Cultures, civilisations, êtres supérieurs et êtres inférieurs

Dans mes dialogues avec moi-même, je préfère taper large : ça ouvre les débats.
Pas plus tard, ni plus tôt que ce matin, pendant que je me rasais d’une main tout en me curant les oreilles d’une autre, deux gestes autant délicats que civilisés, voilà-t-i pas que, trouvant que l’autre moi, dans le miroir, avait quand même une drôle de tronche et une drôle de façon de me regarder, voilà-t-i pas que je me surprends à lui raconter que, exemple à l’appui, certaines civilisations, ethnies, religions, cultures, sociétés sont quand même supérieures à d’autres. J’ai bien précisé civilisations, ethnies, religions, cultures, sociétés : on est ouvert ou pas et c’est pas pour me vanter, ce qui serait de trop quand la température est déjà largement en-dessous de zéro et que déjà souffle une bise plus mordante que celle d’une goulue, c’est pas pour me vanter, disai-je, mais je suis ouvert, très ouvert. Et prudent, très prudent, d’où le choix de mes mots.
Pas ouvert à tout, non, mais à beaucoup de choses. En tout état de cause, plus ouvert que le type bizarre dans le miroir, qui me fixe dans ce qu’il doit imaginer être un miroir alors qu’il s’agit de la réalité. Preuve s’il en fallait que, ne s’agissant que de la seule culture, la sienne est largement inférieure à la mienne.

Le temps de lui livrer ma pensée, voilà qu’il se dresse comme un coq, se met sur la pointe des pieds pour se grandir, comme le font les inférieurs. On reconnaît les inférieurs à cette façon qu’ils ont de vouloir se grandir face à ce qu’ils sont bien obligés de reconnaître comme étant supérieur à eux.
On croit souvent que le regard des inférieurs sur les supérieurs va de bas en haut, mais c’est une erreur. Car, se sentant inférieurs, ils se grandissent, du moins se l’imaginent, en grimpant sur quelque objet que ce soit (une valise en carton, objet courant chez certaines populations, peut éventuellement faire l’affaire), du moment qu’il soit suffisamment stable pour leur garantir un semblant d’équilibre, et suffisamment haut pour leur permettre de croire qu’ils dominent leur interlocuteur qu’ils regardent alors non pas de bas en haut, mais de haut en bas. 
Ce que fait le rigolo dans le miroir, cherchant du regard un supposé support sur lequel je me serais mis debout, moi. Ses yeux sont à hauteur du haut de mon crâne, et je sens son souffle sur mon front. Un souffle vide, caractéristique de ceux dont la religion n’est que vide et leur dieu un dieu de pacotille. Je n’invente rien, mon ressenti étant juste, car émanant d’un être issu d’une civilisation supérieure.

« En quoi tu estimes que ta civilisation est supérieure à la mienne ? », l’entends-je me questionner, pas gêné, comme si un inférieur pouvait questionner un supérieur.
Bon bougre, je lui réponds néanmoins qu’elle est supérieure à la sienne du simple fait qu’il me pose la question. Et toc. Moi, je ne me pose, ni surtout ne lui pose la question de savoir en quoi sa civilisation est inférieure à la mienne, car c’est un fait. Et re-toc. Moi j’occupe un territoire, un vrai territoire, tandis que le sien n’est qu’illusion, une illusion dont je suis conscient, mais dont lui n’a aucune conscience. Il suffit que de mon souffle je dépose de la buée sur le miroir pour qu’il disparaisse, ce qui prouve encore, s’il le fallait, ma supériorité sur lui.
Ceux qui manquent cruellement de culture ne manquant pas de culot, on peut en déduire que ceux qui ont du culot ont, généralement, une culture à ras des pâquerettes. Des ploucs, quoi. D’autres les qualifient d’arriérés, mais je n’irai pas jusque là, sachant qu’il fut un temps où mes ancêtres brillèrent moins qu’ils ne brillent aujourd’hui, quand bien même ils brillaient déjà plus que ceux de cet étranger dans le miroir, et que cet étranger lui-même.. 
Qui me dit : « Qu’est-ce qui te fais croire que je disparais si tu souffles ton haleine sur le miroir ? Tu n’en sais rien, car tu n’es pas de ce côté du miroir où je me trouve pour prendre toute la mesure de ce qu’il s’y passe. Et ne me dis pas que je disparais lorsque tu cesses de t’y regarder pour vaquer à tes occupations. Tu ne peux me voir que si tu es présent, et tu n’as aucune preuve que je n’y suis pas si tu n’y es pas non plus. Et toc ! »
L’imbécile ! qui, avec son “et toc” ne s’est pas même rendu compte qu’il me singeait et qu’en procédant de la sorte, il apportait la démonstration de ma supériorité sur lui.
Ce que, bon prince, je lui explique, pris par cette générosité qui pousse les vrais civilisés à fournir aux primitifs les éléments de réflexion qui leur permettront peut-être un jour, d’atteindre un degré honnête de civilisation.

Satisfait de ma B.A.j’ai daigné ne pas embuer le miroir avant de tourner les talons pour m’en aller voir ailleurs si j’y suis.
Le match de foot France-Syrie commence dans deux minutes, juste le temps qu’il me faut pour sortir un pack de bière du frigo. Quelle équipe va gagner ? C’est couru d’avance : la France. 
Quant à l’autre pomme, et parce qu’il est tout simplement impensable qu’il ait la télé, il a dû s’en retourner au néant de son inculture primitive.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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