandait, justement. Et c’est p’têt ‘pas impossible » répond le chef.
« C’est quoi, vos lames ; de l’inox ? »
— Queudal ! Les remplaçants on n’y a pas droit. Ferraille pourrie, oui. Même qu’on est toujours à l’aiguiser.

Des pauvres mecs, quoi !
Leur instrument planqué sous leur cape de mauvais drap rapiécé et délavé, je les emmène dans un bistrot. Tout y passe : droit du travail, syndicat, droit de grève, avocat, médias et surtout 1/2 gallon dry d’un whiskey tout droit sorti des caves naphteuses de Chevron Texaco.
Pendant qu’ils distillent, je leur suggère lourdement d’envisager une action salvatrice mais draconienne, garantie d’un avenir lumineux :

« La Camarde, vous savez où la trouver ? »
— Ben oui, quand même.
— Sa faux, elle l’emmène en week-end ?
— Ben non, quand même.
— OK. Vous savez ce qui vous reste à faire. Allez, j’vous raccompagne. Mais signez là, en bas du contrat.
— …
— Oui, c’est ça, tous les deux. Avec la date et le lieu. NY en toutes lettres, New York. Parfait. Et maintenant, exécution !

.

7h du mat. Le ciel est dégagé, beau temps. De retour dans ma chambre d’hôtel. La radio.

 « La nostalgie camar(a)de, la nostalgie camar(a)de… »

Gainsbourg. Pas de doute, l’Amérique, c’est l’Amérique.

.

« O beautiful for spacious skies,
For amber waves of grain ;
For purple mountain majesties
Above the fruited plain.
America ! America !
God shed His grace on thee,
And crown thy good with brotherhood,
From sea to shining sea. »

En feuilletant le Web à la recherche d’une illustration qui évoque la peur, voilà-ti pas que je tombe sur une de mes illustrations. Un lien me conduit à un article délicieux que voici. Merci donc à l’auteur inspiré de ce blog (apparemment disparu en ce mois de novembre 2015)

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Bellisssssimmmmo escapada – Échappée belle

  1. Tommy dit :

    Bien parlé, Charly. On va lui apprendre à ce naze.

  2. Charly dit :

    Bien content de te retrouver grâce à Facebook.
    Merci pour les conseils. Nuls. La Camarde, au cas où tu ne le saches pas, mais ça m’étonnerait, est indestructible. Tu t’es foutu de nous, et maintenant on est au chômage. Tu es un enfoiré, mais on a tes coordonnées et on va arranger ça.

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