Un vécu et deux interprétations

Un vécu
Ti m’iscoze sè j’icrit mal la françi. Ja souïs dans la France qu’il imi beaucop dipouis pas langtemps. Annaba, ti couni, ann Dzayer. Ja la djilaba, ja la barbe paciqui ja souïs mosolman. Allahou Akbar !
Li mosolman françi, vos z’ites fo. L’at jor, ja souïs à fir la coumissiun don li souk por li coscos avic li ptits pois qui ji achti, i quiçqui j’vois ? Iscoze sè j’icrit pas comme al fout, ji vois ane femme, avic l’hidjab i li niqab, ann mosolman. J’ti joure, ouala qu’ille achite halouf i encore halouf. Quisqui ci cit’ z’affire ? Halouf !
Ji lace ptit caillo dissis, ji arrive pas tocher, ji core apris por li dire qu’çi pas bien ç’qu’ille fi, ji core, ji core, ille core plou vite. Alours ji saute par dissous l’ital por alli plous vite. Y an a ligoumes, y an a milon, y an a corgites, y an a ptits pois, y an a kosbor, i ouala ji tambe i casse figoure.
Ja mis débot. Ji passe li doigts dans barbe por alivé morçous di l’irbe, ji sico djilaba, an fois, di fois, ji sico encoure, ji tate li boches si ja rian pirdou i quiçquis’passe ? Am tombe dissous, qui ji a vouli an milon, qui ji a vouli an corgite, qui ji a qu’a ritorni dans li pays. Allahou Akbar ! Ti m’iscoze, m’siou, ja ria vouli di tot. Y en a vinu an poulice. Quisqui ci cit’ z’affire il a dit quand il trove an corgite dans la boche plous li ptits pois. Dans li bouro chif la poulice a tot controuli, papiers i tot. Li jour d’apris, on t’a à l’euye, i z’on dit, mi çi bon por citte fois. La poulice ille ma pas copi la main.
Li mosolman françi, vos z’ites fo, la poulice tot parille.

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Une première interprétation
Ne m’en veuillez pas si j’écris mal en français. Venant d’Anaba (vous connaissez ?), en Algérie, je ne suis en France que depuis peu. Vous ne serez donc pas étonné (l’Algérie étant hélas un pays qui manque de tout) que je porte une djellaba et que j’ai une barbe de plusieurs mois. Oui, je suis effectivement musulman, mais n’ayez crainte, soufiste. Dieu nous préserve des salafistes !
Je suis heureusement surpris de la grande ouverture des mulsulmans français. Ainsi l’autre jour, alors que j’effectuais quelques achats au marché (de la polente et quelques légumes, petits pois, chou-fleur…), que vois-je devant mes yeux amusés ? Une femme vêtue d’une longue robe et d’un foulard élégant dont elle se protégeait le visage, manifestement pour s’éviter un mauvais rhume. Vêtements seyants et discrets qui, en y regardant de plus près, dévoilaient qu’elle était de confession musulmane. Elle faisait ses achats auprès d’un charcutier fort estimé sur la place et connu pour ses délicieuses côtes de porc. Certes, nous autres musulmans ne pratiquons pas ce type d’alimentation, sans doute à cause des mauvaises conditions d’hygiène dans nos pays, mais rien ne nous interdit de façon absolue la consommation de porc.
Désirant l’aborder pour entamer un petit bout de gras, je lui lançai quelques petits pois que ma main habile, par jeu, avait précédemment écossés dans la poche profonde de ma djellaba. Je pensais que cela serait suffisant pour attirer son attention, mais il n’en fut rien. Aussi la suivis-je d’abord d’un pas tranquille puis, ne voulant pas la perdre de vue, d’un pas plus vif. C’est alors que je me heurtais maladroitement à un étal de primeurs, et fit une chute après l’avoir renversé.
Accourus pour me relever, les maraîchers ayant découvert la présence d’une courgette et de petits pois dans une de mes poches en firent part à un policier, réaction après tout bien légitime et finalement citoyenne en ces temps de délinquance, car on ne sait jamais… Mes explications n’ayant pas été entendues, ce qui peut se comprendre, les policiers m’invitèrent à les suivre au commissariat où, après vérification de mon identité et de l’ensemble des pièces justifiant ma présence légale sur le territoire français, ils me relâchèrent en se confondant en excuses. 
Mais quelle folie pour si peu de choses.

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Une seconde interprétation
Je m’exprime mal en français, certes, mais d’ici peu j’aurais appris et saurais m’en servir pour atteindre mes buts. Je suis en France pour une mission au service de mes frères salafistes d’Annaba, pour la gloire d’Allah.
En France les musulmans deviennent fous et contreviennent à tous les interdits de notre sainte religion, édictés par le Coran. J’ai personnellement repéré une musulmanne sur un marché, qui était en train d’acheter du porc. Le lieu ne se prêtant que difficilement à son éradication pure et simple, je l’ai visée ave des pierres, trop petites pour la blesser, mais suffisamment grosses pour qu’elle prenne la fuite afin d’éviter mes tirs, ce qu’elle a fini par faire. Décidé à la remettre au pas, je l’ai suivie, mais elle m’a distancé après que je me sois heurté à un étal de primeurs. Où la foule m’est tombée dessus à bras raccourcis. Hasard malencontreux lors de ma chute, une courgette s’est glissée subrepticement dans la poche de ma djellaba, ce qui a déchaîné la vindicte de la foule qui a fait venir un policier. Accusé de vol à l’étalage, j’ai été conduit au poste de police où j’ai subi un interrogatoire en règle de la part d’un inspecteur qu’Allah m’aidera à punir en temps voulu. Mes frères salafistes ayant bien fait les choses pour que je sois parfaitement en règle, j’ai été relâché le lendemain matin non sans avoir été l’objet d’injures et de menaces, notamment de la part d’un brigadier qui devra en répondre. Voilà ce qui m’a été jeté à la face et à celle d’Allah :
« Dans ton pays de merde avec ta religion de merde, on t’aurait coupé les mains et les couilles. Les bougnoules comme toi, c’est deux balles dans la peau qu’il leur faut. Et si t’es pas content, tu y retournes, et vite fait. »
Par Allah, ces fous d’infidèles paieront de leur vie cette offence !

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Un vécu et deux interprétations

  1. Mauviris dit :

    Fin et sympa. Queneau n’aurait pas fait mieux. En plus votre écrit mène à la réflexion, et il y en a bien besoin. D’une certaine façon, il apprend aussi la tolérance, comme d’autres posts que vous avez écrits. Continuez.
    Et pour l’amante allô, on fait quoi ?

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