Le secret de Bérenger Saunière en instance d’être percé

Comme chaque année à la même période, à quelques mois près, parfois douze, je fais un viron au Bugarach pour faire le point avec les pompiers chargés de veiller au grain d’éteindre le grand incendie censé avoir lieu en décembre 2012. Des pom-piers du ciel que des imbéciles prennent pour des anges, allez savoir pourquoi. Êtes-vous prêts à intervenir lorsque les temps seront venus ? leur ai-je demandé.
« Non ! » ont-ils répondu en chœur, quelque peu agacés. « Et on en a rien à faire » a rajouté leur capitaine, bel homme de surcroît, selon les critères esthétiques de ce lieu hors du commun. Réponses auxquelles on pouvait s’attendre, leurs revendications salariales étant restées lettres mortes. Voilà comment tourne le monde, chacun étant prêt à couper la branche sur laquelle il est en équilibre instable ou chacun étant prêt à casser ses outils de production sous de vulgaires et fallacieux prétextes 
Ayant bien autre chose à faire qu’intercéder auprès du gouvernement plus apte à mettre le feu aux poudres qu’à composer le 18, et ayant entendu dire qu’il se passait des choses peu banales à Rennes-le-Château, j’ai décidé de m’y rendre, chose aisée pour peu qu’on emprunte le souterrain aérien qui y mène depuis le pech de Bugarach. Mais encore faut-il en connaître l’accès réservé aux seuls initiés dont je fais partie, on l’aura compris. Atteinte la façade nord de la pyramide d’Amentéphis XII, porte D, il n’y a plus qu’à se laisser glisser sur les ailes du temps pour se retrouver une heure plus tôt (le voyage est très rapide, comme on peut en convenir) au péage secret situé dans la cave de la librairie qu’un souterrain sous-terrestre et secret relie à la crypte de l’église de Rennes-le-Château.
Parenthèse :  je ne peux ici passer sous silence le prix exorbitant du péage, que je dénonce avec véhémence, emportement, impétuosité, énergie, animosité, fureur, rage, virulence et autres proches qualificatifs qu’on trouvera dans le premier dictionnaire de synonymes venu, chez tout bon libraire.

Bref, me voilà rendu à Rennes-le-Château, village audois et à l’œil, perdu aux confins des histoires à dormir debout et de celles à réveiller les morts, comme Bérenger Saunière, ce curé qui aurait pactisé avec le diable selon certains détracteurs, dont un dénommé Ferguson, de son prénom Massey, un vague et prétendu historien inculte en mal de reconnaissance, seul détenteur autoproclamé de la vérité vraie concernant la vie du susdit curé.
Et là, passé le porche à l’architecture d’inspiration wisigothique, donc quasiment germanique ou pas loin, que vois-je, si je me replace à cette date, mais que vis-je si je me place ici et maintenant ? Asmodée. Voui, vous avez bien lu : Asmodée. Asmodée en personne, le Souffle ardent de Dieu, comme je l’appelle dans l’intimité lorsque, voulant griller une Gitane et me rendant compte que j’ai oublié mon feu sur je ne sais quelle scène de crime –peut-être la dernière ?– je le prie d’embraser ma cigarette, ce qui tend à provoquer un certain émoi parmi les témoins, s’il y en a, évidemment, car s’il n’y en a pas, ça ne provoque rien d’autre que rien.
Asmodée ? En gros, c’est un bouffon. Un vrai, doublé d’un joueur invétéré, et pas n’importe lequel. Surintendant des Enfers et des maisons de jeu, son nom est l’altération du nom d’un esprit persan, Aëschma-daëva, qui pourrait signifier en hébreu « celui qui fait périr ». Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’il fait périr de rire, à commencer par lui-même –façon de parler–, lorsque, soulevant le toit des maisons, il voit ce qu’il voit et entend ce qu’il entend. « Nom de dieu, quels cons ! » s’écrie-t-il dans sa langue griffue en désignant de ses doigts fourchus ces chercheurs ou historiens, comme Ferguson, qui déblatèrent autour de la question de la provenance de l’oseille de Saunière, ignorants que c’est dans les jardins que pousse ce Polygonacée. Ce que me confirme Asmodée qui en connaît un rayon question trésors, géométrie, arithmétique, astronomie et jardinage. « Le Bérenger ? Pas couillon, le gars. Attends que je te raconte…»

Et il m’a raconté. Tout.
N’étant pas huissier qui veut, je n’ai pas tout saisi, mais l’essentiel ne m’a pas échappé. Depuis, je passe mon temps à le remonter. À raison de deux heures gagnées à chaque aller-retour dans le souterrain aérien qui ne me prend que le temps de m’y laisser glisser, 1891 sera vite là et je n’aurai plus qu’à suivre Bérenger Saunière pour découvrir son secret.

« Mais si le curé vous voit il se tiendra coi, ne bougera pas d’une oreille, se taira comme une tombe, se terrera dans sa cure… Et vous ne percerez rien de son secret » pourriez-vous m’objecter. « Objections dont je n’ai cure » vous répondrai-je. « Car il me suffira d’invoquer Asmodée pour qu’il me rende invisible. Et toc ! »
— Mouais… Mais en supposant que vous puissiez récupérer tout ou partie d’un supposé trésor, comment ferez-vous pour le ramener et revenir en 2012 afin de pleinement en profiter ? »
— Vu le peu de temps censé nous rester d’ici la fin du monde, à cause de ces pompiers imbéciles, je ne vois pas pourquoi je repointerai le bout de mon nez en cette année vouée à l’apocalypse. Je resterai en cette fin IXXe siècle, point. 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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4 commentaires pour Le secret de Bérenger Saunière en instance d’être percé

  1. Ping : Cailloux du Bugarach, or en barre et crottes de biques | CE QUE PIERRE C.J. VAISSIERE AURAIT PU ECRIRE

  2. MARTINE ALIX dit :

    Au Bugarach, on fait feu de tout bois et même avec des trucs qu’Asmodée (gardien des trésors du roi Salomon) n’aurait même pas pensé souffler aux mercantiles de tout poil… A lire « Le Point » de cette semaine, sur un site internet, on vendrait à prix d’or des cailloux de la montagne, censés dégager un magnétisme positif. Je cite : « De 160 euros le caillou de 110 grammes à 3000 euros la pierre de 2 kilos garantie ramassée à la main avec certificat d’authenticité. »
    Selon d’autres sources, il paraîtrait qu’on les vendrait aussi broyées sous forme d’élixir minéral à ingérer. A déconseiller à ceux qui font des calculs rénaux !
    Au train où vont les choses, la montagne devrait finir par s’écrouler avant le 21 décembre 2012 et l’apocalypse n’aura qu’à passer son chemin…
    Quant au tunnel temporel, je l’ai emprunté à ma manière, en faisant une excursion dans le temps (invisible comme le suggère une autre Alix qui n’est pas moi) à la rencontre de Bérenger Saunière et de Marie Denarnaud (et d’Asmodée), qui sont les héros de mon dernier roman en co-écriture avec Jean-Michel Thibaux « : L’héritière de l’abbé Saunière ».
    Dommage que l’héritière ne soit pas moi, comme certains avaient cru le comprendre en lisant le titre…

  3. Alix dit :

    Vous zoseriez percerainci le secret de ce bon Béranger….vous vous rendriez invisible pour aller guetter ses frasques avec Marie ( la servante, pas la vraie…enfin elle est vraie aussi…Beranger a vérifié….)Mandieu Asmodée! ( si si ! on peut accoler).

    Bon je souhaite que vous perciez et que vous me tenassiez eau courante ….C’est pas pour moi le coup du trésor, mais ça ferait tellement plaisir à mon banquier qui n’aime pas que je sois découverte…….le sot!…..

    • Non seulement j’oserais percer le secret du maudit curé qui a tout gardé pour lui, mais c’est comme si c’était fait. Encore quelques incantations plus quelques verres de Picpoul de Pinet, et hop ! à moi la transparence, l’invisibilité, l’invincibilité et l’incivilité qui me permettront de faire main basse sur ce tas d’or que j’adore. Quant à votre banquier, qu’il aille se rhabiller s’il ne supporte pas que vous soyez découverte. Pour ma part et celle d’Asmodée, votre nudité ne nous pose à priori aucun problème. Oserai-je dire au contraire ? Oui.

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