Les miroirs sont aveugles à la nudité

C’est en jetant un œil dans le miroir, comme ça, en passant, mine de rien et avec juste assez de prudence pour que ça ne m’éclabousse pas que j’ai vu qu’il n’y avait rien dedans, rien ni personne. Derrière pas plus, nada sur le côté, même si j’ai cru un instant voir quelque chose dans le cadre d’ivoire. Je l’ai décroché, l’ai retourné sous toutes ses faces, l’ai examiné sous toutes ses coutures, d’impeccables points façon sellier au véritable fil poissé, du cent pour cent fait mains, les deux.
L’inquiétude m’a pris, pensez donc ! mais rien ne vous y contraint, sachant bien que ça fatigue de penser.
Vous auriez fait quoi, vous, pour peu que vous teniez à vous autant que je tiens à moi ?
Je suis parti en chasse. Attention, pas sans avoir pris les précautions qui s’imposent. Un coup d’Ajax vitres ramené du supermarché de Troyes (Aube) où je fais mes courses ; un demi rouleau de papier Kraft, plus une feuille d’overcraft waterproof au cas où il se mette à pleuvoir. Bref : l’Ajax pour que la glace soit nickel ; les papiers Kraft –gommés– pour empêcher que n’importe quoi ne vienne s’immiscer dans une histoire qui ne le concerne pas, en se prélassant sur un tain qui ne lui est pas destiné… Chacun chez soi, et Saint-Gobain reconnaîtra les siens. Constat : c’est pas parce qu’on fait ce qu’on s’imagine devoir faire pour que ça roule ma poule que ça roule ma poule.

Ramassés mes clics et mes clacs, direction le rez-de-chaussée où, m’étais-je dit, j’aurai plus de chance de trouver un trottoir de proximité qu’au premier étage, le seul, de ma modeste demeure, une humble cabane de 16m2 (8 à l’étage, autant en dessous) en temps normal, frisant les 16,15m2 les jours de canicule, à cause du balatum et des poutres bouffées par les termites venues se mettre au frais : la dilatation ne touche pas que les rates et autres patates. De là j’emprunterai, j’espère avec un intérêt loin de toute usure, mon circuit habituel, m’étais-je encore dit, me félicitant de cet esprit pratique que les fabricants de commodes m’envient. 
Héliconiste de talent dans la clique municipale où on répète actuellement l’œuvre désormais célèbre de ce compositeur chinois non moins célèbre pour laquelle il avait été taxé de révisionnisme petit bourgeois, ce qui lui avait valu, à l’époque, une amende rondelette, forme qu’on ne trouve que rarement dans ce fruit, sauf justement chez les Chinois lorsqu’ils écarquillent les yeux… peut-être quelqu’un m’aura-il-vu à la dernière répétition. 
Eh ben non, personne ne m’y a vu. Ni entendu, preuve que je n’y étais réellement pas. Changement de trottoir.
Étape numéro 2 : la maison de passes par où j’ai l’habitude de passer, cela n’étonnera personne. Replié le clic-clac, clique d’un côté, claque de l’autre, Gigi, ma préférée ayant rendu l’âme, je me suis desespérément cherché partout, quand je dis partout, c’est partout.
Heinhhhh, c’est malin, vous croyez que je ne m’y attendais pas ? Le coup des WC, si vous voulez mon avis, c’est usé. La morgue ? Tiens donc, je n’y avais pas pensé. J’y cours. Elle est fermée. Y suis-je ou n’y suis-je point ? et si j’y suis, cela me rassurera-t-il ?
Ne me reste plus pour tout espoir que mon miroir de poche. Mais putain de bordel de merde cornegidouille qu’ai-je fait de ma poche ? J’en suis là de mon interrogation lorsque je me rends compte que je suis nu, à poil, ce qui est une façon de parler depuis que mon toubib m’a conseillé Superflu, le must du dépilatoire, pour lutter à armes égales contre l’hirsutisme dont je suis affublé, c’est terrible, si vous saviez. Et quoi ? Comment ça, “et quoi ?” Vous n’êtes pas au courant ? Un miroir qui renvoie l’image de la nudité, vous en avez déjà vu ? Ah oui ? Et où ça ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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