On ne voit pas le temps passer

Putaing, j’ai pas vu Noël passer et encore moins le Jour de l’an, et vl’à-ti-pas qu’on est déjà à Pâques, me demandez pas de quelle ânée sans mettre le son, sinon j’y entends rien, à cause que l’âge, vous savez avec, en plus, que les tempêtes de sable ont rien arrangé. Faut dire que du côté de ma mer je suis lisutanien ou presque, ce qui n’arrange rien, et que ces cons qui pensent qu’à maçonner, ils ont pas pensé à planter oyats, queues de lièvre ou autres pourpiers de mer qui font très bien et pas cher, si on habite sur le littoral, quand c’est leur fête, je sais plus quel mois, sauf qu’ici, je sais qu’il est dévolu à la vierge, c’est quand même bizarre. Ma mère elle a bien dû l’être un jour, mais ça n’a pas duré au-delà de l’âge légal où on peut coïter sans se faire emmerdouiller par les coiffeurs qui trouvent toujours que, ce coup là, la coupe est pleine, et qu’ils te font la morale pendant qu’ils te lavent la tignasse, ça vous va comme un gant, tu parles, les copines qui vont te dire pour la hainième fois, à cause qu’elles sont jalouses, que “c’est intéressant”. Des garces.
Pâques se pointe, et c’est pas grâce au calendrier des pététés ni à celui des pompiers. Dix euros que je leur file, aux premiers pour qu’ils pensent à mettre dans ma boîte aux lettres le courrier de remerciements et déduction d’impôts des seconds, et aux seconds pour qu’ils rappliquent quand je mets le feu. J’ai l’instinct incendiaire, c’est comme ça, on est esthète ou pas.
Les deux calendriers, j’y ai mis le feu. J’y ai jeté ma montre, mes trente six réveils qui me faisaient voir trente six chandelles tous les matins que Dieu, dans son hébétude habitude crée chaque jour qu’il a déjà faits d’avance, conscient que, l’âge aidant, il pourrait oublier de faire son boulot et de savoir compter jusqu’à Sète, port de pêche du Languedoc où des vieux de la vieille avec lesquels il naviguait en père peinard sur la grand mare des canards lui fournissent tous les symboles dont il a besoin pour appâter épater ceux qui croient en lui.
Moi j’y ai longtemps cru, en Dieu, et p’têt même plus qu’au père Noël. Jusqu’à ce jour de Pâques, qu’il aurait ressuscité. Je veux bien, mais c’est quoi qu’il aurait suscité au moins une deuxième fois, et va savoir si c’était pas une troisième ou même plus. J’ai écrit au pape à mon curé au curé, à cause que le pape, il paraît qu’il répond pas si tu passes pas par la voie hérarchique. Le curé, il m’a répondu de passer le voir à la cure, qu’on prierait et tout et que, ça serait dieu pas possible qu’on n’ait pas de réponse, du genre que Dieu il suscite la foi, et que c’est déjà pas rien. Mon père c’est un communiste, un vrai, même que l’année où le Kampoutchéa ils ont pris le pouvoir, avec ses copains du FLN, il les a applaudi à la fète de l’Humanité. Je suis bien d’accord avec qui veut, c’est pas un héros pour autant, parce qu’il était pas le seul. Demande lui donc à ton curé c’est quand qu’il est né le bon dieu, il m’a dit. L’année, l’heure, le jour et tout.
Ce que j’ai fait. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes, m’a dit le saint-homme. C’est comme ça que les vieilles qui vont à confesse l’appellent.
Du coup, à cause qu’avec le temps du calendrier des pompiers et celui des pététés je ne sais pas bien où j’en suis, je me suis demandé si je n’étais pas un petit peu dieu.
C’est que j’ai dit au curé, qui n’est pas plus le mien que celui des vieilles, encore que pour elles, c’est plus un saint-homme qu’un curé. Anna t’aime, mon fils, qu’il ma dit pas très gentiment, j’ai pas compris pourquoi. T’es rétro ça t’amasse, il m’a dit aussi, ou un truc comme ça, que j’ai pas plus compris, peut-être à cause qu’il avait une voix bizarre toute faiblarde. Quand il m’a dit d’aller l’attendre dans la sapristi, que je voie le cierge pascal et qu’il m’explique les dattes je m’ai dit qu’il déconnait vraiment. Les dattes, au pays, avec celles qu’on m’envoyait cueillir à grands coups de pied dans le cul, c’est pas lui qui va m’apprendre ce que c’est.
Le temps ça va, ça vient m’a dit mon père. On ne peut pas le saisir. Tu saisis ? Mon père, je l’ai jamais entendu me dire “mon fils”, comme le curé que les vieilles, quand elles lui parlent, elles l’appellent pas saint-homme, mais “mon père”, je sais pas pourquoi, et lui il les appelle “mes fils”, pas toujours, mais des fois, avec celles qui ont de la moustache, sinon c’est “mes filles”.
Le temps ça va, ça vient, m’a redit mon père en rajoutant ah là là ou Allah là, je suis pas sûr. Mais je crois bien avoir compris ce qu’il voulait dire.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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